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Le Celtic Park, le stade du Celtic FC à Glasgow Le Celtic Park, le stade du Celtic FC à Glasgow

Fan expérience dans le monde

On a assisté à un match au Celtic Park à Glasgow

Le Celtic Park est un stade mythique d’Écosse car il est le plus grand mais il a également une grande histoire pour ses fans.

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Nous avons passé le week-end dernier dans la ville de Glasgow en Écosse. Cette ville possède trois stades de plus de 50 000 places. Dont le mythique Celtic Park, le stade du Celtic FC. 

 

Glasgow a la particularité de rassembler les trois plus grands stades d’Écosse. Les trois stades ont une capacité de plus de 50 000 places. Ce n’est pourtant pas la capitale (Édimbourg étant la capitale), mais bien la plus grande ville et historiquement la plus industrielle du pays. 

Cette ville celtique regroupe donc l’Ibrox Park, le stade des Rangers FC (50 947), Hampden Park, le stade de l’équipe nationale (51 866) et le Celtic Park, le stade du Celtic Football Club (60 411). C’est dans ce dernier que nous avons pu pénétrer à l’occasion du dernier match de la saison le dimanche 19 mai. 

Echarpes du Celtic FC

Sur le chemin du stade, il y a plusieurs vendeurs mobiles qui proposent des écharpes et autres produits à l’effigie du club.

Celtic Park

Le Celtic Park est surnommé “Paradise” par les fans. C’est également inscrit sur la façade Ouest du stade.

La présentation du trophée pour le dernier match de la saison 

Pour ce dernier match de la saison, le Celtic FC, champion en titre pour la 8e fois consécutive affronte Hearts, un club situé à 1 heure de route à l’Est de Glasgow en direction d’Édimbourg. Hasard sportif, les deux clubs s’affronteront de nouveau le samedi 25 mai en finale de la coupe d’Ecosse dans l’Hampden Park à Glasgow. 
Avant notre départ vers l’Écosse, nous voulons acheter des billets mais le site internet du club annonce un match à guichets fermés. Tant pis, nous tenterons notre chance aux abords du stade.
Ce match est spécial, car il est le dernier de la saison en Ladbrokes Scottish Premiership, les fans pourront apercevoir le trophée de champion qui sera présenté en avant match par l’équipe.

La rencontre est à 16h00, nous arrivons au stade peu avant 14h00 pour ne rien manquer de cette expérience celte mais surtout pour avoir des chances de trouver deux billets. Un vendeur de la boutique du Celtic du centre ville nous avait conseillé de nous rapprocher des bus des supporters qui ont souvent des places en trop qu’ils peuvent parfois revendre. Jackpot ! Nous trouvons un chef de groupe qui accepte de nous vendre 2 places pour 30£ chacune (soit 34€). Le prix initial était de 31£. Nous serons dans la tribune famille, c’est parfait. 

Rassurés par l’obtention de nos places, nous rejoignons les fans qui patientent pour l’arrivée des joueurs et du staff devant l’entrée principale du stade. Des centaines de supporters attendent les joueurs mais aussi le trophée de champion qui sera présenté dans la foulée. 

L’arrivée des joueurs du Celtic se fait dans un bus neutre. Étrange, nous pensions que le club disposait de son propre bus aux couleurs du club. Autre observation, contrairement à ce que nous avions vu à Rennes ou à Lille, le public est relativement “calme” pour accueillir leur équipe. Aucun fumigène, cela se passe tranquillement. 
Après le passage des joueurs, le trophée prend place quelques minutes au milieu des supporters pour quelques photos avant que l’ensemble de l’équipe ne prenne le chemin des vestiaires pour préparer le match face à Hearts. 

Le Celtic Park, un stade avec une histoire

Lorsque nous sommes arrivons au stade, l’une des premières choses qui nous interpelle est l’histoire du club qui s’affiche sur l’enceinte. Tout autour, il y a des photos des légendes avec le slogan “where legends are made” (où les légendes naissent). Il y a aussi des photos des rencontres importantes comme la victoire en Champions League face au FC Barcelone en 2012. Cette histoire est visible sur les murs du stade.
Un stade qui a ouvert pour la première fois ses portes le 20 août 1892. Dans sa première version, il est conçu par Archibald Leitch, à l’origine également d’Anfield ou d’Old Trafford (chapeau l’artiste). L’enceinte devient la propriété du club en 1897. Le surnom “Paradise”, s’explique du fait de sa proximité avec un cimetière (Janefield Cemetery). 

Ce stade semble chargé d’histoire de la ville, du football et de la culture celtique. Le vert du club est omniprésent sur l’enceinte, sur les drapeaux, sur les panneaux qui jalonnent le Celtic Park…

Place match Celtic@Fanstriker

Nos places en mains, nous allons pouvoir assister au match des tribunes

Supporters Celtic FC

Les supporters sont nombreux à porter un vêtement du club

La fan expérience autour du Celtic park

Les spectateurs sont nombreux à arborer un vêtement du club. Pas uniquement ou essentiellement le maillot mais toutes sortes de vêtements avec le logo du Celtic. 
Sur le chemin du stade, plusieurs stands mobiles proposent des écharpes et autres objets du supporter. Une boutique est accessible devant le stade. Elle est d’ailleurs prise d’assaut par les visiteurs qui veulent profiter des bonnes affaires de la fin de saison. 

Boutique Celtic@Fanstriker

La boutique située devant le stade

Boutique Celtic FC@Fanstriker

L’offre à l’intérieur et très large, livres, casquettes, posters, etc.

Des food trucks proposent nourriture et boissons en attendant que le match ne démarre. 
Fait intéressant, dans nos échanges avec des locaux, nous apprenons que depuis 2003, les Happy hours sont interdits à Glasgow ! Ceci dans le but d’interdire le binge drinking (la biture express), soit la consommation rapide et excessive d’alcool. La ville a même interdit les offres promotionnelles telle que 2 verres achetés = 1 troisième offert, une offre que nous avons vu récemment à Paris La Défense Arena. Il n’y a également pas d’alcool dans l’enceinte. 

Les pavés en pierre à personnaliser

Devant l’entrée principale du Celtic Park, il y a plusieurs pavés personnalisés avec un message spécifique. Chaque pavé représente un trèfle à 4 feuilles et un message court laissé par un fan. C’est une offre que propose le club à ses supporters. Cela coûte 150£ (160€).

Les pavés personnalisables pour 150£@Fanstriker

Les pavés personnalisables pour 150£

Les fans peuvent également laisser leur message sur les bricks du “Paradise” pour 40£ (45€). Ainsi, nous pouvons voir apparaitre des messages de bon anniversaire, de joyeux Noël, ou d’autres messages d’attention envers des fans. 

Les bricks à personnaliser pour 40£@Fanstriker

Les bricks à personnaliser pour 40£

La “fan zone” en avant match

Après l’accueil des joueurs sur le parvis principal du stade, plusieurs activités sont visibles. Concrètement, la fan zone n’est pas réellement délimitée, disons que cela est davantage des animations disposées de façon anarchique.

Côté animations, nous observons du “classique” avec plusieurs ateliers maquillage où des personnes proposent de maquiller les enfants et les adultes aux couleurs du club avec le drapeau sur la joue par exemple. 
Il y a tout de même deux animations que nous trouvons intéressantes, la photo de la réplique de la coupe sur le podium des champions devant l’enceinte. Les fans patientent en masse pour pouvoir prendre leur photo souvenir sur ce podium. Une bonne idée (voir photo). 
Mais encore, 8 éléments sont disposés sur le parvis pour célébrer les 8 titres remportés d’affilés par le Celtic. Là encore, les fans et les enfants notamment, s’amusent à prendre leur photo sur chacun de ces espaces. Deux animations qui ne nécessitent pas ou peu de personnel. 

Le podium des champions devant le stade@Fanstriker

Le podium des champions devant le stade

Le public pouvait se prendre en photo avec une réplique de la coupe sur le podium des champions@Fanstriker

Le public pouvait se prendre en photo avec une réplique de la coupe sur le podium des champions

Chacune des 8 victoires consécutives en championnat offrait sa photo souvenir@Fanstriker

Chacune des 8 victoires consécutives en championnat offrait sa photo souvenir

Un parcours de photos souvenirs avec ces différents espaces@Fanstriker

Un parcours de photos souvenirs avec ces différents espaces

Plusieurs stands de ce type proposaient de se maquiller aux couleurs du club@Fanstriker

Plusieurs stands de ce type proposaient de se maquiller aux couleurs du club

Les vendeurs de programme de match sont nombreux @Fanstriker

Les vendeurs de programme de match sont nombreux

Un autre espace offre aux enfants des jeux ludiques tels que des cerceaux. Un espace vraiment simple, pas délimité, avec des cerceaux posés sur l’herbe. Chacun peut en profiter librement. Il ne semble pas qu’un animateur soit présent. 
Nous n’avons pas vu la mascotte Hoopy se balader à la rencontre des spectateurs autour du stade. Mais elle est visible un peu plus tard sur la pelouse.

Autour du stade, il y a de nombreux vendeurs mobiles qui vendent le programme du match pour quelques livres sterling. Il a également de nombreuses personnes avec un sceaux qui demandent aux visiteurs de contribuer à la fondation du club en donnant quelques pièces.

Entrons dans le stade

Nous assistons au match dans la “Celtic family stand”, la tribune famille du stade. Celle-ci propose plusieurs activités en coursive, dont un espace avec des consoles Xbox pour les enfants, une table avec la possibilité de réaliser des dessins, ou encore des affichages sur les murs pour se mesurer à la mascotte. Il y a notamment une affiche sur laquelle il est écrit “Please mind your language”, qui invite les visiteurs à conserver un langage décent dans le stade. L’éducation de son public.

Le Celtic dispose d'une tribune Famille@Fanstriker

Le Celtic dispose d’une tribune Famille

Des consoles sont à disposition dans les coursives du stade@Fanstriker

Des consoles sont à disposition dans les coursives du stade

Les enfants peuvent se mesurer sur le Hoopy's height chart@Fanstriker

Les enfants peuvent se mesurer sur le Hoopy’s height chart

L’offre de restauration est assez large, plusieurs stands sont accessibles dans les coursives et l’attente n’est pas si importante. Nous avons pu en profiter pour goûter la scotch pie, une tourte locale croustillante garnie de viande hachée et de sauce. 

Côté tribune, le stade affiche complet, plus de 60 000 personnes sont présentes. Le public chante en masse. Le moment fort de ce début de match est certainement le chant #You’ll never walk alone”, l’hymne du Celtic Football Club (voir vidéo ci-dessous) repris par tout le stade.

La tribune famille est située à côté de la tribune réservée aux visiteurs. Les fans de Hearts, le club adverse sont environ une centaine. Parmi eux, un jeu fan amuse toute la tribune dans laquelle nous sommes. Il “chauffe” volontairement des supporters du Celtic avec de grands gestes et des mots tout en restant drôle. À son départ, le jeune fan visiteur se fait applaudir par le public, même si des bras d’honneur sont échangés, il n’y a pas d’objectif de violence dans ces échanges. Cela fait partie du spectacle.

Autre scène que nous observons, un policier vient au contact d’un fan du Celtic turbulent en posant ses mains sur ses épaules et semble lui échanger quelques mots pour l’inviter à passer le reste du match plus tranquille afin d’éviter qu’il ne le termine en dehors des murs du stade. Un rapport qui ressemble davantage à une relation entre un père et un fils qu’entre un fonctionnaire de l’ordre et un individu qui cause des problèmes. Là encore, une part d’éducation. 

Dans le Celtic Park, nous retrouvons les tribunes debout. Ces tribunes de supporters qui permettent de regarder le match tout en reste debout face à une une barrière de protection (voir photo). 

Le match se termine par une victoire des locaux par 2 buts à 1. En tribune, les supporters sont généreux dans les efforts. Pour supporter, chanter, etc.
Le stade fête la victoire des verts pour la 8e année consécutive, le trophée est soulevé sur le podium, feu d’artifice, musique, chants, l’ambiance est belle. Les joueurs font un tour de pelouse avec le trophée entre les mains.

Les tribunes debout du Celtic Park@Fanstriker

Les tribunes debout du Celtic Park

La célébration du titre après le match@Fanstriker

La célébration du titre pour la 6e fois consécutive après le match

Une belle expérience simple mais remplie d’histoire

Notre expérience à Glasgow s’achève après ce match. Nous sommes assez satisfaits de ce que nous avons pu découvrir. Cela nous a permis de constater qu’il existe tout de même des différences entre le public français et écossais. Malgré tout, la passion que nous avons pu voir au Celtic nous rappelle celle que nous pouvons croiser à Lens, à Saint-Étienne ou encore à Strasbourg.

Nous n’avons pas trouvé que l’expérience des fans est très clairement développée. Des “basiques” ne sont pas respectés, la fan zone n’est pas concrètement signalisée, les différents espaces non plus. Il y a donc des bonnes pratiques que nous appliquons en France dans certains stades et qui ne sont pas encore appliquées outre-manche. Mais est-ce vraiment nécessaire dans ce type de cas ? Peut-être pas. La question mérite une réflexion plus profonde. Un club chargé d’histoire n’a peut-être pas autant d’efforts à fournir qu’un jeune club, qui lui ne peut s’appuyer sur son passé. Il doit donc séduire, convaincre, animer et fidéliser à travers d’autres leviers. L’expérience client ou l’expérience fan en est probablement un. 

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Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement du public et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce, du business ou celui du sport.

Fan expérience dans le monde

INTERVIEW : Frank Pons “réussir à donner un effet waouh en sortant du stade”

On évoque dans ce dernier épisode de notre dossier l’image de marque et l’expérience fan à 360° des diverses franchises à Montréal avec le professeur et spécialiste Franck Pons.

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Pour ce dernier épisode du dossier spécial Montréal, nous recevons Frank Pons. Le professeur à l’Université de Laval est un vrai spécialiste du sport business nord-américain et du marché montréalais en particulier. Il nous partage son point de vue sur l’expérience fan montréalaise.

Nous arrivons donc au bout de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. Après avoir eu le plaisir d’échanger avec plusieurs acteurs de franchises et fédérations, nous poursuivons ce dossier avec un avis plus extérieur et critique sur la situation globale. Frank Pons va pouvoir nous détailler les meilleures pratiques pour développer l’expérience proposée aux fans. Pour lui, cette expérience concerne un cadre bien plus large que celle que l’on retrouve dans les stades.

Bonjour Frank, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites au quotidien ?

Bonjour, Je suis Frank Pons, professeur de marketing à l’Université Laval depuis 2007, passionné de sport et de sport business. Je travaille depuis très longtemps sur des problématiques de consommation et sur les fans plus précisément. Dès 1998, j’ai commencé à travailler en recherche sur le marketing sportif du côté de l’expérience fan dans les stades/arénas. Depuis, je continue la recherche dans ce domaine. En quinze ans, j’ai eu la chance d’être impliqué dans la formation en Amérique du Nord et en Europe dans le cadre du marketing sportif dans son ensemble.

Ces cours et ces rencontres m’ont permis de développer maintenant un réseau de professionnels très important. Il est composé de divers étudiants qui sont par exemple devenus vice-présidents de clubs en Ligue 1 ou président de fédérations nationales. D’autres sont impliqués dans diverses organisations du sport professionnel et amateur. Depuis 2007, je travaille à plein temps sur le marketing sportif avec beaucoup de travaux en lien avec les organisations sportives. Nous avons notamment collaboré en Europe avec la Fédération Française de Tennis, le PSG ou encore l’ASSE. Les travaux portent sur des problématiques réelles que l’on évoque avec les étudiants. Dernièrement au Québec, nous avons travaillé sur le cas de l’équipe Rouge et Or à Laval (grande marque du sport universitaire) ainsi qu’avec Soccer Québec (la fédération du Québec).

Mon implication dans le domaine du sport business résulte de beaucoup d’études terrain. Cela me donne une vision assez large dans le tennis, le football et le hockey. Je réalise également diverses entrevues dans la presse pour évoquer cet univers. Le sujet est beaucoup plus médiatisé aujourd’hui. C’est donc important de pouvoir échanger et vulgariser ces notions.

Comment décririez-vous l’expérience fan au sens global?

Le mot clé lorsque l’on parle d’expérience c’est 360°. C’est-à-dire que partout où le fan se tourne, chaque point d’interaction, chaque point de contact, il doit retrouver cette offre que seul le club peut lui offrir. Il faut qu’il ressente l’impression que ce qui est mis en place correspond exactement à ce qu’il voulait en venant au stade. L’expérience d’un spectateur donné se doit d’être différente de celle proposée à un autre type de spectateur, tout en s’assurant que l’on garde une certaine cohérence de marque. Le club se doit donc de connaître ses fans pour offrir quelque chose qui va être assez unique pour faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.

“Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.”

L’objectif de l’organisation est de faciliter une expérience unique et inoubliable pour la personne présente dans le stade. Il faut proposer une expérience différente des autres clubs/franchises et montrer ce qu’on représente. Cela passe par les valeurs que l’organisation véhicule et ses attributs tangibles ou intangibles auxquels elle veut être associée. Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.

Canadiens Montréal Le centre Bell lors d’un avant-match des Canadiens

Lorsqu’un fan rentre dans un stade, il faut qu’il ressente cette expérience unique. C’est quelque chose que l’Impact ou les Canadiens essaient d’offrir aujourd’hui avec plus ou moins de succès. Il est important que le fan retrouve ce qu’il recherche tout spécifiquement tout en communiant avec la marque. Voici le challenge de l’expérience fan actuelle. C’est cette idée de segmentation des consommateurs (fans) que l’on connait depuis très longtemps. Elle n’est cependant pas toujours facile à réaliser dans le contexte d’une expérience d’évènement sportif.

“Il faut réussir à faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.”

Ce mix entre l’expérience de l’individu (fan individuel) et l’expérience commune n’est pas simple à réaliser. Il ne faut en effet pas oublier qu’il y a des groupes de fans qui recherchent la même chose, des éléments intangibles comme la nostalgie, la proximité ou l’échange social en plus de leur expérience propre.

Impact Montréal Supporters de l’Impact de Montréal se réunissant derrière le but pendant le match

Comment positionneriez-vous les diverses franchises montréalaises au niveau de l’expérience fan proposée? Quelles sont les particularités de chacune?

Dans le cas de Montréal, l’histoire dicte fortement la marque et le positionnement que chaque équipe va avoir. Cela peut être bénéfique mais il ne faut pas oublier de revisiter sa marque et la faire évoluer (même légèrement) avec le marché. A ce niveau là, toutes les franchises montréalaises n’ont pas toujours été parfaites. C’est ici que réside la plus grande difficulté, il faut que les équipes soient proactives dans ce qu’elles veulent être.

Prenons, les Canadiens par exemple qui ont un énorme héritage sportif et de tradition. Ils ont été particulièrement proactifs sous la gouverne de George Gilett, propriétaire américain au début du 21ème siècle. Autour du 100ème anniversaire en 2009, ils ont créé quelque chose de très fort avec le vice-président marketing de l’époque, Ray Lalonde. Ils ont fourni beaucoup d’efforts pour comprendre leurs fans.

“La stratégie était principalement axée sur la nostalgie […] elle mixait nouveauté et tradition à la perfection.”

Canadiens Montréal Réunion des anciens capitaines à l’occasion du centenaire des Canadiens (2009)

Autour de cet anniversaire, le club est passé dans une autre dimension au niveau de l’expérience fan. Pour la 1ère fois, ils ont ouvert les œillères et ont analysé ce qu’il fallait faire. Ils ont compris que tous les gens qui venaient voir les Canadiens n’étaient pas tous identiques. Le consommateur était en train de changer et ne venait plus seulement voir du hockey.

La franchise est donc devenue sûrement l’une des plus innovatrices de la ligue à cette époque. L’expérience fan proposée était très qualitative avec une bonne utilisation de la technologie et des projections sur la glace pour faire vivre toutes sortes d’expériences. La stratégie était principalement axée sur la nostalgie mais elle était bien réalisée. Les Canadiens mixaient nouveauté et tradition à la perfection.

Néanmoins, le danger est d’oublier de se renouveler sans cesse et de s’assoir sur ses succès. Ainsi, lors des dernières années, alors que la technologie a explosé et fait une entrée en force dans les arénas et l’expérience fan, les Canadiens n’ont pas vraiment évolué. On ne peut pas les targuer d’innovations sur ces dernières saisons. A l’inverse, les autres équipes en Amérique du nord sont constamment en train d’innover. C’est sûrement ce qui fait la plus grosse différence maintenant, que ce soit au hockey ou ailleurs.

Golden Knights Sortie des joueurs des Golden Knights de Las Vegas utilisant la technologie de manière innovante

On est aujourd’hui à l’ère de la réalité virtuelle et augmentée et il y a plein de franchises innovatrices sur ce domaine. Elles se réinventent tout en respectant leur marque chaque année. Les Canadiens n’en sont pas là. Ils travaillent bien et très dur depuis peu mais le manque de changements au cours des dernières années les pénalise. Il leur faudra encore du temps pour rattraper ce retard. C’est sûr que les mauvais résultats n’aident pas mais ils doivent dépasser cela.

Je reste cependant optimiste car il y a énormément de projets menés pour redorer cette image de marque et cette expérience fan. On sent un nouvel élan avec beaucoup plus d’innovations et de volonté sur cette nouvelle année. Ils utilisent de nouvelles technologies, où l’on place un peu plus le fan au centre de l’équation. C’est ce que l’on doit faire lorsque l’on veut développer une expérience de qualité.

Les autres franchises sont très différentes. L’impact est pour moi une marque qui bénéficiait d’un fort capital au moment de sa relance avec l’aide du gouvernement puis de son entrée en MLS. En ciblant une base de fans présente depuis ses succès en NASL et avec une population multi-ethnique à Montréal aimant le soccer, Il y avait une très bonne base pour s’ancrer dans la communauté. Malheureusement, un ensemble de facteurs ont fait qu’elle a pris pour acquis beaucoup de choses. Elle n’a pas su totalement convertir ce potentiel dans cette communauté au départ.

Impact Montréal Une communauté diversifiée que l’Impact a eu du mal à aller chercher au début

“L’expérience de match était très riche mais cela de manière trop ponctuelle. L’impact faisait donc plus de l’événementiel qu’autre chose.”

La marque de commerce de la MLS et de ses équipes est de proposer une expérience stade unique à ce que le soccer peut offrir. L’Impact a travaillé fort pour développer cette expérience. Ils sont d’ailleurs très bien servis avec le stade Saputo qui était et demeure très bien exploité les jours de matchs. Cependant, l’expérience fan commence et continue en dehors du stade. Le problème de l’Impact a sans doute été de ne pas réussir à avoir et développer un plus gros attachement d’un public plus large. Cela aurait pu se faire en tissant des liens profonds avec un grand nombre de fans. Cette implication locale, cette stratégie “grassroot” qui est l’apanage de nombreux clubs de MLS, aurait du être plus intense et réalisée plus tôt.

L’Impact n’a pas su/voulu faire le lien auprès d’organisations sportives comme les fédérations. L’ancrage local prend donc du temps à s’affirmer. Cela a pour conséquence d’attirer de belles foules pour des évènements importants (match d’ouverture, matchs de Didier Drogba, coupes des champions) mais des foules et une expérience public inégale en général. Ainsi, ils sont devenus plus dépendants des résultats et lorsque ces derniers étaient moins bons, les fans venaient moins au stade, mis à part les ultras. Cela s’explique par ce lien fort qu’il manquait entre le club et une base large de spectateurs.

L’impact est donc meilleur dans l’événementiel que dans l’expérience fan répétée mais les choses changent là-aussi. L’équipe travaille fort sous la gouverne de Kevin Gilmore pour améliorer ces aspects. En effet, le nouveau CEO, vient du monde du hockey et il connait très bien les franchises nord-américaines. Il a amené ce profil depuis un an et demi et l’on sent qu’il y a un virage de pris avec les fans. Il a pu apporter cette cohérence qu’il manquait à l’Impact. Ils étaient excellents dans l’événementiel mais moins bons dans l’expérience continue.

Impact Montréal Match de playoffs au stade Olympique devant 60,000 spectateurs

Cet exemple montre l’importance du lien local dans le marché nord américain et notamment dans la MLS. La ligue le comprend d’ailleurs très bien. Si l’on regarde les exemples comme Atlanta ou Portland, ils proposent une expérience fan unique à leur manière avec des marques très fortes. Pour les habitants de ces villes respectives, ils ressentent le besoin d’être à cet endroit, qu’il faut vivre ces moments-là.

Si l’on regarde les dernières campagnes digitales de l’Impact ou des Alouettes, le but est clairement de s’ancrer localement. Jugez-vous ces stratégies particulièrement intéressantes?

Tout à fait ! Comme mentionné précédemment, l’impact se focalise sur un plus fort enracinement local. Ils viennent d’ailleurs par exemple de s’associer avec la Fédération Québécoise de soccer. Toutes ces actions entreprises depuis un an et demi sont super importantes.

“C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans”

Le résultat est encore plus marquant avec les Alouettes qui ont réalisé un travail fantastique (avec la création d’une toute nouvelle identité visuelle). C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans qui avait disparu pendant 2-3 saisons. L’agence qui a réalisé le ‘rebranding’ a fait un travail remarquable pour recréer du lien et ramener les gens au stade. C’est très intéressant de voir ce que ces franchises ont fait pour redorer leur image.

Alouettes Montréal Nouvelle identité des Alouettes en 2018 avec une implication locale très forte

“Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après.”

C’est la même agence qui a également réalisé le rebranding de l’Université Concordia avec les Stingers. Le rebranding est tout aussi fantastique avec un travail autour de l’histoire de l’essaim de l’abeille (emblème de l’équipe). Ils ont réussi à redorer l’image de l’Université qui était vraiment vieillissante. Cela fait partie intégrante de l’expérience fan à 360° que les équipes peuvent mettre en place aujourd’hui. Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après. L’idée d’avoir une marque forte également au niveau du digital est totalement intégrée à ce 360° et à tous les points d’interactions avec le club.

GRDN L’agence GRDN travaillant sur le rebranding de l’équipe universitaire de Concordia (Montréal)

La marque ‘Canadien de Montréal’ est connu à travers le monde, comment l’a t-elle construite et où en est son capital aujourd’hui?

L’histoire de leur marque a été super forte pendant cinq ou six ans (de 2005 à 2011). Il y avait cette volonté de raconter ce mariage, cette nostalgie. C’était leur story-telling. Ils se positionnaient comme une marque qui respecte la tradition, qui respecte le hockey mais qui est innovatrice. Ils proposaient quelque chose de nouveau à un public différent, qui avait des goûts en évolution.

RDS Les Canadiens lors de la victoire de la Coupe Stanley en 1993

Le point faible des Canadiens aujourd’hui est qu’ils ne se réinventent pas assez, il n’y a plus trop de story-telling. Les Canadiens passionnent les gens qui voient la marque de loin et non ceux qui la vivent au jour le jour. Certaines critiques ont d’ailleurs été faites sur l’expérience fan à l’aréna et en dehors.

La gestion d’image globale est plutôt moyenne. La marque a tenté d’être plus ouverte et plus inclusive envers les fans et les médias. Il y a eu de bonnes tentatives avec l’émission 24 CH par exemple qui recevait des joueurs de l’équipe au quotidien et qui a connu beaucoup de succès. Ce sont des actions intéressantes car il y a un certain storytelling, on essaye de rapprocher les fans des joueurs de manière très forte.

Canadiens Montréal Lancement de la série CH24 s’immisçant au coeur des Canadiens

Le club veut se rapprocher des gens mais les diverses actions mises en place montrent toutefois une certaine fermeture qui la rend hermétique dans la communication de l’équipe. Ce manque de cohérence ne facilite pas la perception des fans. Même si le club travaille à l’heure actuelle sur une expérience globale, digitale et de proximité et positive pour les fans, il reste du travail et des plis négatifs à effacer.

Quelle est la place des partenaires à Montréal dans l’expérience fan à travers les diverses activations?

Les activations font partie intégrante de l’expérience fan. Une bonne activation va augmenter le plaisir des fans à venir au stade. Par exemple, les Canadiens ont énormément d’activations dans les coursives. Ils les maitrisent vraiment très bien et cela permet de proposer une expérience fan qualitative dans ce domaine. Le public peut s’occuper, ils font des jeux et sont de ce fait engagés. Les enfants peuvent faire beaucoup d’activités et rencontrer les joueurs.

“L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.”

Au niveau de l’Impact de Montréal, ça se fait également très bien, tout comme sur les tournois de tennis où il y a de belles activations. L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.

Tennis Canada Stand IGA, partenaire de la coupe Rogers lors de la compétition à Montréal

En Europe, les fans voient peut-être encore l’activation simplement comme l’idée de vendre un produit. Cependant, une bonne activation doit être une symbiose entre le club et le sponsor pour améliorer l’expérience fan. Si elle est bien réalisée, les gens vont s’habituer à cela, même si cela ne marche pas tout de suite.

Quand les français vont dans les stades nord-américains, ils trouvent les activations super bien faites et pas du tout dérangeantes. En Europe, on pourrait prendre en exemple le Tour de France qui fonctionne super bien au niveau des animations. La Caravane fait partie de l’expérience donc pourquoi cela ne marcherait pas ailleurs. Les façons de faire et les mentalités doivent donc évoluer pour proposer une expérience fan de qualité.

Cochonou La caravane du Tour de France sur les Champs-Elysées

Merci à Frank Pons pour son expertise sur le marché montréalais. Son point de vue extérieur nous permet de prendre un peu plus de hauteur sur l’expérience fan proposée à Montréal et sur la définition de celle-ci.

Nous sommes donc à la fin de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. A travers ces six interviews, nous avons pu découvrir de nombreuses pratiques et notions clés pour engager les fans et proposer une expérience riche lors des divers évènements sportifs. Ce marché particulier accueille de nombreuses équipes à l’identité et à l’histoire différente qui sont toutes intéressantes à analyser.

Vous pouvez retrouver sur Fanstriker, les premiers épisodes du dossier spécial Montréal avec l’interview d’André Richelieu, celui de Joanie Martin (Alouettes) ainsi que l’échange avec Julie Gravel (Tennis Canada), ou encore l’interview de Cynthia Paquin-Lepage (Canadiens) et enfin celui de deux membres de l’Impact de Montréal.

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