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INTERVIEW : Fabrice Lorenceau (LiveLike) “le fan engagement pour les écrans”

LiveLike vous fait vibrer devant le match comme si vous étiez au stade grâce à une expérience AR/VR immersive et sociale.

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Alors que l’on parle souvent de divertissement in stadia lorsqu’il s’agit d’améliorer l’expérience des fans de sport, LiveLike a pris le parti original de se concentrer sur les fans qui ne se déplacent pas au stade.

“The most innovative sports viewing experience ever built” ou, en français, “l’expérience de visionnage sportif la plus innovante jamais créée” est la promesse ambitieuse faite pas les fondateurs de LiveLike et ils s’y tiennent. Réalité virtuelle, augmentée et mixte, expérience de divertissement entre amis et en temps réel, LiveLike amène toute la ferveur du match dans votre salon. On en parle avec Fabrice Lorenceau, le co-fondateur de LiveLike.

Bonjour Fabrice, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Fabrice Lorenceau, je suis cofondateur de LiveLike et directeur des productions et de la stratégie produit. 

LiveLike est né il y a 5 ans. Comment l’idée de proposer une telle expérience vous est-elle venue ? Comment les débuts de LiveLike se sont-ils faits ?

J’ai créé LiveLike avec mon frère André Lorenceau en 2015. Après avoir fait un prototype fin 2014 suite à l’engouement des chaînes de TV pour le prototype. Nous avions une approche différente de la VR qui place l’utilisateur dans un Lounge VIP pour suivre un évènement sportif. Le lounge permet d’avoir ses amis atour de soi dans son salon VIP ainsi que des écrans avec des statistiques sportives et des contenus divers comme les meilleurs moments ou des interviews. L’idée est venue du fait que mon frère travaillait dans la VR depuis un an et moi dans le sport et la tech. Il cherchait un nouveau challenge et on a commencé à parler de ce que pourrait être l’expérience de vivre un événement sportif en VR. Par chance, j’avais déjà fait des captures de matchs à 180° pour faire du tracking de joueur avec YouFoot donc on a imaginé ce que pourrait être l’expérience autour de cette vidéo : la loge, des avatars, les statistiques, etc.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le modèle et le fonctionnement de LiveLike ? Quels sont les prérequis du côté des fans et des organisations sportives pour pouvoir accéder à l’expérience que vous proposez ?

Nous avons un business modèle B-B-C (Business-to-business-to-consumer). On travaille avec les fédérations ou les détenteurs de droits sportifs. Nous fabriquons en marque blanche des expériences pour nos clients. Souvent l’application est gratuite et disponible sur mobile ainsi que pour les casques VR Mobile et “Standalone” (un casque VR qui ne requière pas d’utiliser un ordinateur ou un smartphone) donc iOS, Android, GearVR, Oculus Go et Quest.
Quand nous travaillons avec des chaînes payantes le plus souvent il faut s’identifier dans l’application et être abonné pour avoir accès au contenu bien que souvent les matchs déjà joués soient libres d’accès.

À votre avis, quelle est la fonctionnalité phare de LiveLike qui fait que la plateforme rencontre un si grand succès auprès des organisations sportives et des fans ?

Il y a plusieurs facteurs à cela. En premier lieu pendant longtemps nous nous sommes concentrés sur le sport donc nous avons développé un savoir faire et une réputation dans ce domaine. C’est un domaine qui est compliqué car il faut pouvoir livrer des applications pouvant accueillir des millions d’utilisateurs et on a souvent peu de temps pour créer une application pour des grands événements comme la Coupe du Monde 2018. La pression est aussi énorme car on livre des “streams” de très hautes qualités (UHD ou 8K) avec des technologies de pointes souvent pas encore standardisées. Enfin, l’erreur n’est pas permise sur ce genre d’événement.
Parmi les fonctionnalités qui ont séduit les utilisateurs, il y a l’interactivité qui permet de changer d’angle de vue et l’accès aux statistiques ainsi que le social avec des avatars. Nous avons d’ailleurs travaillé en 2019 sur de nouveaux avatars et nous avons amélioré la vitesse de chargement des videos pour que les changements d’angles puissent être quasi instantanés.
Nous allons lancer avec un client important une application en Q1 2020 intégrants ces fonctionnalités ainsi que d’autres évolutions importantes.

Photo 180° prise à l'occasion du match Argentine - Espagne en Chine pour la FIBA

Photo 180° prise à l’occasion du match Argentine – Espagne en Chine pour la FIBA

“On a vraiment repensé le “fan engagement”, mais pour les écrans OTT”

LiveLike a déjà couvert beaucoup de très grands événements sportifs comme la Coupe du Monde de football 2018 en Russie ou encore Roland Garros. Quel est le plus gros challenge que vous ayez rencontré jusqu’ici ?

Notre plus gros challenge reste l’adoption des casques de VR. Cela reste un marché de niche. L’Oculus Quest est pour nous une excellente nouvelle car il est évident maintenant que le casque Standalone est un succès auprès des utilisateurs. Il est plus simple et convivial à utiliser. Il remporte un succès important. Ce type de casque remplace notamment les Cardboards dont la qualité était très souvent mauvaise et le GearVR qui était un peu trop compliqué à utiliser et restait limité à quelques smartphones Samsung. Oculus notamment a revu ses objectifs à la baisse et vise dans un premier temps de devenir un écosystème fédérant 50 millions d’utilisateurs mensuels actifs. C’est à dire comparable à Playstation, Switch ou Xbox.
De notre côté, nous avons aussi décidé de lancer un nouveau produit qui propose ce qui fonctionnait le mieux en VR, à savoir le social et l’interactif, pour les écrans autre que la VR. En clair, un produit pour le web et mobile qui permet d’avoir des interactions en direct et de regarder avec ses amis. L’UEFA et Deltatre ont déjà adopté et intégré ce nouveau produit qui rencontre un franc succès. On a vraiment repensé le “fan engagement” mais pour les écrans OTT. (NDLR : Un media donne accès à du contenu dit OTT “over-the-top” s’il fournit du contenu supplémentaire à celui du fournisseur traditionnel. Netflix est OTT sur votre box Orange par exemple).

L’UEFA a récemment annoncé l’intégration de LiveLike dans son incubateur. LiveLike a reçu distinctions sur distinctions depuis sa création, la plateforme semble être sur une excellente lancée. Quelle est la prochaine étape pour vous ?

J’ai déjà mentionné les évolutions à venir sur la VR. Le nouveau produit vient d’être lancé, nous avons plusieurs très gros clients avec qui nous travaillons étroitement pour le lancement de cette nouvelle solution de Fan Engagement. Nous pensons aussi que ce produit peut plus facilement se décliner sur d’autres verticales comme pour les contenus VOD, le divertissement, l’actualités, etc.
Nous explorons autour de l’interactivité comme la suggestion de contenus, la publicité interactive (comme le fait Hulu ou maintenant Facebook) ou encore faciliter le pari sportif pour un téléspectateur.

Pour conclure les interviews, j’aime poser ces deux dernières questions à nos intervenants :
Pouvez-vous nous partager un fait surprenant sur votre domaine de spécialisation, l’expérience fan en VR/AR/MR ?

Je vais partager trois donnés intéressantes : nos applis VR ont été #1 dans de nombreux app stores pendant la Coupe du Monde 2018, mettant la VR à l’honneur pour un très grand nombre ! La BBC en Angleterre et ERT en Grèce sont les deux diffuseurs qui ont le mieux tirés leur épingle du jeu en promouvant habilement leur appli VR.
Autre succès, nous avons eu 6,5 millions d’utilisateurs uniques en Inde pour l’IPL 2018. Un test en 2019 avec des milliers d’utilisateurs et un de nos partenaires a montré qu’il est possible de monétiser en Pay-Per-View des flux VR pour des événements sportifs.
Enfin, nous avons vu que le social et l’interactif augmentaient de x2 à x3 fois le temps passé en VR par rapport à l’OTT et c’est cela qui nous a poussé à lancer un produit de Fan Engagement pour tous les écrans OTT. Cela s’est confirmé lors des tests de lancement : Engagement SDK séduit particulièrement les moins de 35 ans qui affectionnent une expérience plus interactive et sociale.

Et enfin, quel est l’événement, le projet ou l’innovation à suivre dans votre domaine de spécialisation ? 

Nos projets à venir sont très confidentiels donc je ne peux pas en parler à ce stade. On va suivre avec attention les chiffres des ventes des nouveaux casques de VR comme l’Oculus Quest surtout avec les fêtes de Noel. Enfin, je me réjouis de voir des acteurs comme Twitch qui continuent d’innover dans le Fan Experience que ce soit pour Thursday Night Football ou avec des fonctionnalités de gamification lancées en 2019 récompensant de manière ludique les utilisateurs pour le temps qu’ils passent à regarder leurs streamers préférés.

Merci beaucoup à Fabrice de nous avoir accordé du temps pour réaliser cette interview. Vous pouvez suivre attentivement l’actualité de LiveLike, l’une des startups les plus innovantes de la fan engagement et expérience sur leur site et les différents réseaux sociaux.

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I am a finance and entertainment student excited by the idea of enhancing entertainment experiences thanks to numbers and technology.

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Jean-Philippe Danglade (Kedge) : “Le supporter est primordial dans la vie d’un club”

Jean-Philippe Danglade nous parle de l’évolution du marketing sportif, de plus en plus centré autour du fan.

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Depuis quelques semaines, le sport mondial reprend ses marques. Toujours impactées par la Covid-19, les organisations sportives doivent trouver de nouvelles idées marketing afin de rester proches de leurs fans, qui ne peuvent se rendre au stade.  

 

Suite de notre échange avec Jean-Philippe Danglade.
La semaine dernière, nous avions évoqué ensemble les formations en sport business, et plus particulièrement le Master of Science International Sport & Event Management de Kedge Business School qu’il co-dirige. Après nous avoir donné son point de vue sur les nombreuses formations en sport management et marketing sportif qui existent aujourd’hui sur le marché, Jean-Philippe Danglade aborde aujourd’hui avec Fanstriker, sa vision sur l’évolution du marketing dans les clubs professionnels. 

Si vous n’avez pas encore lu la première partie de cette interview, vous pouvez la retrouver ci-dessous. 

Jean-Philippe Danglade (Kedge) “l’intensité concurrentielle est impressionnante”

Bonjour Jean-Philippe, pouvez-vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe Danglade je suis actuellement enseignant chercheur, docteur en sciences de gestion, professeur de marketing et de stratégie à Kedge Business School, où j’occupe également le poste de directeur du département Stratégie depuis 1 an, ce qui veut dire que je gère l’ensemble des professeurs sur plusieurs disciplines Stratégies. J’ai également une autre casquette, puisque je co-dirige le Master of Science International Sport & Event Management (ISEM), qui existe depuis plus de 25 ans sur le campus de Marseille.

Comment voyez-vous l’impact de la Covid-19 sur le monde du sport ? 

L’événementiel sportif fait partie des secteurs qui ont été durement impactés par la crise au même titre que le tourisme par exemple, certaines compétitions ayant été annulées (Wimbledon), d’autres organisées sous une forme nouvelle (Formule 1, Ligue des Champions, NBA, Tour de France) et reprogrammés (jeux olympiques, Roland Garros).

Outre l’évident manque à gagner des revenus liés à la billetterie, certains analystes, comme l’économiste Christophe Le Petit, ont parlé, à juste titre d’un spectacle « dégradé » avec une expérience étrange et dans certains cas sans interaction avec les fans, un élément essentiel de l’atmosphère de l’offre.

Dans les faits, mais ça ne reste que mon point de vue, on a pu finir certaines compétitions, dans des conditions de « bulle » très particulières certes, mais qui ont quand même proposé des rencontres de haut niveau aux téléspectateurs. Je pense à la Ligue des Champions avec un format sur un match couperet qui a été globalement apprécié. Je pense aussi à la NBA avec des statistiques montrant que les joueurs avaient du coup davantage de repères à force de jouer tout le temps dans la même salle, et des playoffs très intéressants en cours. On a aussi eu l’US Open avec des matchs passionnants malgré l’absence de Federer et Nadal et l’incident Djokovic ou bien à la Formule 1 avec l’exploit de Gasly.

En dehors des performances, les organisateurs et diffuseurs ont fait ce qu’ils ont pu pour pallier l’absence de public, avec le concept de murs digitaux de fans regardant les matchs sur leurs ordinateurs et filmés par leur webcam, la diffusion, certes controversée, de sons d’ambiance, des interviews dans des box virtuels sur Eurosport par exemple

Finalement, même si ça n’est pas idéal, je juge ces initiatives satisfaisantes et réussies dans l’ensemble. Cela prouve que le secteur du sport spectacle a la capacité à se renouveler et se réinventer quand il s’agit d’une question de survie.

Netflix est également monté en puissance progressivement sur l’offre sportive (et même avant le Covid), comme en témoigne les succès de The Last Dance, de Formula One, de la série sur Sunderland et bien d’autres. Durant l’arrêt des compétitions et des confinements, il était appréciable d’avoir ce type de contenu, qui permet de s’intéresser aux organisations dans leur ensemble en multipliant les points de vue et les à-côtés.

Lors d’une interview avec Antony Thiodet, nous avions abordé un changement dans la façon de recruter de nouveaux profils au sein des clubs. Des clubs qui s’orientent de plus en plus vers des profils non spécialisés sport business mais issus de la grande distribution, du commerce, etc. Qu’en pensez-vous ?

En France, il y a quelques années, nous étions encore très en retard sur les techniques de commercialisation de ticketing et de remplissage des enceintes. Quand on regarde le taux de remplissage des stades, qui est un indice révélateur, on voit qu’on n’y est toujours pas. Soit on a des stades qui sont surdimensionnés, soit on n’a pas de réelle culture du football dans ce pays, mais il y a bien quelque chose qui ne va pas. 

Le remplissage des stades repose sur des stratégies très fines de commercialisation, de marketing, fondées sur des techniques américaines. Il suffit de regarder la NBA, avec des salles de 25 000 places, constamment remplies. Ils travaillent énormément l’offre pour le BtoB, car les clubs vont gagner de l’argent sur les relations publiques et les hospitalités. Il y a un ratio intéressant aux États-Unis, qui montre que 20% des places allouées au BtoB rapportent 80 % des revenus.

Donc à mon avis, ce que voulait dire Antony, c’est qu’il y a une grande inspiration du secteur du sport à aller chercher des techniques de commercialisation qui viennent de l’hôtellerie, du transport ou de toutes les activités qui sont soumises à la thématique du remplissage.

Mais il faut faire très attention en matière vocabulaire, le fan n’est pas un consommateur comme un autre et un club de foot n’est pas une entreprise comme une autre. Il faut tenir compte dans la communication de ces spécificités. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer à Bordeaux cette année, avec un discours marketing et commercial un peu trop agressif, un peu trop assumé et un peu trop visible, qui s’est heurté à des résistances assez importantes de la part des fans, à partir du moment où le projet sportif ne suit pas.

Donc comme le disait Antony, il est vrai qu’on a pu voir de nombreuses compétences dans ce secteur-là. Des personnes qui ont fait leurs armes dans d’autres secteurs ce n’est pas forcément nouveau : certains  ont travaillé chez Disney et se trouvent à la Direction Marketing de Manchester United ou FC Barcelone parce que à mon avis, pendant des années, il y a eu un déficit de formation sur les étudiants. On est allé assez loin et assez vite en matière de marketing, de branding, de communication, de community management, en oubliant sans doute, l’aspect commercial. Mais à Kedge BS, on a toujours essayé de garder cette dimension commerciale, finalement propre à une école de commerce. 

Il faut faire une dichotomie qui est très importante, entre le fan, le client et le consommateur. Mais si on se pose du point de vue des gestionnaires des enceintes, ça ne me choque pas de faire appel à des compétences multiples, à employer des commerciaux, qui vont s’assurer d’un certain taux de remplissage. 

Comment jugez-vous l’évolution du marketing sportif ces dernières années dans l’industrie du sport ? 

On travaille beaucoup en recherche sur les différents niveaux de clientèle d’un spectacle sportif. C’est un grand bond en avant entrepris par le football depuis quelques années. Il faut se rappeler qu’à un moment donné, le spectacle était très masculin, avec des hommes qui venaient au stade et qui n’avaient pas forcément envie de consommer. Il y a 20 ans, on ne savait pas qui était dans le stade, il n’y avait pas de carte d’abonnement ou d’applications, donc travailler le marketing restait vraiment compliqué.

Il a donc fallu passer ce cap-là et il est très important de garder à l’esprit que le cœur de marque reste les fans. J’ai envie d’aller un peu plus loin en disant les fans qui sont dans les virages et qui représentent la richesse des tribunes. C’est même plus important qu’aux États-Unis, puisque la culture du kop est très faible comparée à ce qu’on peut voir sur certaines écuries européennes comme Marseille, Dortmund ou Lens.

Ensuite, la logique du marketing et du commercial consiste à travailler les autres cibles comme par exemple avoir un public plus féminin, plus familial, qui donnera une autre image. En effet, un public familial, c’est tout de suite beaucoup plus sympathique. Cela a également une incidence très nette sur la consommation de snacking, de boissons, de produits dérivés. C’est quelque chose qui a été prouvé dans les autres industries du divertissement, comme le cinéma et surtout les parcs d’attractions, qui sont eux, des spectacles purement familiaux car ils ont réussi à créer une offre parfaitement familiale.

Jouer sur ces différents niveaux de clientèle d’un spectacle sportif est important dans les techniques de commercialisation et marketing. Prenons par exemple le maillot, produit phare d’un supporter ou d’un spectateur. le maillot annuel étant extrêmement attendu, un amoureux du club va attendre une identité de marque, qui sont les symboles, les couleurs et les logos.

Fans de sport et vintage : pourquoi ça marche ?

C’est pour cela que changer un logo est un vaste débat. Je me souviens du changement de logo du PSG, de la Juventus de Turin ou de Bordeaux, qui illustre une tension parfois très forte entre les supporters historiques, qui sont la légitimité de la marque et les autres cibles, qui sont d’aller chercher l’international ou les jeunes. Au Barça ou à l’OM par exemple, un maillot rose va provoquer une incompréhension de la part des plus fidèles supporters. Mais paradoxalement, on s’aperçoit que c’est que ces maillots-là qui sont rapidement rupture de stock car ils plaisent énormément à d’autres cibles plus occasionnelles comme les touristes ou les enfants.

Je trouve que la concertation des fans est assez sous-estimée. Les clubs aujourd’hui passent par des agences spécialisées dans le marketing pour leurs logos, maillots et autres produits dérivés, comme le ferait n’importe quelle entreprise. Mais un club n’est pas une entreprise quelconque. On peut imaginer une sorte de marketing participatif, comme cela avait déjà était fait dans certaines structures comme au Stade Malherbe de Caen, lorsque le club avait fait voter les fans pour choisir entre 3 propositions de mascotte. L’important est de trouver un équilibre entre les fans historiques et les nouvelles cibles recherchées par les clubs.

On peut penser à la polémique du logo noir et vert d’Uber Eats sur le maillot 2019-2020 de l’OM, les supporters étaient montés au créneau pour qu’il n’y ait pas de vert sur leur maillot…

Oui, en effet c’est un très bon exemple, et ici la Direction de l’Olympique de Marseille a eu l’intelligence d’écouter et de modifier ce logo, en remplaçant la partie verte en noir. Cela montre bien le pouvoir des consommateurs. D’une manière générale, il y a l’exemple que l’on enseigne souvent en marketing et qui est célèbre : la marque GAP. Certes, ce n’est pas une marque de sport, mais la marque GAP en 2011 avait essayé de changer son logo en effectuant un changement complètement radical et s’étaient heurtés une opposition quasi-unanime des fans de la marque. Ils avaient eu le courage de revenir sur leur décision, ce qui n’est pas toujours le cas avec d’autres exemples. 

“La marque appartient aux consommateurs.”

Coca-Cola a également connu cela, quand ils ont voulu changer la recette au milieu des années 80. Très concrètement, la marque appartient aux consommateurs d’une manière ou d’une autre, car ils se sont  appropriés l’image et l’identité de celle-ci. 

Le supporter a donc une place primordiale dans un club ? 

Bien sûr. Il ne faut pas oublier que certains supporters travaillent pour le club. Un tifo, par exemple, est l’archétype d’une offre créée par le client. En plus de payer leur place pour le match, ils vont travailler en amont pour préparer un spectacle propre aux tribunes, qui parfois, est plus intéressant que le match en lui-même. Si on va au stade avec un néophyte, c’est-à-dire quelqu’un qui ne connait absolument pas au football ou au sport de manière générale, cette personne va très certainement se focaliser sur l’ambiance, la qualité du spectacle en tribune et l’intensité des encouragements venant des virages. 

En résumé, oui le supporter joue un grand rôle dans un club. Il est doublement impliqué, puisqu’il vit le spectacle, mais apporte aussi l’ambiance, qui influe, qu’on le veuille ou non, sur les résultats sportifs de leur équipe. 

Vous abordez le spectacle en tribune et notamment en virage. On sait que depuis quelques mois, la Ligue de Football Professionnel discute pour légaliser et encadrer leur utilisation dans les virages. Quel est votre avis sur le sujet ? 

Je comprends entièrement qu’il y ait un débat sur la sécurité, qu’on peut pas occulter. Mais je comprends également que les fumigènes font partie de la culture du supporterisme, qu’ils aient leur place dans un stade. Cette position est tout à fait compréhensible, mais c’est une des tensions qui émerge en ce moment.  Pour certains spécialistes, cela fait partie de la marque du club et du stade. 

Si l’on regarde un match à la Bombonera, à Buenos Aires, on a l’impression qu’il y a un feu d’artifice pendant tout le match. En France, c’est plus compliqué. Je rejoins un de mes collègues sur ce point-là, il y a d’autres spécialistes qui ne sont pas forcément d’accord, mais on pense quand même qu’il n’y a pas de culture du sport en France, pas forcément de culture du foot, au sens propre du mot culture. Il y a une culture de la gastronomie, du luxe, du cinéma et du vin, mais pas du foot. S’il y en avait une, en dehors des noyaux de supporters comme à Marseille ou Strasbourg, on aurait résolu en partie la question des taux de remplissage. 

C’est un point un peu fort, mais qui nous différencie nettement, à mon avis, de l’Angleterre de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne.

“Dans toutes les grandes villes d’Europe, il y a au moins deux clubs professionnels.”

Un autre point important aussi, qui explique le faible taux de remplissage de nos stades, c’est qu’on est aussi sur une spécificité de petites villes ou de villes moyennes. Forcément, la démographie explique cela. Il y a des petits bassins de consommation comme à Guingamp par exemple, ce qui va tirer le marché économique vers le bas. Enfin, on a un seul club par ville. Et dans tous les autres grandes villes d’Europe, il y a deux clubs professionnels, soit qui partagent un stade comme à Milan, avec deux stades différents. C’est donc aussi une spécificité française, ça ne s’est pas développé. Même à Paris, il y a qu’un seul club en Ligue 1, et pour moi, explication est culturelle.

Les buvettes des stades en France avec Guillaume BlotGuillaume Blot

Stand de la Friterie Sensas devant le stade Pierre Mauroy du Lille OSC, le 24 janvier 2015 à Villeneuve-d’Ascq (France)

J’ai pu lire dans votre livre Marketing du Sport et Evénementiel Sportif que vous traitiez également des problèmes concernant les taux de remplissages des nouvelles enceintes sportives en France post Euro 2016. Pouvez-vous nous présenter votre ouvrage ? 

Le livre a été co-écrit avec un de mes collègues, Lionel Maltese. On y retrouve différentes parties, comme les modèles relationnels, le contexte socio-démographique dans lequel est inséré un événement, un club, et qui l’impacte grandement. On aborde également les partenariats ainsi que l’activation des partenariats. On essaie de mettre en avant le fait que mettre de l’argent dans un partenariat sans aucune activation, animation et expérience revient à jeter de l’argent par les fenêtres. Une grande partie sur l’activation des sponsorings est disponible à l’intérieur de l’ouvrage.

Outre les parties commerciales et sponsoring, il y a également tout un aspect sur le marketing et le marketing expérientiel. Il a fallu réfléchir à ce qu’on peut proposer en plus d’une expérience spectateur basique, en dehors du match et de la buvette. Je pense que l’amélioration de l’offre globale et de l’expérience spectateur passe aujourd’hui par de nombreuses possibilités autour du marketing, comme la démultiplication de services, d’activités, le wifi, l’accès aux boutiques officielles ou l’amélioration de la restauration des stades en France. C’est très important de prendre cet aspect-là en compte, car il y a quand même pas mal de spectateurs qui sont moyennement connaisseurs, mais qui sont très contents d’aller dans un stade, parce qu’ils vont partager l’expérience sur leurs réseaux sociaux et le vivre d’une manière un peu différente qu’un fan.

Enfin, il y a un aspect sur le marketing territorial, sur les impacts événementiels, en se basant sur l’organisation de grands événements sportifs. Cela nous permet d’aborder la question suivante : est-il encore intéressant pour une localité de se lancer dans l’aventure jeux olympiques ou dans la Coupe du Monde de football ? Certes, cela permet de développer la notoriété et le capital marque, ce que va par exemple faire le Qatar avec la Coupe du monde en 2022. De l’autre côté, l’économie : de nombreux économistes pensent qu’il n’est absolument pas intéressant d’un point de vue économique d’organiser de grandes compétitions comme les JO. 
Voici donc quelques enjeux parmi d’autres, traités dans cet ouvrage.

Merci à Jean-Philippe Danglade pour cet échange enrichissant. Si vous n’avez pas encore lu la première partie de cette interview, cela est accessible en cliquant ici. 

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