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INTERVIEW : Fabrice Lorenceau (LiveLike) “le fan engagement pour les écrans”

LiveLike vous fait vibrer devant le match comme si vous étiez au stade grâce à une expérience AR/VR immersive et sociale.

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Alors que l’on parle souvent de divertissement in stadia lorsqu’il s’agit d’améliorer l’expérience des fans de sport, LiveLike a pris le parti original de se concentrer sur les fans qui ne se déplacent pas au stade.

“The most innovative sports viewing experience ever built” ou, en français, “l’expérience de visionnage sportif la plus innovante jamais créée” est la promesse ambitieuse faite pas les fondateurs de LiveLike et ils s’y tiennent. Réalité virtuelle, augmentée et mixte, expérience de divertissement entre amis et en temps réel, LiveLike amène toute la ferveur du match dans votre salon. On en parle avec Fabrice Lorenceau, le co-fondateur de LiveLike.

Bonjour Fabrice, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Fabrice Lorenceau, je suis cofondateur de LiveLike et directeur des productions et de la stratégie produit. 

LiveLike est né il y a 5 ans. Comment l’idée de proposer une telle expérience vous est-elle venue ? Comment les débuts de LiveLike se sont-ils faits ?

J’ai créé LiveLike avec mon frère André Lorenceau en 2015. Après avoir fait un prototype fin 2014 suite à l’engouement des chaînes de TV pour le prototype. Nous avions une approche différente de la VR qui place l’utilisateur dans un Lounge VIP pour suivre un évènement sportif. Le lounge permet d’avoir ses amis atour de soi dans son salon VIP ainsi que des écrans avec des statistiques sportives et des contenus divers comme les meilleurs moments ou des interviews. L’idée est venue du fait que mon frère travaillait dans la VR depuis un an et moi dans le sport et la tech. Il cherchait un nouveau challenge et on a commencé à parler de ce que pourrait être l’expérience de vivre un événement sportif en VR. Par chance, j’avais déjà fait des captures de matchs à 180° pour faire du tracking de joueur avec YouFoot donc on a imaginé ce que pourrait être l’expérience autour de cette vidéo : la loge, des avatars, les statistiques, etc.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le modèle et le fonctionnement de LiveLike ? Quels sont les prérequis du côté des fans et des organisations sportives pour pouvoir accéder à l’expérience que vous proposez ?

Nous avons un business modèle B-B-C (Business-to-business-to-consumer). On travaille avec les fédérations ou les détenteurs de droits sportifs. Nous fabriquons en marque blanche des expériences pour nos clients. Souvent l’application est gratuite et disponible sur mobile ainsi que pour les casques VR Mobile et “Standalone” (un casque VR qui ne requière pas d’utiliser un ordinateur ou un smartphone) donc iOS, Android, GearVR, Oculus Go et Quest.
Quand nous travaillons avec des chaînes payantes le plus souvent il faut s’identifier dans l’application et être abonné pour avoir accès au contenu bien que souvent les matchs déjà joués soient libres d’accès.

À votre avis, quelle est la fonctionnalité phare de LiveLike qui fait que la plateforme rencontre un si grand succès auprès des organisations sportives et des fans ?

Il y a plusieurs facteurs à cela. En premier lieu pendant longtemps nous nous sommes concentrés sur le sport donc nous avons développé un savoir faire et une réputation dans ce domaine. C’est un domaine qui est compliqué car il faut pouvoir livrer des applications pouvant accueillir des millions d’utilisateurs et on a souvent peu de temps pour créer une application pour des grands événements comme la Coupe du Monde 2018. La pression est aussi énorme car on livre des “streams” de très hautes qualités (UHD ou 8K) avec des technologies de pointes souvent pas encore standardisées. Enfin, l’erreur n’est pas permise sur ce genre d’événement.
Parmi les fonctionnalités qui ont séduit les utilisateurs, il y a l’interactivité qui permet de changer d’angle de vue et l’accès aux statistiques ainsi que le social avec des avatars. Nous avons d’ailleurs travaillé en 2019 sur de nouveaux avatars et nous avons amélioré la vitesse de chargement des videos pour que les changements d’angles puissent être quasi instantanés.
Nous allons lancer avec un client important une application en Q1 2020 intégrants ces fonctionnalités ainsi que d’autres évolutions importantes.

Photo 180° prise à l'occasion du match Argentine - Espagne en Chine pour la FIBA

Photo 180° prise à l’occasion du match Argentine – Espagne en Chine pour la FIBA

“On a vraiment repensé le “fan engagement”, mais pour les écrans OTT”

LiveLike a déjà couvert beaucoup de très grands événements sportifs comme la Coupe du Monde de football 2018 en Russie ou encore Roland Garros. Quel est le plus gros challenge que vous ayez rencontré jusqu’ici ?

Notre plus gros challenge reste l’adoption des casques de VR. Cela reste un marché de niche. L’Oculus Quest est pour nous une excellente nouvelle car il est évident maintenant que le casque Standalone est un succès auprès des utilisateurs. Il est plus simple et convivial à utiliser. Il remporte un succès important. Ce type de casque remplace notamment les Cardboards dont la qualité était très souvent mauvaise et le GearVR qui était un peu trop compliqué à utiliser et restait limité à quelques smartphones Samsung. Oculus notamment a revu ses objectifs à la baisse et vise dans un premier temps de devenir un écosystème fédérant 50 millions d’utilisateurs mensuels actifs. C’est à dire comparable à Playstation, Switch ou Xbox.
De notre côté, nous avons aussi décidé de lancer un nouveau produit qui propose ce qui fonctionnait le mieux en VR, à savoir le social et l’interactif, pour les écrans autre que la VR. En clair, un produit pour le web et mobile qui permet d’avoir des interactions en direct et de regarder avec ses amis. L’UEFA et Deltatre ont déjà adopté et intégré ce nouveau produit qui rencontre un franc succès. On a vraiment repensé le “fan engagement” mais pour les écrans OTT. (NDLR : Un media donne accès à du contenu dit OTT “over-the-top” s’il fournit du contenu supplémentaire à celui du fournisseur traditionnel. Netflix est OTT sur votre box Orange par exemple).

L’UEFA a récemment annoncé l’intégration de LiveLike dans son incubateur. LiveLike a reçu distinctions sur distinctions depuis sa création, la plateforme semble être sur une excellente lancée. Quelle est la prochaine étape pour vous ?

J’ai déjà mentionné les évolutions à venir sur la VR. Le nouveau produit vient d’être lancé, nous avons plusieurs très gros clients avec qui nous travaillons étroitement pour le lancement de cette nouvelle solution de Fan Engagement. Nous pensons aussi que ce produit peut plus facilement se décliner sur d’autres verticales comme pour les contenus VOD, le divertissement, l’actualités, etc.
Nous explorons autour de l’interactivité comme la suggestion de contenus, la publicité interactive (comme le fait Hulu ou maintenant Facebook) ou encore faciliter le pari sportif pour un téléspectateur.

Pour conclure les interviews, j’aime poser ces deux dernières questions à nos intervenants :
Pouvez-vous nous partager un fait surprenant sur votre domaine de spécialisation, l’expérience fan en VR/AR/MR ?

Je vais partager trois donnés intéressantes : nos applis VR ont été #1 dans de nombreux app stores pendant la Coupe du Monde 2018, mettant la VR à l’honneur pour un très grand nombre ! La BBC en Angleterre et ERT en Grèce sont les deux diffuseurs qui ont le mieux tirés leur épingle du jeu en promouvant habilement leur appli VR.
Autre succès, nous avons eu 6,5 millions d’utilisateurs uniques en Inde pour l’IPL 2018. Un test en 2019 avec des milliers d’utilisateurs et un de nos partenaires a montré qu’il est possible de monétiser en Pay-Per-View des flux VR pour des événements sportifs.
Enfin, nous avons vu que le social et l’interactif augmentaient de x2 à x3 fois le temps passé en VR par rapport à l’OTT et c’est cela qui nous a poussé à lancer un produit de Fan Engagement pour tous les écrans OTT. Cela s’est confirmé lors des tests de lancement : Engagement SDK séduit particulièrement les moins de 35 ans qui affectionnent une expérience plus interactive et sociale.

Et enfin, quel est l’événement, le projet ou l’innovation à suivre dans votre domaine de spécialisation ? 

Nos projets à venir sont très confidentiels donc je ne peux pas en parler à ce stade. On va suivre avec attention les chiffres des ventes des nouveaux casques de VR comme l’Oculus Quest surtout avec les fêtes de Noel. Enfin, je me réjouis de voir des acteurs comme Twitch qui continuent d’innover dans le Fan Experience que ce soit pour Thursday Night Football ou avec des fonctionnalités de gamification lancées en 2019 récompensant de manière ludique les utilisateurs pour le temps qu’ils passent à regarder leurs streamers préférés.

Merci beaucoup à Fabrice de nous avoir accordé du temps pour réaliser cette interview. Vous pouvez suivre attentivement l’actualité de LiveLike, l’une des startups les plus innovantes de la fan engagement et expérience sur leur site et les différents réseaux sociaux.

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I am a finance and entertainment student excited by the idea of enhancing entertainment experiences thanks to numbers and technology.

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Interview : Eric Hirschi “le speaker, la passerelle entre le club et les fans”

Il est au coeur du spectacle, le speaker joue un rôle prépondérant dans l’expérience du spectateur. On a rencontré l’un d’eux, Eric Hirschi. 

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eric hirschi interview

Il est au coeur du spectacle, le speaker joue un rôle prépondérant dans l’expérience du spectateur. On a rencontré l’un d’eux, Eric Hirschi. 

 

Dans un événement sportif ou non, l’animateur, le speaker, possède un rôle central dans l’expérience du public. Nous avons échangé avec Eric Hirschi via un tweet au sujet d’un speaker allemand. Eric étant lui même speaker pour le Montpellier Handball, le Basket Lattes Montpellier et le Narbonne Volley, nous lui avons proposé de réaliser une interview. Celui qui se décrit comme un chef d’orchestre dont les supporters, la mascotte, les bénévoles et le public sont comme ses instruments, nous partage sa vision sur ce rôle clé de l’expérience des spectateurs. 

Bonjour Eric, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Eric Hirschi, j’ai 48 ans, un parcours un peu atypique puisque j’ai commencé à parler dans un micro à 8 ans sur la baraque foraine de mon grand père. J’ai commencé la radio à 12 ans, travaillé à 13 ans pour le groupe NRJ puis vécu 1 ans en Chine. J’ai été animateur radio, télé, humoriste, producteur, manager d’artistes et de concerts. J’ai toujours travaillé dans le divertissement et j’ai toujours été un grand fan de sport.
J’ai commencé à allier les deux en produisant des fans villages pour diverses compétitions de sport auto en France et en Europe. Je me suis concentré sur le sujet du sportainment depuis 5 ans en devenant dans un premier temps speaker du Montpellier Handball. 

Tu es aussi le speaker de 3 clubs dans 3 sports différents. Ce n’est pas trop dur à gérer ?

Si tu aimes bien dormir … si ! (rire). Non en fait pour moi c’est plutôt une chance, chaque sport étant différent, cela me permet d’avoir une vision très étendue de ce métier, et m’aide à trouver de nouvelles idées, de ne pas m’enfermer dans un style et toujours me remettre en question tous les jours.
Ensuite mon objectif dans ce métier étant d’innover, cela me permet de faire avancer mon projet de formation. Dans chaque club pour lequel je travaille, j’ai un double, et cela m’aide à comprendre comment transmettre. 

Entre ces clubs et ces sports, est-ce que tu remarques des différences, dans le comportements du public, les attentes des clubs ou autres ?

Chaque sport a ses gimmicks. Il y a bien-sûr des dénominateurs communs, le concept du protocole par exemple. Chaque club a son histoire, ses traditions et puis aucun club ne me demande la même chose. Au Montpellier Handball (MHB) par exemple, qui a déjà développé une solide expérience du spectacle sportif avec Marc Henri Hammard et Suzy Demonthe, mon rôle est plus sur la forme, je travaille beaucoup sur ma voix, ma rythmique, je m’inscris dans des scénarios et activations terrain déjà créés.
Quand je suis arrivé au Basket Lattes Montpellier-Méditerranée-Métropole Association (BLMA), la page entertainment était vierge. Il a fallu fédérer une équipe autour de moi, accompagner le club dans cette transformation nécessaire.

Dans une interview récente pour l’indépendant, tu dis que le volley est “pour toi le sport le plus difficile à animer”. Pourquoi ça ? 

Pour différentes raisons que je qualifierais de techniques, un match de volley se joue en 3 sets de 25 points gagnants, nous savons quand il démarre, jamais quand cela se termine. Ensuite un échange dure entre 10 secondes et 1 minute et tu as environ 20 secondes entre chaque échange. Donc sur un match tu peux avoir plus de 150 instants de 20 secondes à combler. Il est donc difficile de maîtriser l’énergie que tu dois donner durant le match. 

Au sein de l’équipe Fanstriker, nous croyons très fortement que le speaker représente un facteur clé avec la mascotte pour que l’expérience match des spectateurs soit positive. Qu’en penses-tu ?

Je pense que le speaker que je suis vous remercie (rire) ! Je vais même aller plus loin, nous sommes à l’heure de l’image et du storytelling, le speaker doit être la passerelle, entre les fans, les supporters, le club, les joueurs, etc. Je milite pour que le contenu vidéo puisse être “incarné” par le speaker la semaine et être le lien afin que le public le retrouve le week-end.
Durant le match le speaker est un chef d’orchestre qui se doit de faire le lien entre les supporters, les spectateurs qui viennent, peut-être pour la 1ère fois voir un match et qu’il faut accompagner, pour ne pas qu’ils se sentent en décalage. Les fanfares, la régie vidéo, la musique, etc. cela fait un sacré bel orchestre non ?
J’écris ma partition sur un bon vieux fichier excel, où tout est minuté et programmé, tout en gardant à l’esprit que chaque séquence peut évoluer en fonction de la physionomie du match. Concrètement on prépare par exemple deux animations pour les ¼ temps, une animation dans le scénario où l’équipe est devant, puis une animation où notre équipe est menée au score. 

Je suis toujours étonné de constater que lorsque l’on parle de cette évolution, les sujets sont essentiellement liés au digital ou au numérique. Cela est certes nécessaire, mais n’oublions pas l’humain.

Selon toi, “il faut aller chercher les gens, les amener doucement vers la culture du sport spectacle sans les brusquer non plus”. Comment fais-tu ?

Je crois que nous sommes dans une ère de la transformation de nos modes de consommation. Les événements sportifs ne dérogent pas à cette règle. Mais je suis toujours étonné de constater que lorsque l’on parle de cette évolution, les sujets sont essentiellement liés au digital ou au numérique. Cela est certes nécessaire, mais n’oublions pas l’humain.
Dans un stade ou une salle, tu as différents publics : les supporters qui ont leurs codes, leur routine. Ensuite tu as les fans, ceux qui aiment avant tout le sport et vont parfois voir plusieurs matchs de plusieurs clubs, et enfin des spectateurs qui eux peuvent être là, car tu es en Play-Off ou parce que tu reçois une très grosse équipe, mais ne connaissent pas forcément, ni le club, ni même parfois les règles du jeu.
J’utilise souvent la vidéo, pour expliquer les règles et expliquer comment le public doit interagir en fonction des phases de jeux.

Quels liens entretiens-tu avec les fans de ces 3 clubs ?  

Avec les supporters il est capital de les connaitre, de partager avec eux, avant, pendant, après. Ce sont souvent d’eux que beaucoup de choses partent.
Personnellement, je n’ai pas à me forcer sur ce point, car ce que j’aime dans le sport, c’est la passion qu’il procure, je suis fasciné, par exemple par les Blue Fox, les supporters du MHB, capables de faire 48h de bus A/R pour un match de 30 minutes.

Pour les fans et les spectateurs, je mets un point d’honneur à être aux entrées ou faire le tour du stade, dès l’ouverture, pour leur dire bonjour, leur souhaiter la bienvenue, créer un lien avec eux. C’est important pour moi de “sentir” le public et passer du temps avec ceux qui arrivent tôt me semble être une marque de politesse. 

Nous sommes allés au LOSC il y a quelques mois et nous avons remarqué qu’ils possédaient deux speakers (une femme et un homme). L’un deux était en bord de pelouse tandis que le second était dans les tribunes et les coursives au contact du public. On trouve ce modèle très intéressant pour plusieurs raisons que nous développerons dans un article dédié aux speakers. Que penses-tu de ce modèle ?  

Très fan de l’idée, je connais un peu Charlee, je suis son travail et elle a une vraie personnalité, un vrai univers et elle apporte réellement quelque chose. 
Je suis actuellement sur une réflexion dans ce sens, et si la notion de “voix du club” était un peu dépassée, ne serait-il pas plus intéressant d’avoir une team de 2 ou 3 speakers qui en fonction des matchs puissent interchanger, travailler seul ou à 2 voir à 3 sur une finale. 

https://twitter.com/fanstriker/status/1118147558625484800?s=20

Nous sommes dans une société qui se lasse très vite, un supporter qui se déplace pour voir une saison entière, voit entre 25 et 30 matchs. Ce qui serait intéressant serait de pouvoir changer, étonner, autour d’un socle, mais que le fan, se dise : “Chouette ! que vais-je voir cette fois-ci ?”.

Certes ce métier change tous les jours, aujourd’hui nous produisons du contenu, nous racontons des histoires nous sommes le cirque Gruss, TF1 et Instagram à la fois, mais c’est pour cela que c’est passionnant.

Techniquement, avec les caméras, le son, c’est compliqué pour un speaker de se rendre en tribune ?  

Non pas du tout, depuis 3 mois, je travaille avec des air monitor (ndlr : des oreillettes sans fil), j’ai un casque sans fil avec mon retour dedans, les caméras HF existent. Au BLMA où j’ai la chance de travailler avec Léo, un petit génie de l’informatique, j’ai même la possibilité de retransmettre sur l’écran ce que je film avec mon téléphone.
Certes ce métier change tous les jours, aujourd’hui nous produisons du contenu, nous racontons des histoires, nous sommes le cirque Gruss, TF1 et Instagram à la fois, mais c’est pour cela que c’est passionnant.

D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de femmes dans ce milieu ? Ne penses-tu pas que si une femme était speakerine cela inciterait davantage de femmes à venir assister au match ou à un événement ?

Je ne suis pas sûr du rapport de cause à effet. Bien-sûr, je milite pour plus de femmes, mais comme il y a peu de présidente de clubs, d’entraîneurs, de responsable marketing, etc.
Pour ce qui est des speakers, personnellement le sexe pour moi n’est pas une question. Ce qui m’intéresse c’est ce que la personne peut apporter, son personnage, son univers, c’est avec cela que l’on construit. Quand je décide de travailler avec NJ au BLMA ce n’est pas parce que nous sommes dans un club de basket féminin et que je me dis : “il nous faut une fille, NJ à un vrai univers elle est djette, et elle a déjà joué au basket”.

On était récemment avec le Paris Basketball pour le match du nouvel an chinois à l’AccorHotels Arena, et les deux speakers créaient très régulièrement l’interaction avec le public à travers des activations simples, ludiques et engageantes. On remarque cependant que la majorité des activations réalisées par le speaker dans un événement sportif ne sont pas vraiment interactives. Es-tu d’accord avec ça ? 

Je ne vois pas l’intérêt de prendre un micro si ce n’est pas pour être en interaction avec le public. Si j’ai une annonce commerciale sur un match, j’essaye de trouver l’angle pour parler à la salle. Je peux aller voir un enfant, parler avec lui. L’interaction peut être simple avec un fan ou plus complexe avec tout le stade ou la salle.

Je ne vois pas l’intérêt de prendre un micro si ce n’est pas pour être en interaction avec le public.

Une autre situation qui nous interpelle souvent. Dans de nombreux événements, il s’agit de la même personne (le speaker) qui anime le match et donc le grand public puis ensuite anime les espaces hospitalités du club avec cette fois un public très porté VIP et entreprises. Pour nous, ce sont deux types profils assez différents et donc on a du mal à comprendre. Ça ne te parait pas étrange ?

Dans un monde idéal, il y a deux voire trois speakers, des caméras, un dj, etc. Mais une fois que l’on a pensé à tout cela, il faut sortir la calculatrice et c’est là que le bas blesse. Après je ne suis pas fan d’avoir un speaker salle, et un speaker VIP. Nous avons déjà beaucoup de mal à faire en sorte que les partenaires qui sont là pour faire du business, soient présents dans les tribunes pour le début du protocole ou à la reprise de la seconde mi-temps, donc selon moi, nous avons besoin de les intégrer complètement dans l’expérience supporter. 
Encore une fois le speaker doit être le lien entre le club et les fans, les supporters ou les partenaires.

Une question simple mais comment devient-on speaker ?  

Ce que je vais te répondre aujourd’hui ne sera sans doute plus d’actualité demain. 
Historiquement ce sont des bénévoles du club qui ont pris en premier les micros. Dans beaucoup de clubs c’est encore le cas. J’ai chaque année 5 à 6 clubs qui me disent vouloir se professionnaliser et particulièrement sur ce poste, ce qui ne signifie pas que les bénévoles ne faisaient pas bien le taf, heureusement qu’ils étaient là, mais encore une fois notre société évolue. Depuis quinze ans environ, les 1er clubs ont commencé à faire appel à des animateurs professionnels, aux parcours divers (animateur commercial, radio, journaliste, etc.). 

Quels sont les critères pour déterminer qu’un speaker est bon ?

Pour moi c’est avant tout sa personnalité et la capacité qu’il a à se renouveler, à créer un univers et un style qui lui soit propre.  

Dans ton métier, où trouves-tu de nouvelles inspirations ?

J’essaye avant tout de créer mon style, qui est un condensé de ce que je suis. Mes influences sont très très variés, des films comme The Mask, ou Cabaret, je regarde beaucoup de concerts. Je suis allé prendre deux ou trois bricoles chez Shaka ponk. Sur la rythmique, je m’inspire beaucoup de la radio. Sur la programmation musicale, j’ai repris ce que j’ai appris là aussi en radio. Après je reste fan de l’américain Jimmy Fallon. 

Tu développes actuellement un concept intitulé NOOR qui a pour but d’accompagner des clubs de sports dans le sportainment.   

Oui, en priorité la réflexion s’est portée sur les clubs professionnels non médiatisés, car ce sont eux qui ont le plus de besoins. 
Pour l’heure nous avons mis en place depuis 1 an un laboratoire d’idées autour de 10 clubs à Montpellier, afin de répondre à 3 objectifs : Accompagner les clubs, dans leur quotidien et comprendre leurs besoins, mutualiser les ressources afin d’avoir une réflexion qui soit transversale et non verticale. Et enfin innover afin de ne pas reproduire ce qui est fait en Ligue 1, Top 14, LidlStarligue et ouvrir le partenariat sportif à d’autres types d’entreprises.
Trouver des partenaires quand tu as 500-1000 fans c’est compliqué pour un club. Alors nous avons réuni 10 clubs, soit une communauté totale d’environ 12000 à 13000 fans, cela change la donne.

Plus concrètement nous distribuons jusqu’à 700 places par semaine pour assister à des évènements sportifs. Nous avons ouvert des passerelles de collaborations entre les clubs et les écoles, avec un système de junior entreprise sur des problématiques précises pour les clubs. Nous avons mis en place avec un de nos partenaires un système de LOA pour les écrans vidéos. Nous développons des outils (base musicale, design sonor, storytelling et scénario mascotte, etc.).
Nous nous trompons souvent mais nous créons tous les jours. Un de nos objectifs est de pouvoir, demain intégrer des start-up et être un laboratoire pour les clubs élites. Nous avons fini notre phase de preuve de concept et nous préparons la partie “industrialisation” sur une dizaine de solutions scalables. 

Dans ce projet, il y a également le lancement prochainement de la 1ère formation au métier de speaker.

Cela fait partie des solutions de NOOR, je me suis rendu compte que les clubs élites avait créé beaucoup de nouveaux métiers, des clubs qui n’ont pas forcément les moyens financiers d’avoir de gros staffs, souhaitent toutefois se professionnaliser. L’idée est donc de créer une formation diplômante et reconnue, adossée à un diplôme existant de gestion d’événement sportif option speaker. 
Nous pourrons ainsi répondre concrètement à un réel besoin de personnel capable de parler dans un micro, mais également de gérer des réseaux sociaux, de créer des activations terrain, accompagner les bénévoles dans leurs missions avec bienveillance, ou connaître le périmètre des collectivités locales. Nous ne parlerons sans doute pas de speaker, mais de sportaineur. 

Avec ton expérience de 6 ans dans l’entertainment sportif et un peu de recul, as-tu pu constater une évolution dans la façon de proposer des expériences aux fans par les différents acteurs avec qui tu as pu travailler ?

L’évolution majeure est sans doute la prise de conscience généralisée, du besoin de faire quelque chose et d’évoluer vers le spectacle, même si parfois cela peut être encore flou chez certain, je reste persuadé que le sportainement à un très grand avenir et que la France sera un des acteurs majeurs en Europe, car notre marché est particulier. À la différence d’autres pays, comme l’Allemagne où il y a une véritable culture du supportérisme, la France, comme souvent, est plus complexe et donc nous avons de véritables défis à relever.
Ce qui nous manque encore c’est une vision 360°, des architectes de l’expérience supporters en quelque sorte.

Toujours dans l’interview pour l’Indépendant, tu indiques que “tous les clubs qui ne prendront pas le même modèle que Narbonne auront énormément de mal dans les années à venir”. Peux-tu détailler davantage ce point ? 

Ce n’est pas moi qui le dit c’est l’excellente étude réalisée par OLBIA, qui précise que le modèle économique du sport de demain, dans un monde où les subventions des collectivités diminuerons, est d’être propriétaire de sa salle ou de son stade. J’ajouterais qu’au regard de l’évolution des contrats sportifs, des besoins en communication et en évènementiel, les besoins financiers seront de plus en plus importants. Ne parler uniquement qu’à ses supporters et fans et partisans de son sport, limite forcement le nombre de spectateurs potentiels ou nouveaux spectateurs potentiels. Il faut donc ouvrir à d’autres cibles à qui nous ne parlerons pas uniquement performance et résultat sportif, mais facilité de parking, animations, spectacle, musique, etc. 

On arrive vers la fin de cet échange intéressant mais avant ça, si tu pouvais passer un message à tes compères ou futurs compères speakers, que leur dirais-tu ?

Que c’est sans doute un des plus beaux métiers et que nous avons de la chance de pouvoir le faire. Nous devons en prendre soin et nous remettre en question et innover chaque jour sans oublier de créer nos univers.

Dernière question mais probablement la plus délicate, quelle est ta propre définition de la fan expérience ? 

Faire rire la mère de famille, que les enfants demandent en partant “quand ils reviendront voir la mascotte” et que le père se demande d’où vient cette bonne bière. 
Nous sommes là pour que tout le monde passe un bon moment surtout en cas de défaite de l’équipe.

Merci à Eric pour le partage de son métier et de sa vision de l’expérience des spectateurs. 
Crédit photo : bressonphotos 

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