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Un match de rugby en Afrique du sud Un match de rugby en Afrique du sud

Fan expérience dans le monde

Une soirée rugby en Afrique du Sud avec les Springboks

Pierre Antoine nous partage son expérience lors d’un match de rugby sur le continent Africain, entre les Springboks et les Pumas d’Argentine.

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Pierre-Antoine travaille en Angleterre et lors d’un passage en Afrique du Sud cet été il a eu l’occasion d’assister à un match de rugby entre l’Afrique du Sud et l’Argentine. Il nous raconte son expérience. 

 

Depuis toujours, je suis animé par deux passions : les voyages et le sport. J’ai 25 ans et cela fait quelques années que je fais en sorte, dans la mesure du possible, d’inclure un événement sportif à mon agenda lorsque je pars en voyage. Du football, du rugby, du tennis, tous les sports y passent. Vous faites peut-être cela aussi ?!
Au cours du mois de Mai, en finalisant la préparation de mon voyage en Afrique du Sud, je constate que les Springboks, l’équipe de rugby sud-africaine, affrontent les Pumas d’Argentine pile pendant mon séjour le 17 Août.

Après plusieurs recherches en ligne, j’observe que les billets ne se vendent pas directement par le biais de la fédération, mais via un site partenaire : TicketPro. Ni une ni deux, je m’empresse de prendre mes tickets. Pour ce match, les prix des places s’échelonnent de 5£ (5,5€) à 40£ (44€) environ, ce qui reste assez cher pour un pays où le SMIC est d’environ £200 (221€) et le taux de chômage oscille autour de 25%.

Trois mois avant le départ, mes tickets pour ce match sont déjà réservés. Maintenant plus qu’à attendre avec une certaine excitation de goûter à la ferveur d’un événement de ce type.

Springboks v Pumas au programme

Springboks v Pumas au programme

Que vaut l’expérience sud-africaine ?

Samedi 17 août, 15h00 heure locale, jour de match au stade Loftus Versfeld (51 000 places). Entre nous, c’était probablement l’un des jours que j’attendais le plus de mon séjour. Pas question de rater le moindre moment de cette expérience de fan pour mon premier événement sportif dans ce pays.
Le coup d’envoi du match est prévu à 17h05. Je décide donc d’arriver 2h avant, comme la majorité des fans, en voiture. Me faisant déposer par ma belle-famille, et en étant bien en avance, nous n’avons pas eu de problème particulier pour rejoindre le stade. Un stade qui est la résidence des Blue Bulls (équipe de 1ère division de rugby sud-africaine).

Avant le match, nous passons faire un tour sur les différentes animations présentes pour animer l’expérience des visiteurs. Dont voici un détail des animations que j’ai pu observer sur place.

Coca-Cola, le partenaire des Springboks depuis 1997, disposait d’un stand pour proposer aux fans de goûter les nouveaux produits “Energy” et “Coca-Cola Plus Coffee”. Une petite expérience gustative qui est toujours appréciée par les spectateurs de part sa gratuité.

Dégustation de nouveaux produits sur le Stand Coca-Cola@PAGuillet

Dégustation de nouveaux produits sur le Stand Coca-Cola

Le réseau de téléphonie et internet sud-africain MTN, offrait lui la possibilité aux fans d’enregistrer une vidéo de 15 secondes dans laquelle ils encourageaient les joueurs de l’équipe nationale. Pour participer, vous deviez donner votre numéro de téléphone, afin de recevoir l’enregistrement de votre vidéo sur votre mobile pour éventuellement la partager sur les réseaux sociaux et ainsi savoir si vous avez gagné. Un tirage au sort offrait 2 places en VIP aux vainqueurs.
Une activation intéressante pour le partenaire principal des Springboks. Ceci lui permet de récupérer de la data pour de nouveaux potentiels prospects tout en divertissant les spectateurs.

Pour la petite histoire, j’ai eu la chance de remporter le tirage au sort. Malheureusement, nous n’avons pas pu en profiter car nous en avons été notifié 5 minutes seulement avant le coup d’envoi et nous étions 3. Pour une fois que je gagnais quelque chose…

Le stand MTN où se déroulait le concours pour gagner 2 places VIP

Le stand MTN où se déroulait le concours pour gagner 2 places VIP

La marque de bière locale Castel, avait sa propre fan zone sur laquelle elle offrait la possibilité aux supporters de se restaurer et de s’hydrater aux abords du stade tout en profitant d’un concert d’un groupe de rock. Le groupe enchainant entre les chants en anglais et Afrikaans, deux des langues officielles du pays. L’entrée était gratuite sur cet espace. Tout autour de la zone se tenaient des stands où il était possible d’acheter de la bière de la marque partenaire, mais aussi différents types de nourritures (frites, pizzas etc.). 

La “Fan Zone” par Castle avec concert avant et après le match @PAGuillet

La “Fan Zone” par Castle avec concert avant et après le match

Un public composé majoritairement de familles et de groupes

16h00, soit légèrement plus d’une heure avant le coup d’envoi. La foule et les maillots verts des Springboks commencent à se faire de plus en plus nombreux parmi les spectateurs.
Ayant généralement l’habitude d’assister à des matchs de football en Angleterre avec une population assez masculine et plutôt vieillissante, j’ai été agréablement surpris de voir la présence en masse de familles ou de groupes d’amis, incluant femmes et enfants.
D’après ce que j’ai pu observer à travers les spectateurs présents sur place, en Afrique du Sud le rugby est un sport encore très connoté “élitiste” alors que le football lui est plus “populaire”.   

On se dirige doucement vers l’entrée du stade afin de prendre place en tribune. Le stade a été construit en 1906 et rénové à plusieurs reprises, notamment pour la Coupe du Monde de football 2010, mais reste visuellement assez vétuste.
Le passage à l’entrée avec la traditionnelle fouille par la sécurité et nous voilà dans l’enceinte. Nous profitons pour faire un tour du propriétaire.

Lors de ce tour d’observation, je constate deux choses. La première est qu’une fois à l’intérieur, il n’y a plus de vente de boissons alcoolisées. Ce qui ne serait pas imaginable au Royaume-Uni tant les spectateurs anglais consomment de bière. La consommation d’alcool est restreinte à l’extérieur de l’enceinte. Comme à Glasgow dans le célèbre Celtic Park.
Le second constat est un parallèle avec mon expérience en Angleterre concernant les prix des boissons et snacks.
Ces derniers sont relativement coûteux pour les locaux, par exemple les sodas coûtent £1.10, ce qui reste cependant très accessibles pour les Européens. Quant aux snacks, une pizza Margarita vous coûtera £2.70. Oui, oui, une pizza complète, à ce prix c’est intéressant. Enfin, un cornet de frites coûte à un visiteur £1.35.

À savoir qu’en plus de ces espaces de restauration et de consommation, des vendeurs ambulants se déplacent dans les tribunes pour proposer aux spectateurs boissons et snacks pendant le match. Une méthode qui leur permet d’augmenter les ventes et qui simplifie la consommation des supporters.

Un match entouré de maillots verts en tribune

30 minutes avant le coup d’envoi, il est maintenant temps de rejoindre notre siège pour observer l’activité sur la pelouse. Pendant l’échauffement des équipes, je remarque la présence des logos de plusieurs sponsors sur le terrain, ce qui leur offre une parfaite visibilité lors du match, notamment pour la TV.
Nous prenons aussi des photos pour immortaliser ce moment au milieu de tout ces maillots verts. D’ailleurs en voici une petite. Pas mal non ?

Un selfie typique dans les tribunes avec les supporters des Springboks

Un selfie typique dans les tribunes avec les supporters des Springboks

Les boutiques ont plutôt bien fonctionné. Pour notre part, nous avons acheté des casquettes (environ 13€ la casquette officielle), et un très grand nombre de fans, environ 80% d’entre eux, arborent drapeaux, maillots (vendus entre 50 et 60€ au stade), t-shirts, etc. Les espaces de vente sont positionnés avant l’entrée au stade, ainsi qu’à l’intérieur de ce dernier. La plupart des supporters ont déjà leur maillot mais cela ne les empêchent pas d’investir dans un nouvel équipement.
Côté terrain, les deux équipes s’étant rencontrées il y a une dizaine de jours auparavant, les Springboks ont décidé d’aligner une équipe B. Peut-être une mauvaise nouvelle pour notre expérience liée au jeu.

J’attendais avec impatience l’hymne national sud-africain. Malheureusement, il ne s’est pas révélé être à la hauteur de mes espérances. Le stade comportant 51 000 sièges n’était rempli que d’un peu plus de la moitié (légèrement plus de 26 000 spectateurs selon le speaker). De plus, l’hymne national comporte 5 des 11 langues officielles, ce qui fait que de nombreuses personnes ne le connaissent pas en entier. C’est donc un fait culturel qui ne permet pas de vivre un moment fort comme nous pouvons le voir dans certains stades du monde.

Du côté de l’ambiance, à part lors des essais marqués, de la musique durant les temps morts, et des dernières minutes, cela va avec la teneur du match. Ce dernier en lui même n’a pas vraiment retenu mon attention, le niveau était loin d’être celui espéré. Le choix de l’équipe B peut-être. Cependant, la musique entrainante lors de chaque temps mort et les flammes entourant le terrain à chaque point inscrit ainsi que la chorale en hommage à Johnny Clegg à la mi-temps, le célèbre chanteur qui a lutté contre l’apartheid et est décédé il y a quelques mois, m’ont permis d’apprécier la soirée.

Les dix dernières minutes sont à suspens, mais c’est finalement une victoire des sud-africains qui clôture la soirée sur la pelouse.

Mon bilan de cette expérience

En tant que fan de sport, vivre un match de rugby dans un des pays dont le sport est phare est une incroyable expérience. Il est très intéressant de voir ce qui se fait en Afrique comparé à ce qu’on a l’habitude de voir en Europe. L’Afrique du Sud, cependant, est peut-être ce qui se rapproche le plus de l’Amérique dans ce domaine en construisant cela comme un “show” pour le fan au travers des animations, de ce coté “food and drinks”, avec bien évidemment encore un train de retard, notamment au niveau du digital. Ce coté de la fan expérience en Afrique, au sens large, n’existe cependant quasiment pas. Il serait donc interessant de voir comment le continent africain va se développer sur ce thème en regardant le modèle sud-africain par exemple. Cela fera sans doute le sujet d’un prochain article.

 

Pierre Antoine Guillet

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Fan expérience dans le monde

INTERVIEW : Frank Pons “réussir à donner un effet waouh en sortant du stade”

On évoque dans ce dernier épisode de notre dossier l’image de marque et l’expérience fan à 360° des diverses franchises à Montréal avec le professeur et spécialiste Franck Pons.

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Pour ce dernier épisode du dossier spécial Montréal, nous recevons Frank Pons. Le professeur à l’Université de Laval est un vrai spécialiste du sport business nord-américain et du marché montréalais en particulier. Il nous partage son point de vue sur l’expérience fan montréalaise.

Nous arrivons donc au bout de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. Après avoir eu le plaisir d’échanger avec plusieurs acteurs de franchises et fédérations, nous poursuivons ce dossier avec un avis plus extérieur et critique sur la situation globale. Frank Pons va pouvoir nous détailler les meilleures pratiques pour développer l’expérience proposée aux fans. Pour lui, cette expérience concerne un cadre bien plus large que celle que l’on retrouve dans les stades.

Bonjour Frank, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites au quotidien ?

Bonjour, Je suis Frank Pons, professeur de marketing à l’Université Laval depuis 2007, passionné de sport et de sport business. Je travaille depuis très longtemps sur des problématiques de consommation et sur les fans plus précisément. Dès 1998, j’ai commencé à travailler en recherche sur le marketing sportif du côté de l’expérience fan dans les stades/arénas. Depuis, je continue la recherche dans ce domaine. En quinze ans, j’ai eu la chance d’être impliqué dans la formation en Amérique du Nord et en Europe dans le cadre du marketing sportif dans son ensemble.

Ces cours et ces rencontres m’ont permis de développer maintenant un réseau de professionnels très important. Il est composé de divers étudiants qui sont par exemple devenus vice-présidents de clubs en Ligue 1 ou président de fédérations nationales. D’autres sont impliqués dans diverses organisations du sport professionnel et amateur. Depuis 2007, je travaille à plein temps sur le marketing sportif avec beaucoup de travaux en lien avec les organisations sportives. Nous avons notamment collaboré en Europe avec la Fédération Française de Tennis, le PSG ou encore l’ASSE. Les travaux portent sur des problématiques réelles que l’on évoque avec les étudiants. Dernièrement au Québec, nous avons travaillé sur le cas de l’équipe Rouge et Or à Laval (grande marque du sport universitaire) ainsi qu’avec Soccer Québec (la fédération du Québec).

Mon implication dans le domaine du sport business résulte de beaucoup d’études terrain. Cela me donne une vision assez large dans le tennis, le football et le hockey. Je réalise également diverses entrevues dans la presse pour évoquer cet univers. Le sujet est beaucoup plus médiatisé aujourd’hui. C’est donc important de pouvoir échanger et vulgariser ces notions.

Comment décririez-vous l’expérience fan au sens global?

Le mot clé lorsque l’on parle d’expérience c’est 360°. C’est-à-dire que partout où le fan se tourne, chaque point d’interaction, chaque point de contact, il doit retrouver cette offre que seul le club peut lui offrir. Il faut qu’il ressente l’impression que ce qui est mis en place correspond exactement à ce qu’il voulait en venant au stade. L’expérience d’un spectateur donné se doit d’être différente de celle proposée à un autre type de spectateur, tout en s’assurant que l’on garde une certaine cohérence de marque. Le club se doit donc de connaître ses fans pour offrir quelque chose qui va être assez unique pour faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.

“Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.”

L’objectif de l’organisation est de faciliter une expérience unique et inoubliable pour la personne présente dans le stade. Il faut proposer une expérience différente des autres clubs/franchises et montrer ce qu’on représente. Cela passe par les valeurs que l’organisation véhicule et ses attributs tangibles ou intangibles auxquels elle veut être associée. Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.

Canadiens Montréal Le centre Bell lors d’un avant-match des Canadiens

Lorsqu’un fan rentre dans un stade, il faut qu’il ressente cette expérience unique. C’est quelque chose que l’Impact ou les Canadiens essaient d’offrir aujourd’hui avec plus ou moins de succès. Il est important que le fan retrouve ce qu’il recherche tout spécifiquement tout en communiant avec la marque. Voici le challenge de l’expérience fan actuelle. C’est cette idée de segmentation des consommateurs (fans) que l’on connait depuis très longtemps. Elle n’est cependant pas toujours facile à réaliser dans le contexte d’une expérience d’évènement sportif.

“Il faut réussir à faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.”

Ce mix entre l’expérience de l’individu (fan individuel) et l’expérience commune n’est pas simple à réaliser. Il ne faut en effet pas oublier qu’il y a des groupes de fans qui recherchent la même chose, des éléments intangibles comme la nostalgie, la proximité ou l’échange social en plus de leur expérience propre.

Impact Montréal Supporters de l’Impact de Montréal se réunissant derrière le but pendant le match

Comment positionneriez-vous les diverses franchises montréalaises au niveau de l’expérience fan proposée? Quelles sont les particularités de chacune?

Dans le cas de Montréal, l’histoire dicte fortement la marque et le positionnement que chaque équipe va avoir. Cela peut être bénéfique mais il ne faut pas oublier de revisiter sa marque et la faire évoluer (même légèrement) avec le marché. A ce niveau là, toutes les franchises montréalaises n’ont pas toujours été parfaites. C’est ici que réside la plus grande difficulté, il faut que les équipes soient proactives dans ce qu’elles veulent être.

Prenons, les Canadiens par exemple qui ont un énorme héritage sportif et de tradition. Ils ont été particulièrement proactifs sous la gouverne de George Gilett, propriétaire américain au début du 21ème siècle. Autour du 100ème anniversaire en 2009, ils ont créé quelque chose de très fort avec le vice-président marketing de l’époque, Ray Lalonde. Ils ont fourni beaucoup d’efforts pour comprendre leurs fans.

“La stratégie était principalement axée sur la nostalgie […] elle mixait nouveauté et tradition à la perfection.”

Canadiens Montréal Réunion des anciens capitaines à l’occasion du centenaire des Canadiens (2009)

Autour de cet anniversaire, le club est passé dans une autre dimension au niveau de l’expérience fan. Pour la 1ère fois, ils ont ouvert les œillères et ont analysé ce qu’il fallait faire. Ils ont compris que tous les gens qui venaient voir les Canadiens n’étaient pas tous identiques. Le consommateur était en train de changer et ne venait plus seulement voir du hockey.

La franchise est donc devenue sûrement l’une des plus innovatrices de la ligue à cette époque. L’expérience fan proposée était très qualitative avec une bonne utilisation de la technologie et des projections sur la glace pour faire vivre toutes sortes d’expériences. La stratégie était principalement axée sur la nostalgie mais elle était bien réalisée. Les Canadiens mixaient nouveauté et tradition à la perfection.

Néanmoins, le danger est d’oublier de se renouveler sans cesse et de s’assoir sur ses succès. Ainsi, lors des dernières années, alors que la technologie a explosé et fait une entrée en force dans les arénas et l’expérience fan, les Canadiens n’ont pas vraiment évolué. On ne peut pas les targuer d’innovations sur ces dernières saisons. A l’inverse, les autres équipes en Amérique du nord sont constamment en train d’innover. C’est sûrement ce qui fait la plus grosse différence maintenant, que ce soit au hockey ou ailleurs.

Golden Knights Sortie des joueurs des Golden Knights de Las Vegas utilisant la technologie de manière innovante

On est aujourd’hui à l’ère de la réalité virtuelle et augmentée et il y a plein de franchises innovatrices sur ce domaine. Elles se réinventent tout en respectant leur marque chaque année. Les Canadiens n’en sont pas là. Ils travaillent bien et très dur depuis peu mais le manque de changements au cours des dernières années les pénalise. Il leur faudra encore du temps pour rattraper ce retard. C’est sûr que les mauvais résultats n’aident pas mais ils doivent dépasser cela.

Je reste cependant optimiste car il y a énormément de projets menés pour redorer cette image de marque et cette expérience fan. On sent un nouvel élan avec beaucoup plus d’innovations et de volonté sur cette nouvelle année. Ils utilisent de nouvelles technologies, où l’on place un peu plus le fan au centre de l’équation. C’est ce que l’on doit faire lorsque l’on veut développer une expérience de qualité.

Les autres franchises sont très différentes. L’impact est pour moi une marque qui bénéficiait d’un fort capital au moment de sa relance avec l’aide du gouvernement puis de son entrée en MLS. En ciblant une base de fans présente depuis ses succès en NASL et avec une population multi-ethnique à Montréal aimant le soccer, Il y avait une très bonne base pour s’ancrer dans la communauté. Malheureusement, un ensemble de facteurs ont fait qu’elle a pris pour acquis beaucoup de choses. Elle n’a pas su totalement convertir ce potentiel dans cette communauté au départ.

Impact Montréal Une communauté diversifiée que l’Impact a eu du mal à aller chercher au début

“L’expérience de match était très riche mais cela de manière trop ponctuelle. L’impact faisait donc plus de l’événementiel qu’autre chose.”

La marque de commerce de la MLS et de ses équipes est de proposer une expérience stade unique à ce que le soccer peut offrir. L’Impact a travaillé fort pour développer cette expérience. Ils sont d’ailleurs très bien servis avec le stade Saputo qui était et demeure très bien exploité les jours de matchs. Cependant, l’expérience fan commence et continue en dehors du stade. Le problème de l’Impact a sans doute été de ne pas réussir à avoir et développer un plus gros attachement d’un public plus large. Cela aurait pu se faire en tissant des liens profonds avec un grand nombre de fans. Cette implication locale, cette stratégie “grassroot” qui est l’apanage de nombreux clubs de MLS, aurait du être plus intense et réalisée plus tôt.

L’Impact n’a pas su/voulu faire le lien auprès d’organisations sportives comme les fédérations. L’ancrage local prend donc du temps à s’affirmer. Cela a pour conséquence d’attirer de belles foules pour des évènements importants (match d’ouverture, matchs de Didier Drogba, coupes des champions) mais des foules et une expérience public inégale en général. Ainsi, ils sont devenus plus dépendants des résultats et lorsque ces derniers étaient moins bons, les fans venaient moins au stade, mis à part les ultras. Cela s’explique par ce lien fort qu’il manquait entre le club et une base large de spectateurs.

L’impact est donc meilleur dans l’événementiel que dans l’expérience fan répétée mais les choses changent là-aussi. L’équipe travaille fort sous la gouverne de Kevin Gilmore pour améliorer ces aspects. En effet, le nouveau CEO, vient du monde du hockey et il connait très bien les franchises nord-américaines. Il a amené ce profil depuis un an et demi et l’on sent qu’il y a un virage de pris avec les fans. Il a pu apporter cette cohérence qu’il manquait à l’Impact. Ils étaient excellents dans l’événementiel mais moins bons dans l’expérience continue.

Impact Montréal Match de playoffs au stade Olympique devant 60,000 spectateurs

Cet exemple montre l’importance du lien local dans le marché nord américain et notamment dans la MLS. La ligue le comprend d’ailleurs très bien. Si l’on regarde les exemples comme Atlanta ou Portland, ils proposent une expérience fan unique à leur manière avec des marques très fortes. Pour les habitants de ces villes respectives, ils ressentent le besoin d’être à cet endroit, qu’il faut vivre ces moments-là.

Si l’on regarde les dernières campagnes digitales de l’Impact ou des Alouettes, le but est clairement de s’ancrer localement. Jugez-vous ces stratégies particulièrement intéressantes?

Tout à fait ! Comme mentionné précédemment, l’impact se focalise sur un plus fort enracinement local. Ils viennent d’ailleurs par exemple de s’associer avec la Fédération Québécoise de soccer. Toutes ces actions entreprises depuis un an et demi sont super importantes.

“C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans”

Le résultat est encore plus marquant avec les Alouettes qui ont réalisé un travail fantastique (avec la création d’une toute nouvelle identité visuelle). C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans qui avait disparu pendant 2-3 saisons. L’agence qui a réalisé le ‘rebranding’ a fait un travail remarquable pour recréer du lien et ramener les gens au stade. C’est très intéressant de voir ce que ces franchises ont fait pour redorer leur image.

Alouettes Montréal Nouvelle identité des Alouettes en 2018 avec une implication locale très forte

“Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après.”

C’est la même agence qui a également réalisé le rebranding de l’Université Concordia avec les Stingers. Le rebranding est tout aussi fantastique avec un travail autour de l’histoire de l’essaim de l’abeille (emblème de l’équipe). Ils ont réussi à redorer l’image de l’Université qui était vraiment vieillissante. Cela fait partie intégrante de l’expérience fan à 360° que les équipes peuvent mettre en place aujourd’hui. Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après. L’idée d’avoir une marque forte également au niveau du digital est totalement intégrée à ce 360° et à tous les points d’interactions avec le club.

GRDN L’agence GRDN travaillant sur le rebranding de l’équipe universitaire de Concordia (Montréal)

La marque ‘Canadien de Montréal’ est connu à travers le monde, comment l’a t-elle construite et où en est son capital aujourd’hui?

L’histoire de leur marque a été super forte pendant cinq ou six ans (de 2005 à 2011). Il y avait cette volonté de raconter ce mariage, cette nostalgie. C’était leur story-telling. Ils se positionnaient comme une marque qui respecte la tradition, qui respecte le hockey mais qui est innovatrice. Ils proposaient quelque chose de nouveau à un public différent, qui avait des goûts en évolution.

RDS Les Canadiens lors de la victoire de la Coupe Stanley en 1993

Le point faible des Canadiens aujourd’hui est qu’ils ne se réinventent pas assez, il n’y a plus trop de story-telling. Les Canadiens passionnent les gens qui voient la marque de loin et non ceux qui la vivent au jour le jour. Certaines critiques ont d’ailleurs été faites sur l’expérience fan à l’aréna et en dehors.

La gestion d’image globale est plutôt moyenne. La marque a tenté d’être plus ouverte et plus inclusive envers les fans et les médias. Il y a eu de bonnes tentatives avec l’émission 24 CH par exemple qui recevait des joueurs de l’équipe au quotidien et qui a connu beaucoup de succès. Ce sont des actions intéressantes car il y a un certain storytelling, on essaye de rapprocher les fans des joueurs de manière très forte.

Canadiens Montréal Lancement de la série CH24 s’immisçant au coeur des Canadiens

Le club veut se rapprocher des gens mais les diverses actions mises en place montrent toutefois une certaine fermeture qui la rend hermétique dans la communication de l’équipe. Ce manque de cohérence ne facilite pas la perception des fans. Même si le club travaille à l’heure actuelle sur une expérience globale, digitale et de proximité et positive pour les fans, il reste du travail et des plis négatifs à effacer.

Quelle est la place des partenaires à Montréal dans l’expérience fan à travers les diverses activations?

Les activations font partie intégrante de l’expérience fan. Une bonne activation va augmenter le plaisir des fans à venir au stade. Par exemple, les Canadiens ont énormément d’activations dans les coursives. Ils les maitrisent vraiment très bien et cela permet de proposer une expérience fan qualitative dans ce domaine. Le public peut s’occuper, ils font des jeux et sont de ce fait engagés. Les enfants peuvent faire beaucoup d’activités et rencontrer les joueurs.

“L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.”

Au niveau de l’Impact de Montréal, ça se fait également très bien, tout comme sur les tournois de tennis où il y a de belles activations. L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.

Tennis Canada Stand IGA, partenaire de la coupe Rogers lors de la compétition à Montréal

En Europe, les fans voient peut-être encore l’activation simplement comme l’idée de vendre un produit. Cependant, une bonne activation doit être une symbiose entre le club et le sponsor pour améliorer l’expérience fan. Si elle est bien réalisée, les gens vont s’habituer à cela, même si cela ne marche pas tout de suite.

Quand les français vont dans les stades nord-américains, ils trouvent les activations super bien faites et pas du tout dérangeantes. En Europe, on pourrait prendre en exemple le Tour de France qui fonctionne super bien au niveau des animations. La Caravane fait partie de l’expérience donc pourquoi cela ne marcherait pas ailleurs. Les façons de faire et les mentalités doivent donc évoluer pour proposer une expérience fan de qualité.

Cochonou La caravane du Tour de France sur les Champs-Elysées

Merci à Frank Pons pour son expertise sur le marché montréalais. Son point de vue extérieur nous permet de prendre un peu plus de hauteur sur l’expérience fan proposée à Montréal et sur la définition de celle-ci.

Nous sommes donc à la fin de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. A travers ces six interviews, nous avons pu découvrir de nombreuses pratiques et notions clés pour engager les fans et proposer une expérience riche lors des divers évènements sportifs. Ce marché particulier accueille de nombreuses équipes à l’identité et à l’histoire différente qui sont toutes intéressantes à analyser.

Vous pouvez retrouver sur Fanstriker, les premiers épisodes du dossier spécial Montréal avec l’interview d’André Richelieu, celui de Joanie Martin (Alouettes) ainsi que l’échange avec Julie Gravel (Tennis Canada), ou encore l’interview de Cynthia Paquin-Lepage (Canadiens) et enfin celui de deux membres de l’Impact de Montréal.

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