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INTERVIEW : YPPA, la startup qui donne le pouvoir de la lumière aux fans

Nous avons rencontré la startup YPPA, à l’origine du show lumineux lors de la cérémonie d’ouverture de la finale de la Coupe de la Ligue à Lyon il y a quelques semaines.

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Nous avons rencontré la startup YPPA qui est à l’origine de la cérémonie d’ouverture de la finale de la Coupe de la Ligue à Lyon samedi dernier. Découvrez cette startup française innovante spécialisée dans les shows lumineux.

 

Salut Jonathan, peux-tu nous présenter YPPA en quelques mots ? Et aussi nous expliquer si les initiales YPPA ont une signification précise ?

Nous sommes une jeune start-up de cinq personnes créée depuis bientôt un an et incubée au Tremplin à Paris (l’incubateur principal des startup du sport en France).
Nous proposons aux organisateurs d’événements sportifs et culturels de réaliser des animations lumineuses (tifos, olas, etc.) en utilisant directement les smartphones des spectateurs comme des pixels.
Au-delà de la création d’animations innovantes et très jolies visuellement, nous avons pour ambition de replacer le spectateur au centre du spectacle. En effet, c’est lui (via son smartphone) qui est à la base de l’animation et qui par conséquent devient acteur du show.

Pour le nom YPPA, les initiales n’ont aucune véritable signification si ce n’est que ce nom évoque l’enthousiasme et le divertissement. De plus, à l’envers on obtient le mot happy. (Pas bête l’équipe YPPA).

Comment vous est venue cette idée de lancer une startup spécialisée dans les shows lumineux ?

François, l’un des cofondateurs a longtemps travaillé dans l’événementiel (sportif plus particulièrement) et au fil du temps, il a constaté que les animations proposées aux spectateurs étaient clairement insuffisantes (notamment lors des nombreux temps morts). Sans doute car proposer des animations à l’échelle d’une grande enceinte coûte cher sans avoir la certitude de contenter l’ensemble des spectateurs (à titre d’exemple chaque drapeau posé dans un stade coûte environ un euro unitaire à l’organisateur).

Il a donc eu l’idée d’utiliser un objet de tous les jours (le smartphone) pour impliquer les spectateurs et les rendre acteurs lors des événements.
C’est donc une solution qui répond à l’équation suivante : proposer des animations à moindre coût qui puissent toucher l’ensemble du public.

Tu ne le sais peut-être pas mais nous aimons les belles histoires et les belles rencontres chez Fanstriker. Alors y a t-il une grosse équipe derrière ce projet ? Qui sont les hommes aux manettes de YPPA et comment la collaboration entre vous est-elle née ?

Nous sommes cinq cofondateurs, 3 jeunes ingénieurs et 2 séniors : issus du secteur de l’événementiel et un qui a longtemps travaillé pour les banques et assurances. Entre nous, nous aimons parler d’hybridation des compétences.

Les deux seniors ont quitté leur travail en 2015 et sont à la source de ce projet. L’un des deux est le père d’un des trois ingénieurs. Lorsqu’il a demandé à son fils une étude pour savoir si le projet était possible techniquement, celui-ci a consulté des amis ingénieurs et c’est comme ça que la version beta est née… une presque histoire de famille peut-on dire. 

Team YPPAYPPA

Jonathan (à gauche) et François (à droite), deux des co-fondateurs de YPPA

L’un des grands point d’orgue du concept de l’utilisation du mobile dans le stade est celui de la durabilité des batteries des téléphones. Ne serait-il pas judicieux pour vous de faire un partenariat avec une entreprise comme CharLi Charger par exemple ?

Nos animations ne durent pour le moment pas plus de 3 ou 4 minutes donc nous avons pas eu ce genre de problème. Mais pour le futur, il faudra qu’on y pense en effet.

Vous avez eu l’occasion d’assurer un show fabuleux récemment dans une compétition de football majeure mais nous y reviendront plus tard.
Pour l’heure, nous aimerions savoir qui sont les clients ou futurs clients de votre offre ? Les clubs, les ligues, les fédérations… ?

On a déjà travaillé avec des clubs de basket, de hockey, ou encore de rugby, ainsi que pour des événements ponctuels : le Hand Star Game, et la finale de la Coupe de la Ligue.
Nos clients potentiels sont donc les clubs, les ligues et fédérations respectives comme tu l’as dit. Mais aussi les différents sponsors ou annonceurs et les organisateurs d’événements comme les championnats internationaux.

Cependant nos marchés ne s’arrêtent pas uniquement au sport, nous commençons à nous intéresser aux concerts, festivals et aux événements plus corporate du type séminaires et conventions d’entreprises.
En résumé, nous nous intéressons à tout événement qui rassemble du monde.

L’aspect financier est très souvent délicat lors du lancement d’une entreprise, avez-vous reçu des soutiens lors du lancement de votre start-up, des aides particulières ?

Nous avons reçu une aide de la BPI et de la ville de Paris de 30 000 euros appelée le PIA (programme d’investissements d’avenir).

C’est peut-être encore un peu tôt, mais avez-vous obtenu des prix ou des récompenses particulières pour ce projet innovant ?

Nous n’avons reçu aucun prix pour le moment.
Mais en plus de notre incubation au Tremplin, nous avons eu la chance d’être sélectionné par la ville de Paris et le CNOSF l’été dernier pour tenir un stand à Rio au Club France lors des JO.
Nous avons donc été à RIO pour tenir ce stand. Il nous permettait de présenter notre start-up et avait pour but de promouvoir l’innovation dans le sport de Paris et de la France en général.

Actuellement, vous êtes présent au Tremplin, l’incubateur de startup du sport numéro 1 à Paris, mais quelles sont vos ambitions à court et plus long terme ? Si tu devais faire une projection de YPPA dans 5 ans ?

J’espère que dans 5 ans, nous serons devenus une référence sur l’animation des enceintes culturelles. Nous aurons diversifié notre activité et que nous aurons travaillé sur des concerts de grande envergure. J’espère aussi que l’on sera présent à l’étranger et sur de gros événements internationaux comme les cérémonies d’ouvertures des JO par exemple.

LA CÉRÉMONIE D’OUVERTURE DE LA COUPE DE LA LIGUE
Le samedi 1er avril, vous étiez à Lyon, au Parc OL pour assurer le show d’ouverture de la finale de la coupe de la ligue entre le PSG et l’AS Monaco. Une cérémonie qui a d’ailleurs été très bien perçue sur les réseaux sociaux. Comment s’est déroulé cette cérémonie ?

Nous étions en contact avec la LFP (Ligue de Football Professionnel) depuis quelques temps pour proposer éventuellement une animation lors de la finale.
Lorsqu’ils ont sélectionné l’agence qui allait organiser la mise en scène de l’arrivée de la coupe et qu’ils ont su que cela se ferait en “noir stade”, ils sont revenus vers nous.
Pour l’occasion, notre solution était intégrée à l’application du Parc OL. En cliquant sur un bandeau “show lumineux” visible sur la page principale de l’application, les spectateurs avaient la possibilité de participer au show.
A partir de 19h30, le speaker a plusieurs fois répété au public de télécharger l’application Parc OL pour participer à l’animation.
Vers 20h45, le stade a été plongé dans le noir et c’est la que les spectateurs ont pu tendre leur smartphone pour accompagner l’animation générale.

Le rendu était très joli donc le résultat est satisfaisant même si on aimerait toujours qu’il y ait encore plus de monde qui participe.

Hormis, la finale de la coupe de la Ligue, avez-vous déjà réalisé d’autres événements similaires auparavant ?

Oui, au Parc OL nous avions déjà réalisé une animation lors du Winter Game le 30 décembre 2016, mais là c’était la première fois qu’on participait à un événement d’une telle envergure. Notre grand bapteme.

Chez Fanstriker, nous pensons que les shows lumineux vont être un axe de développement majeur de l’expérience fan dans les 5 prochaines années. Nous avions réalisé un article sur le partenariat entre Phillips et la Juventus en Italie. Quelles sont les possibilités nouvelles qu’offrent les jeux de lumière dans les stades pour l’expérience du spectateur ?

L’article en question est accessible ici 

Les jeux de lumières sont un moyen d’animation qui ne nécessite pas d’apport de matériel et qui visuellement est souvent très réussi. Les possibilités d’animations sont infinies et vont à coup sûr enchanter les spectateurs.

En France malheureusement, il n’y a aucun stade équipé du même système que celui du stade de la Juventus. La plupart des stades ont besoin de plusieurs minutes pour pouvoir rallumer leurs lumières après un “noir stade”. Ce qui est problématique si on veut réaliser ce genre d’animations avant ou à la mi-temps d’un match par exemple.

YPPA! 2017 finale de la coupe de la ligue de football from Yppa on Vimeo.

L’EXPÉRIENCE FAN DE MANIÈRE GÉNÉRALE – POINT DE VUE
En tant que spécialiste, acteur du sport mais aussi fan, que penses-tu de l’expérience spectateur dans les stades aujourd’hui ?

Selon moi, l’offre proposée aux spectateurs n’est pas assez poussée, si bien qu’aujourd’hui une personne “non fan” préférera rester chez elle pour regarder un match entre amis, confortablement installée avec une bière ou un soda plutôt que d’aller au stade. De plus elle aura accès à du contenu en plus via des applications, des analyses de consultants, les ralentis…

Nous pensons que la réponse à cette problématique se situe dans le fait de rendre les spectateurs acteurs du show, de les impliquer plus. Dans ce cas, ils trouveront un réel intérêt à se déplacer au stade. Ils vivront une expérience largement supérieure à ce qu’ils peuvent ressentir en regardant un match à la télé. C’est notre mission.

Selon toi, les clubs sont-ils suffisamment actifs pour remplir leurs stades et séduire un public plus large ?

Comme je l’ai déjà expliqué, proposer des animations qui contentent l’ensemble des spectateurs coûte très cher. On voit que certains clubs font des efforts pour essayer de rendre leurs rencontres plus attractives mais malheureusement par faute de moyens ou de volonté, la plupart du temps cela reste très insuffisant.

Tous les vendredis, nous proposons une nouvelle idée expérience fan dans notre rubrique #FridayIdea. Aujourd’hui, c’est à ton tour d’être sollicité. Quelles idées pourrais-tu proposer pour dynamiser l’expérience du spectateur dans le sport ?

On pourrait imaginer un tirage au sort à chaque match pour gagner la possibilité d’être assis sur le banc de son équipe à côté des joueurs pour chaque match à domicile.

Enfin, pour conclure, nous avons l’habitude de demander à chaque personne que nous rencontrons de nous proposer une orientation pour la prochaine interview des acteurs du sport ? Quel point de vue souhaiterais tu connaître sur le sujet de l’expérience fan ?

J’aimerais savoir si les clubs ont conscience qu’améliorer l’expérience fan est un sujet majeur pour leur développement et s’ils sont prêts à y investir du temps et de l’argent.

 

La lumière pour faire sortir de l’ombre tous les fans dans le stade, c’était pas si compliqué à trouver finalement, bien joué YPPA. 
Merci Jonathan pour cette belle interview des acteurs du sport.
Si vous souhaitez vous aussi suivre l’actualité de YPPA c’est par ici : @YPPA   

Vous avez aimé cet article ?

Au stade, je passe plus de temps à observer les animations, le comportement du public et les actions du club que le match en lui même. J'aime le sport mais j'aime encore plus l'expérientiel. Qu'il soit dans le monde du commerce, du business ou celui du sport.

Interviews

Interview : Eric Hirschi “le speaker, la passerelle entre le club et les fans”

Il est au coeur du spectacle, le speaker joue un rôle prépondérant dans l’expérience du spectateur. On a rencontré l’un d’eux, Eric Hirschi. 

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eric hirschi interview

Il est au coeur du spectacle, le speaker joue un rôle prépondérant dans l’expérience du spectateur. On a rencontré l’un d’eux, Eric Hirschi. 

 

Dans un événement sportif ou non, l’animateur, le speaker, possède un rôle central dans l’expérience du public. Nous avons échangé avec Eric Hirschi via un tweet au sujet d’un speaker allemand. Eric étant lui même speaker pour le Montpellier Handball, le Basket Lattes Montpellier et le Narbonne Volley, nous lui avons proposé de réaliser une interview. Celui qui se décrit comme un chef d’orchestre dont les supporters, la mascotte, les bénévoles et le public sont comme ses instruments, nous partage sa vision sur ce rôle clé de l’expérience des spectateurs. 

Bonjour Eric, peux-tu te présenter ?

Bonjour, je m’appelle Eric Hirschi, j’ai 48 ans, un parcours un peu atypique puisque j’ai commencé à parler dans un micro à 8 ans sur la baraque foraine de mon grand père. J’ai commencé la radio à 12 ans, travaillé à 13 ans pour le groupe NRJ puis vécu 1 ans en Chine. J’ai été animateur radio, télé, humoriste, producteur, manager d’artistes et de concerts. J’ai toujours travaillé dans le divertissement et j’ai toujours été un grand fan de sport.
J’ai commencé à allier les deux en produisant des fans villages pour diverses compétitions de sport auto en France et en Europe. Je me suis concentré sur le sujet du sportainment depuis 5 ans en devenant dans un premier temps speaker du Montpellier Handball. 

Tu es aussi le speaker de 3 clubs dans 3 sports différents. Ce n’est pas trop dur à gérer ?

Si tu aimes bien dormir … si ! (rire). Non en fait pour moi c’est plutôt une chance, chaque sport étant différent, cela me permet d’avoir une vision très étendue de ce métier, et m’aide à trouver de nouvelles idées, de ne pas m’enfermer dans un style et toujours me remettre en question tous les jours.
Ensuite mon objectif dans ce métier étant d’innover, cela me permet de faire avancer mon projet de formation. Dans chaque club pour lequel je travaille, j’ai un double, et cela m’aide à comprendre comment transmettre. 

Entre ces clubs et ces sports, est-ce que tu remarques des différences, dans le comportements du public, les attentes des clubs ou autres ?

Chaque sport a ses gimmicks. Il y a bien-sûr des dénominateurs communs, le concept du protocole par exemple. Chaque club a son histoire, ses traditions et puis aucun club ne me demande la même chose. Au Montpellier Handball (MHB) par exemple, qui a déjà développé une solide expérience du spectacle sportif avec Marc Henri Hammard et Suzy Demonthe, mon rôle est plus sur la forme, je travaille beaucoup sur ma voix, ma rythmique, je m’inscris dans des scénarios et activations terrain déjà créés.
Quand je suis arrivé au Basket Lattes Montpellier-Méditerranée-Métropole Association (BLMA), la page entertainment était vierge. Il a fallu fédérer une équipe autour de moi, accompagner le club dans cette transformation nécessaire.

Dans une interview récente pour l’indépendant, tu dis que le volley est “pour toi le sport le plus difficile à animer”. Pourquoi ça ? 

Pour différentes raisons que je qualifierais de techniques, un match de volley se joue en 3 sets de 25 points gagnants, nous savons quand il démarre, jamais quand cela se termine. Ensuite un échange dure entre 10 secondes et 1 minute et tu as environ 20 secondes entre chaque échange. Donc sur un match tu peux avoir plus de 150 instants de 20 secondes à combler. Il est donc difficile de maîtriser l’énergie que tu dois donner durant le match. 

Au sein de l’équipe Fanstriker, nous croyons très fortement que le speaker représente un facteur clé avec la mascotte pour que l’expérience match des spectateurs soit positive. Qu’en penses-tu ?

Je pense que le speaker que je suis vous remercie (rire) ! Je vais même aller plus loin, nous sommes à l’heure de l’image et du storytelling, le speaker doit être la passerelle, entre les fans, les supporters, le club, les joueurs, etc. Je milite pour que le contenu vidéo puisse être “incarné” par le speaker la semaine et être le lien afin que le public le retrouve le week-end.
Durant le match le speaker est un chef d’orchestre qui se doit de faire le lien entre les supporters, les spectateurs qui viennent, peut-être pour la 1ère fois voir un match et qu’il faut accompagner, pour ne pas qu’ils se sentent en décalage. Les fanfares, la régie vidéo, la musique, etc. cela fait un sacré bel orchestre non ?
J’écris ma partition sur un bon vieux fichier excel, où tout est minuté et programmé, tout en gardant à l’esprit que chaque séquence peut évoluer en fonction de la physionomie du match. Concrètement on prépare par exemple deux animations pour les ¼ temps, une animation dans le scénario où l’équipe est devant, puis une animation où notre équipe est menée au score. 

Je suis toujours étonné de constater que lorsque l’on parle de cette évolution, les sujets sont essentiellement liés au digital ou au numérique. Cela est certes nécessaire, mais n’oublions pas l’humain.

Selon toi, “il faut aller chercher les gens, les amener doucement vers la culture du sport spectacle sans les brusquer non plus”. Comment fais-tu ?

Je crois que nous sommes dans une ère de la transformation de nos modes de consommation. Les événements sportifs ne dérogent pas à cette règle. Mais je suis toujours étonné de constater que lorsque l’on parle de cette évolution, les sujets sont essentiellement liés au digital ou au numérique. Cela est certes nécessaire, mais n’oublions pas l’humain.
Dans un stade ou une salle, tu as différents publics : les supporters qui ont leurs codes, leur routine. Ensuite tu as les fans, ceux qui aiment avant tout le sport et vont parfois voir plusieurs matchs de plusieurs clubs, et enfin des spectateurs qui eux peuvent être là, car tu es en Play-Off ou parce que tu reçois une très grosse équipe, mais ne connaissent pas forcément, ni le club, ni même parfois les règles du jeu.
J’utilise souvent la vidéo, pour expliquer les règles et expliquer comment le public doit interagir en fonction des phases de jeux.

Quels liens entretiens-tu avec les fans de ces 3 clubs ?  

Avec les supporters il est capital de les connaitre, de partager avec eux, avant, pendant, après. Ce sont souvent d’eux que beaucoup de choses partent.
Personnellement, je n’ai pas à me forcer sur ce point, car ce que j’aime dans le sport, c’est la passion qu’il procure, je suis fasciné, par exemple par les Blue Fox, les supporters du MHB, capables de faire 48h de bus A/R pour un match de 30 minutes.

Pour les fans et les spectateurs, je mets un point d’honneur à être aux entrées ou faire le tour du stade, dès l’ouverture, pour leur dire bonjour, leur souhaiter la bienvenue, créer un lien avec eux. C’est important pour moi de “sentir” le public et passer du temps avec ceux qui arrivent tôt me semble être une marque de politesse. 

Nous sommes allés au LOSC il y a quelques mois et nous avons remarqué qu’ils possédaient deux speakers (une femme et un homme). L’un deux était en bord de pelouse tandis que le second était dans les tribunes et les coursives au contact du public. On trouve ce modèle très intéressant pour plusieurs raisons que nous développerons dans un article dédié aux speakers. Que penses-tu de ce modèle ?  

Très fan de l’idée, je connais un peu Charlee, je suis son travail et elle a une vraie personnalité, un vrai univers et elle apporte réellement quelque chose. 
Je suis actuellement sur une réflexion dans ce sens, et si la notion de “voix du club” était un peu dépassée, ne serait-il pas plus intéressant d’avoir une team de 2 ou 3 speakers qui en fonction des matchs puissent interchanger, travailler seul ou à 2 voir à 3 sur une finale. 

https://twitter.com/fanstriker/status/1118147558625484800?s=20

Nous sommes dans une société qui se lasse très vite, un supporter qui se déplace pour voir une saison entière, voit entre 25 et 30 matchs. Ce qui serait intéressant serait de pouvoir changer, étonner, autour d’un socle, mais que le fan, se dise : “Chouette ! que vais-je voir cette fois-ci ?”.

Certes ce métier change tous les jours, aujourd’hui nous produisons du contenu, nous racontons des histoires nous sommes le cirque Gruss, TF1 et Instagram à la fois, mais c’est pour cela que c’est passionnant.

Techniquement, avec les caméras, le son, c’est compliqué pour un speaker de se rendre en tribune ?  

Non pas du tout, depuis 3 mois, je travaille avec des air monitor (ndlr : des oreillettes sans fil), j’ai un casque sans fil avec mon retour dedans, les caméras HF existent. Au BLMA où j’ai la chance de travailler avec Léo, un petit génie de l’informatique, j’ai même la possibilité de retransmettre sur l’écran ce que je film avec mon téléphone.
Certes ce métier change tous les jours, aujourd’hui nous produisons du contenu, nous racontons des histoires, nous sommes le cirque Gruss, TF1 et Instagram à la fois, mais c’est pour cela que c’est passionnant.

D’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de femmes dans ce milieu ? Ne penses-tu pas que si une femme était speakerine cela inciterait davantage de femmes à venir assister au match ou à un événement ?

Je ne suis pas sûr du rapport de cause à effet. Bien-sûr, je milite pour plus de femmes, mais comme il y a peu de présidente de clubs, d’entraîneurs, de responsable marketing, etc.
Pour ce qui est des speakers, personnellement le sexe pour moi n’est pas une question. Ce qui m’intéresse c’est ce que la personne peut apporter, son personnage, son univers, c’est avec cela que l’on construit. Quand je décide de travailler avec NJ au BLMA ce n’est pas parce que nous sommes dans un club de basket féminin et que je me dis : “il nous faut une fille, NJ à un vrai univers elle est djette, et elle a déjà joué au basket”.

On était récemment avec le Paris Basketball pour le match du nouvel an chinois à l’AccorHotels Arena, et les deux speakers créaient très régulièrement l’interaction avec le public à travers des activations simples, ludiques et engageantes. On remarque cependant que la majorité des activations réalisées par le speaker dans un événement sportif ne sont pas vraiment interactives. Es-tu d’accord avec ça ? 

Je ne vois pas l’intérêt de prendre un micro si ce n’est pas pour être en interaction avec le public. Si j’ai une annonce commerciale sur un match, j’essaye de trouver l’angle pour parler à la salle. Je peux aller voir un enfant, parler avec lui. L’interaction peut être simple avec un fan ou plus complexe avec tout le stade ou la salle.

Je ne vois pas l’intérêt de prendre un micro si ce n’est pas pour être en interaction avec le public.

Une autre situation qui nous interpelle souvent. Dans de nombreux événements, il s’agit de la même personne (le speaker) qui anime le match et donc le grand public puis ensuite anime les espaces hospitalités du club avec cette fois un public très porté VIP et entreprises. Pour nous, ce sont deux types profils assez différents et donc on a du mal à comprendre. Ça ne te parait pas étrange ?

Dans un monde idéal, il y a deux voire trois speakers, des caméras, un dj, etc. Mais une fois que l’on a pensé à tout cela, il faut sortir la calculatrice et c’est là que le bas blesse. Après je ne suis pas fan d’avoir un speaker salle, et un speaker VIP. Nous avons déjà beaucoup de mal à faire en sorte que les partenaires qui sont là pour faire du business, soient présents dans les tribunes pour le début du protocole ou à la reprise de la seconde mi-temps, donc selon moi, nous avons besoin de les intégrer complètement dans l’expérience supporter. 
Encore une fois le speaker doit être le lien entre le club et les fans, les supporters ou les partenaires.

Une question simple mais comment devient-on speaker ?  

Ce que je vais te répondre aujourd’hui ne sera sans doute plus d’actualité demain. 
Historiquement ce sont des bénévoles du club qui ont pris en premier les micros. Dans beaucoup de clubs c’est encore le cas. J’ai chaque année 5 à 6 clubs qui me disent vouloir se professionnaliser et particulièrement sur ce poste, ce qui ne signifie pas que les bénévoles ne faisaient pas bien le taf, heureusement qu’ils étaient là, mais encore une fois notre société évolue. Depuis quinze ans environ, les 1er clubs ont commencé à faire appel à des animateurs professionnels, aux parcours divers (animateur commercial, radio, journaliste, etc.). 

Quels sont les critères pour déterminer qu’un speaker est bon ?

Pour moi c’est avant tout sa personnalité et la capacité qu’il a à se renouveler, à créer un univers et un style qui lui soit propre.  

Dans ton métier, où trouves-tu de nouvelles inspirations ?

J’essaye avant tout de créer mon style, qui est un condensé de ce que je suis. Mes influences sont très très variés, des films comme The Mask, ou Cabaret, je regarde beaucoup de concerts. Je suis allé prendre deux ou trois bricoles chez Shaka ponk. Sur la rythmique, je m’inspire beaucoup de la radio. Sur la programmation musicale, j’ai repris ce que j’ai appris là aussi en radio. Après je reste fan de l’américain Jimmy Fallon. 

Tu développes actuellement un concept intitulé NOOR qui a pour but d’accompagner des clubs de sports dans le sportainment.   

Oui, en priorité la réflexion s’est portée sur les clubs professionnels non médiatisés, car ce sont eux qui ont le plus de besoins. 
Pour l’heure nous avons mis en place depuis 1 an un laboratoire d’idées autour de 10 clubs à Montpellier, afin de répondre à 3 objectifs : Accompagner les clubs, dans leur quotidien et comprendre leurs besoins, mutualiser les ressources afin d’avoir une réflexion qui soit transversale et non verticale. Et enfin innover afin de ne pas reproduire ce qui est fait en Ligue 1, Top 14, LidlStarligue et ouvrir le partenariat sportif à d’autres types d’entreprises.
Trouver des partenaires quand tu as 500-1000 fans c’est compliqué pour un club. Alors nous avons réuni 10 clubs, soit une communauté totale d’environ 12000 à 13000 fans, cela change la donne.

Plus concrètement nous distribuons jusqu’à 700 places par semaine pour assister à des évènements sportifs. Nous avons ouvert des passerelles de collaborations entre les clubs et les écoles, avec un système de junior entreprise sur des problématiques précises pour les clubs. Nous avons mis en place avec un de nos partenaires un système de LOA pour les écrans vidéos. Nous développons des outils (base musicale, design sonor, storytelling et scénario mascotte, etc.).
Nous nous trompons souvent mais nous créons tous les jours. Un de nos objectifs est de pouvoir, demain intégrer des start-up et être un laboratoire pour les clubs élites. Nous avons fini notre phase de preuve de concept et nous préparons la partie “industrialisation” sur une dizaine de solutions scalables. 

Dans ce projet, il y a également le lancement prochainement de la 1ère formation au métier de speaker.

Cela fait partie des solutions de NOOR, je me suis rendu compte que les clubs élites avait créé beaucoup de nouveaux métiers, des clubs qui n’ont pas forcément les moyens financiers d’avoir de gros staffs, souhaitent toutefois se professionnaliser. L’idée est donc de créer une formation diplômante et reconnue, adossée à un diplôme existant de gestion d’événement sportif option speaker. 
Nous pourrons ainsi répondre concrètement à un réel besoin de personnel capable de parler dans un micro, mais également de gérer des réseaux sociaux, de créer des activations terrain, accompagner les bénévoles dans leurs missions avec bienveillance, ou connaître le périmètre des collectivités locales. Nous ne parlerons sans doute pas de speaker, mais de sportaineur. 

Avec ton expérience de 6 ans dans l’entertainment sportif et un peu de recul, as-tu pu constater une évolution dans la façon de proposer des expériences aux fans par les différents acteurs avec qui tu as pu travailler ?

L’évolution majeure est sans doute la prise de conscience généralisée, du besoin de faire quelque chose et d’évoluer vers le spectacle, même si parfois cela peut être encore flou chez certain, je reste persuadé que le sportainement à un très grand avenir et que la France sera un des acteurs majeurs en Europe, car notre marché est particulier. À la différence d’autres pays, comme l’Allemagne où il y a une véritable culture du supportérisme, la France, comme souvent, est plus complexe et donc nous avons de véritables défis à relever.
Ce qui nous manque encore c’est une vision 360°, des architectes de l’expérience supporters en quelque sorte.

Toujours dans l’interview pour l’Indépendant, tu indiques que “tous les clubs qui ne prendront pas le même modèle que Narbonne auront énormément de mal dans les années à venir”. Peux-tu détailler davantage ce point ? 

Ce n’est pas moi qui le dit c’est l’excellente étude réalisée par OLBIA, qui précise que le modèle économique du sport de demain, dans un monde où les subventions des collectivités diminuerons, est d’être propriétaire de sa salle ou de son stade. J’ajouterais qu’au regard de l’évolution des contrats sportifs, des besoins en communication et en évènementiel, les besoins financiers seront de plus en plus importants. Ne parler uniquement qu’à ses supporters et fans et partisans de son sport, limite forcement le nombre de spectateurs potentiels ou nouveaux spectateurs potentiels. Il faut donc ouvrir à d’autres cibles à qui nous ne parlerons pas uniquement performance et résultat sportif, mais facilité de parking, animations, spectacle, musique, etc. 

On arrive vers la fin de cet échange intéressant mais avant ça, si tu pouvais passer un message à tes compères ou futurs compères speakers, que leur dirais-tu ?

Que c’est sans doute un des plus beaux métiers et que nous avons de la chance de pouvoir le faire. Nous devons en prendre soin et nous remettre en question et innover chaque jour sans oublier de créer nos univers.

Dernière question mais probablement la plus délicate, quelle est ta propre définition de la fan expérience ? 

Faire rire la mère de famille, que les enfants demandent en partant “quand ils reviendront voir la mascotte” et que le père se demande d’où vient cette bonne bière. 
Nous sommes là pour que tout le monde passe un bon moment surtout en cas de défaite de l’équipe.

Merci à Eric pour le partage de son métier et de sa vision de l’expérience des spectateurs. 
Crédit photo : bressonphotos 

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