Suis-nous
Les fans de sport et le vintage Les fans de sport et le vintage

Fan expérience dans le monde

Fans de sport et vintage : pourquoi ça marche ?

Après le succès des maillots old school de Nike, analyse sur l’utilisation et l’efficacité du vintage auprès des fans sports.

Publié

le

Pour la reprise des coupes européennes en football il y a quelques semaines, l’équipementier Nike a fait sensation. La marque américaine a dévoilé une série de maillots vintage pour certaines des plus grandes équipes sous contrat avec elle comme le FC Barcelone, l’Inter Milan, Tottenham Hotspur, l’AS Roma ou encore le Paris Saint-Germain. Des nouvelles tenues qui ne sont bien évidemment pas passés inaperçues auprès des fans.

 

Paris, Barcelone, Rome, Tottenham… ces clubs ont tous une histoire forte traduite cette saison par une tunique vintage. Des maillots qui ont fait éco auprès des fans et qui pourraient installer sur du long terme le old school dans les stratégies marketing des clubs et fournisseurs.

Le fan de sport est nostalgique

Un facteur important à ne pas oublier ici, le fan sport aime se remémorer des souvenirs. Si on prend l’exemple du football en France, la victoire de l’OM en C1 en 1993, la grande époque de Saint-Etienne dans les années 70, la domination de l’OL au début des années 2000 ou bien les parcours européens du PSG dans les années 90, sont des moments que les fans de chacun de ces clubs n’oublieront jamais. Et même s’ils n’ont pas vécu ces souvenirs, c’est souvent un proche, un média ou bien le club lui-même qui les racontent et qui les font perdurer. Car ces histoires bâtissent la légende d’un club et c’est souvent ce rayonnement local, national voire international qui nous font devenir fan.

Après ce petit topo, revenons aux maillots lancés cette saison par l’équipementier américain Nike. Comme vous l’avez certainement constaté, la marque américaine a frappé fort avec la création de collections third (3e maillot) aux allures de collections retro. C’est le cas du PSG avec un nouveau maillot blanc qui rend hommage à celui porté dans les années 80. Une tenue historique dans laquelle le club de la capitale a remporté ses premiers titres.

Avant sa sortie, ce nouveau maillot a tenu en haleine de nombreux supporters parisiens jusqu’au lancement officiel en grande pompe au Parc des Princes et sur les médias sociaux. Sur ces différentes plateformes sociales, le club a pour l’occasion joué la carte de la comparaison. Des joueurs du présent ont été opposés à des joueurs du passé, tous sous ce maillot iconique et dans la même posture. Le résultat final est très classe et souligne l’importance du patrimoine d’un club. Les joueurs ont bien évidemment aussi participé à l’opération en publiant sur leurs comptes personnels des images aux allures d’autocollants Panini à l’ancienne. Pour les fidèles supporters parisiens, ceci doit forcément vous rappeler des souvenirs non ?

https://twitter.com/PSG_inside/status/1172930436617650177?s=20

 

View this post on Instagram

 

A post shared by Marcos Aoás Corrêa (@marquinhosm5) on

Porté par toute cette communication, ce maillot est un succès auprès des fans du PSG. Et c’est d’autant plus le cas car il célèbre l’histoire de leur club et d’une époque dorée et positive, quelque chose de chère pour n’importe quel supporter. 

Dans la lignée du PSG, on retrouve donc la même créativité pour le FC Barcelone, Tottenham Hotpsur, Chelsea FC, l’Atlético Madrid ou bien l’AS Roma avec pour chacun un nouveau maillot vintage.

Nike a également fait de même avec l’Inter Milan, mais cette fois-ci en faisant un clin d’oeil au sport automobile. Culturellement ancré dans la ville de Milan, l’automobile a marqué le club intériste grâce à son partenaire historique, Pirelli. La marque de pneu est en effet présente sur le maillot des Nerazzurri depuis près de 30 ans. Une fidélité soulignée sur le maillot third du club cette saison avec un design qui célèbre ce partenariat. C’est d’ailleurs sur le célèbre circuit de Monza qu’une partie du shooting a été réalisée. Encore une fois, le résultat est superbe et les réactions positives des fans sont nombreuses.

 

View this post on Instagram

 

A post shared by Inter (@inter) on

Dans ce petit jeu vintage, on peut également parler du meilleur ennemi de la marque à la virgule, adidas. L’équipementier allemand a aussi fait parler de lui du côte de l’Angleterre avec le maillot extérieur d’Arsenal. De retour dans le vestiaire des Gunners 25 ans après, adidas a rendu hommage à un maillot mythique du club, celui du Bruised banana (Banane abimée). Une tunique qui a marqué les esprits au début des années 90 et qui a inspiré celle de cette année. Pour son lancement, c’est l’une des légendes d’Arsenal Ian Wright qui a dévoilé le maillot dans une vidéo chargée d’histoire.

 

View this post on Instagram

 

A post shared by Arsenal Official (@arsenal) on


Ce n’est pas la première fois que l’on voit des maillots vintage dans le sport. Nike avait effectivement déjà lancé le mouvement en NBA la saison dernière. Des collections rétros avaient vu le jour pour de nombreuses franchises comme les Lakers et les Timberwolves. Le concept se poursuivra sans surprise cette année avec le Jazz d’Utah et un maillot qui rappelle celui de leur époque glorieuse des années 90. Au plus grand bonheur encore une fois des fans et d’un certain Rudy Gobert. 

https://twitter.com/utahjazz/status/1166742414926630917?s=20

Après les maillots vintage, que peut-on faire d’autres ?

Proposer un maillot très apprécié des fans est une étape qui semble obligatoire en matière de vintage. Maintenant, comment peut-on aller plus loin dans la démarche ? Voici une liste de quelques idées pour proposer une expérience old school aux supporters :

  • Une collection complète : en plus d’un seul maillot vintage, il est fréquent que les clubs proposent d’autres produits (vestes, accessoires…). Dans cette dynamique, une telle collection pourrait prendre une ampleur plus importante avec de véritables objets de valeur.
    L’exemple de Roland-Garros et de son partenaire BNP Paribas cette année avec une série de 1 000 objets fabriqués à partir d’éléments recyclés du mythique court n°1. Un lieu culte du tennis français dont des fans de différents âges possèdent de nombreux souvenirs. L’opération a été un franc succès puisque tous les produits ont trouvé preneur très rapidement.
  • Loges et salons thématisés : pour une cible VIP, il pourrait être intéressant de créer des espaces vintage. Des espaces qui plongeraient les occupants dans une autre époque avec un mobilier d’époque, une décoration typique, des objets de collection, de la musique et une restauration faisant référence à une période précise de l’histoire du club. Une atmosphère old school propice aux bons souvenirs. D’autant plus qu’aujourd’hui, la thématisation des espaces VIP est un enjeu pour de nombreux clubs pour une expérience toujours plus premium.
  • Un match thématisé : dans le même esprit que les loges et salons, un match pourrait aussi faire l’objet d’une thématisation. Nous pourrions imaginer des joueurs avec une tenue vintage, comme l’Equipe de France de Football en mars dernier avec un maillot en hommage aux 100 ans de la FFF, complété par une animation sonore adaptée voire des stands d’accueil décorés eux aussi. De plus, les matchs thématisés commencent à faire leur apparition. C’est une bonne pratique fréquente aux États-Unis, comme cet exemple du Los Angeles Galaxy qui a organisé une soirée spéciale “Los Angeles Lakers”.
  • Contenu original : en plus d’actions physiques, les clubs peuvent également se lancer dans la production de contenus old school. C’est-à-dire des contenus avec un graphisme et une ligne éditoriale faisant référence à une période passée et/ou à d’autres univers dont nous pouvons être nostalgiques.
    C’est ce que les Carolina Panthers ont parfaitement réussi à faire récemment. Pour dévoiler le calendrier de sa saison 2019, la franchise NFL a décliné sa programmation en différents jeux vidéos qui ont tous marqué différentes générations. Pokémon, Mario Kart ou bien Pac-Man, une façon de se remémorer des souvenirs d’enfance grâce à son équipe préférée.

  • Les musées : bien évidemment, nous ne pourrions pas écrire un article sur le sujet du vintage sans parler des musées. Ces espaces chargés d’histoires sont effectivement des bonnes occasions pour partager à un public novice l’histoire d’un club. Meilleures anecdotes, plus grandes victoires, personnages légendaires… beaucoup de choses sont à y partager. Situés dans le stade, en centre-ville ou dans des lieux plus atypiques, ces musées sont sans aucun doute de vrais atouts qui prolongent l’expérience au stade.
    Clairefontaine, l’antre des Bleus, cache un musée sur l’histoire de l’Équipe de France de Football avec des maillots d’époques, des accessoires en tout genre et plusieurs trophées dont la réplique de la Coupe du Monde. Une expérience visuelle, auditive et digitale. Dommage cependant que ce superbe espace ne soit pas plus accessible au grand public comme par exemple au Stade de France.
Clairefontaine cache un musée de l'histoire de l'équipe de France de Football@RTL

Clairefontaine cache un musée de l’histoire de l’équipe de France de Football

Que ce soit un maillot, un lieu ou bien un contenu, nous pouvons conclure que les fans aiment le vintage. À travers ces éléments d’époque, ce sont des souvenirs que les fans retrouvent et revivent. Une nostalgie du passée qui est ainsi naturellement très présente chez eux.

Il est donc très probable qu’un club qui travaille un storytelling puissant, pour faire vivre son histoire à travers des activations vintage, rencontre un franc succès après des siens. Et nous avons hâte de voir ça !

Vous avez aimé cet article ?

Chargé de SEO & SEA dans une agence de voyage sportif, je suis un passionné du Sport Digital et de la Fan Experience. Chez Franstriker, j'ai pour objectif de faire grandir le projet et d'écrire de temps en temps sur les activations digitales des uns et des autres dans le monde du sport.

Fan expérience dans le monde

INTERVIEW : Frank Pons “réussir à donner un effet waouh en sortant du stade”

On évoque dans ce dernier épisode de notre dossier l’image de marque et l’expérience fan à 360° des diverses franchises à Montréal avec le professeur et spécialiste Franck Pons.

Publié

le

Pour ce dernier épisode du dossier spécial Montréal, nous recevons Frank Pons. Le professeur à l’Université de Laval est un vrai spécialiste du sport business nord-américain et du marché montréalais en particulier. Il nous partage son point de vue sur l’expérience fan montréalaise.

Nous arrivons donc au bout de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. Après avoir eu le plaisir d’échanger avec plusieurs acteurs de franchises et fédérations, nous poursuivons ce dossier avec un avis plus extérieur et critique sur la situation globale. Frank Pons va pouvoir nous détailler les meilleures pratiques pour développer l’expérience proposée aux fans. Pour lui, cette expérience concerne un cadre bien plus large que celle que l’on retrouve dans les stades.

Bonjour Frank, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites au quotidien ?

Bonjour, Je suis Frank Pons, professeur de marketing à l’Université Laval depuis 2007, passionné de sport et de sport business. Je travaille depuis très longtemps sur des problématiques de consommation et sur les fans plus précisément. Dès 1998, j’ai commencé à travailler en recherche sur le marketing sportif du côté de l’expérience fan dans les stades/arénas. Depuis, je continue la recherche dans ce domaine. En quinze ans, j’ai eu la chance d’être impliqué dans la formation en Amérique du Nord et en Europe dans le cadre du marketing sportif dans son ensemble.

Ces cours et ces rencontres m’ont permis de développer maintenant un réseau de professionnels très important. Il est composé de divers étudiants qui sont par exemple devenus vice-présidents de clubs en Ligue 1 ou président de fédérations nationales. D’autres sont impliqués dans diverses organisations du sport professionnel et amateur. Depuis 2007, je travaille à plein temps sur le marketing sportif avec beaucoup de travaux en lien avec les organisations sportives. Nous avons notamment collaboré en Europe avec la Fédération Française de Tennis, le PSG ou encore l’ASSE. Les travaux portent sur des problématiques réelles que l’on évoque avec les étudiants. Dernièrement au Québec, nous avons travaillé sur le cas de l’équipe Rouge et Or à Laval (grande marque du sport universitaire) ainsi qu’avec Soccer Québec (la fédération du Québec).

Mon implication dans le domaine du sport business résulte de beaucoup d’études terrain. Cela me donne une vision assez large dans le tennis, le football et le hockey. Je réalise également diverses entrevues dans la presse pour évoquer cet univers. Le sujet est beaucoup plus médiatisé aujourd’hui. C’est donc important de pouvoir échanger et vulgariser ces notions.

Comment décririez-vous l’expérience fan au sens global?

Le mot clé lorsque l’on parle d’expérience c’est 360°. C’est-à-dire que partout où le fan se tourne, chaque point d’interaction, chaque point de contact, il doit retrouver cette offre que seul le club peut lui offrir. Il faut qu’il ressente l’impression que ce qui est mis en place correspond exactement à ce qu’il voulait en venant au stade. L’expérience d’un spectateur donné se doit d’être différente de celle proposée à un autre type de spectateur, tout en s’assurant que l’on garde une certaine cohérence de marque. Le club se doit donc de connaître ses fans pour offrir quelque chose qui va être assez unique pour faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.

“Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.”

L’objectif de l’organisation est de faciliter une expérience unique et inoubliable pour la personne présente dans le stade. Il faut proposer une expérience différente des autres clubs/franchises et montrer ce qu’on représente. Cela passe par les valeurs que l’organisation véhicule et ses attributs tangibles ou intangibles auxquels elle veut être associée. Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.

Canadiens Montréal Le centre Bell lors d’un avant-match des Canadiens

Lorsqu’un fan rentre dans un stade, il faut qu’il ressente cette expérience unique. C’est quelque chose que l’Impact ou les Canadiens essaient d’offrir aujourd’hui avec plus ou moins de succès. Il est important que le fan retrouve ce qu’il recherche tout spécifiquement tout en communiant avec la marque. Voici le challenge de l’expérience fan actuelle. C’est cette idée de segmentation des consommateurs (fans) que l’on connait depuis très longtemps. Elle n’est cependant pas toujours facile à réaliser dans le contexte d’une expérience d’évènement sportif.

“Il faut réussir à faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.”

Ce mix entre l’expérience de l’individu (fan individuel) et l’expérience commune n’est pas simple à réaliser. Il ne faut en effet pas oublier qu’il y a des groupes de fans qui recherchent la même chose, des éléments intangibles comme la nostalgie, la proximité ou l’échange social en plus de leur expérience propre.

Impact Montréal Supporters de l’Impact de Montréal se réunissant derrière le but pendant le match

Comment positionneriez-vous les diverses franchises montréalaises au niveau de l’expérience fan proposée? Quelles sont les particularités de chacune?

Dans le cas de Montréal, l’histoire dicte fortement la marque et le positionnement que chaque équipe va avoir. Cela peut être bénéfique mais il ne faut pas oublier de revisiter sa marque et la faire évoluer (même légèrement) avec le marché. A ce niveau là, toutes les franchises montréalaises n’ont pas toujours été parfaites. C’est ici que réside la plus grande difficulté, il faut que les équipes soient proactives dans ce qu’elles veulent être.

Prenons, les Canadiens par exemple qui ont un énorme héritage sportif et de tradition. Ils ont été particulièrement proactifs sous la gouverne de George Gilett, propriétaire américain au début du 21ème siècle. Autour du 100ème anniversaire en 2009, ils ont créé quelque chose de très fort avec le vice-président marketing de l’époque, Ray Lalonde. Ils ont fourni beaucoup d’efforts pour comprendre leurs fans.

“La stratégie était principalement axée sur la nostalgie […] elle mixait nouveauté et tradition à la perfection.”

Canadiens Montréal Réunion des anciens capitaines à l’occasion du centenaire des Canadiens (2009)

Autour de cet anniversaire, le club est passé dans une autre dimension au niveau de l’expérience fan. Pour la 1ère fois, ils ont ouvert les œillères et ont analysé ce qu’il fallait faire. Ils ont compris que tous les gens qui venaient voir les Canadiens n’étaient pas tous identiques. Le consommateur était en train de changer et ne venait plus seulement voir du hockey.

La franchise est donc devenue sûrement l’une des plus innovatrices de la ligue à cette époque. L’expérience fan proposée était très qualitative avec une bonne utilisation de la technologie et des projections sur la glace pour faire vivre toutes sortes d’expériences. La stratégie était principalement axée sur la nostalgie mais elle était bien réalisée. Les Canadiens mixaient nouveauté et tradition à la perfection.

Néanmoins, le danger est d’oublier de se renouveler sans cesse et de s’assoir sur ses succès. Ainsi, lors des dernières années, alors que la technologie a explosé et fait une entrée en force dans les arénas et l’expérience fan, les Canadiens n’ont pas vraiment évolué. On ne peut pas les targuer d’innovations sur ces dernières saisons. A l’inverse, les autres équipes en Amérique du nord sont constamment en train d’innover. C’est sûrement ce qui fait la plus grosse différence maintenant, que ce soit au hockey ou ailleurs.

Golden Knights Sortie des joueurs des Golden Knights de Las Vegas utilisant la technologie de manière innovante

On est aujourd’hui à l’ère de la réalité virtuelle et augmentée et il y a plein de franchises innovatrices sur ce domaine. Elles se réinventent tout en respectant leur marque chaque année. Les Canadiens n’en sont pas là. Ils travaillent bien et très dur depuis peu mais le manque de changements au cours des dernières années les pénalise. Il leur faudra encore du temps pour rattraper ce retard. C’est sûr que les mauvais résultats n’aident pas mais ils doivent dépasser cela.

Je reste cependant optimiste car il y a énormément de projets menés pour redorer cette image de marque et cette expérience fan. On sent un nouvel élan avec beaucoup plus d’innovations et de volonté sur cette nouvelle année. Ils utilisent de nouvelles technologies, où l’on place un peu plus le fan au centre de l’équation. C’est ce que l’on doit faire lorsque l’on veut développer une expérience de qualité.

Les autres franchises sont très différentes. L’impact est pour moi une marque qui bénéficiait d’un fort capital au moment de sa relance avec l’aide du gouvernement puis de son entrée en MLS. En ciblant une base de fans présente depuis ses succès en NASL et avec une population multi-ethnique à Montréal aimant le soccer, Il y avait une très bonne base pour s’ancrer dans la communauté. Malheureusement, un ensemble de facteurs ont fait qu’elle a pris pour acquis beaucoup de choses. Elle n’a pas su totalement convertir ce potentiel dans cette communauté au départ.

Impact Montréal Une communauté diversifiée que l’Impact a eu du mal à aller chercher au début

“L’expérience de match était très riche mais cela de manière trop ponctuelle. L’impact faisait donc plus de l’événementiel qu’autre chose.”

La marque de commerce de la MLS et de ses équipes est de proposer une expérience stade unique à ce que le soccer peut offrir. L’Impact a travaillé fort pour développer cette expérience. Ils sont d’ailleurs très bien servis avec le stade Saputo qui était et demeure très bien exploité les jours de matchs. Cependant, l’expérience fan commence et continue en dehors du stade. Le problème de l’Impact a sans doute été de ne pas réussir à avoir et développer un plus gros attachement d’un public plus large. Cela aurait pu se faire en tissant des liens profonds avec un grand nombre de fans. Cette implication locale, cette stratégie “grassroot” qui est l’apanage de nombreux clubs de MLS, aurait du être plus intense et réalisée plus tôt.

L’Impact n’a pas su/voulu faire le lien auprès d’organisations sportives comme les fédérations. L’ancrage local prend donc du temps à s’affirmer. Cela a pour conséquence d’attirer de belles foules pour des évènements importants (match d’ouverture, matchs de Didier Drogba, coupes des champions) mais des foules et une expérience public inégale en général. Ainsi, ils sont devenus plus dépendants des résultats et lorsque ces derniers étaient moins bons, les fans venaient moins au stade, mis à part les ultras. Cela s’explique par ce lien fort qu’il manquait entre le club et une base large de spectateurs.

L’impact est donc meilleur dans l’événementiel que dans l’expérience fan répétée mais les choses changent là-aussi. L’équipe travaille fort sous la gouverne de Kevin Gilmore pour améliorer ces aspects. En effet, le nouveau CEO, vient du monde du hockey et il connait très bien les franchises nord-américaines. Il a amené ce profil depuis un an et demi et l’on sent qu’il y a un virage de pris avec les fans. Il a pu apporter cette cohérence qu’il manquait à l’Impact. Ils étaient excellents dans l’événementiel mais moins bons dans l’expérience continue.

Impact Montréal Match de playoffs au stade Olympique devant 60,000 spectateurs

Cet exemple montre l’importance du lien local dans le marché nord américain et notamment dans la MLS. La ligue le comprend d’ailleurs très bien. Si l’on regarde les exemples comme Atlanta ou Portland, ils proposent une expérience fan unique à leur manière avec des marques très fortes. Pour les habitants de ces villes respectives, ils ressentent le besoin d’être à cet endroit, qu’il faut vivre ces moments-là.

Si l’on regarde les dernières campagnes digitales de l’Impact ou des Alouettes, le but est clairement de s’ancrer localement. Jugez-vous ces stratégies particulièrement intéressantes?

Tout à fait ! Comme mentionné précédemment, l’impact se focalise sur un plus fort enracinement local. Ils viennent d’ailleurs par exemple de s’associer avec la Fédération Québécoise de soccer. Toutes ces actions entreprises depuis un an et demi sont super importantes.

“C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans”

Le résultat est encore plus marquant avec les Alouettes qui ont réalisé un travail fantastique (avec la création d’une toute nouvelle identité visuelle). C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans qui avait disparu pendant 2-3 saisons. L’agence qui a réalisé le ‘rebranding’ a fait un travail remarquable pour recréer du lien et ramener les gens au stade. C’est très intéressant de voir ce que ces franchises ont fait pour redorer leur image.

Alouettes Montréal Nouvelle identité des Alouettes en 2018 avec une implication locale très forte

“Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après.”

C’est la même agence qui a également réalisé le rebranding de l’Université Concordia avec les Stingers. Le rebranding est tout aussi fantastique avec un travail autour de l’histoire de l’essaim de l’abeille (emblème de l’équipe). Ils ont réussi à redorer l’image de l’Université qui était vraiment vieillissante. Cela fait partie intégrante de l’expérience fan à 360° que les équipes peuvent mettre en place aujourd’hui. Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après. L’idée d’avoir une marque forte également au niveau du digital est totalement intégrée à ce 360° et à tous les points d’interactions avec le club.

GRDN L’agence GRDN travaillant sur le rebranding de l’équipe universitaire de Concordia (Montréal)

La marque ‘Canadien de Montréal’ est connu à travers le monde, comment l’a t-elle construite et où en est son capital aujourd’hui?

L’histoire de leur marque a été super forte pendant cinq ou six ans (de 2005 à 2011). Il y avait cette volonté de raconter ce mariage, cette nostalgie. C’était leur story-telling. Ils se positionnaient comme une marque qui respecte la tradition, qui respecte le hockey mais qui est innovatrice. Ils proposaient quelque chose de nouveau à un public différent, qui avait des goûts en évolution.

RDS Les Canadiens lors de la victoire de la Coupe Stanley en 1993

Le point faible des Canadiens aujourd’hui est qu’ils ne se réinventent pas assez, il n’y a plus trop de story-telling. Les Canadiens passionnent les gens qui voient la marque de loin et non ceux qui la vivent au jour le jour. Certaines critiques ont d’ailleurs été faites sur l’expérience fan à l’aréna et en dehors.

La gestion d’image globale est plutôt moyenne. La marque a tenté d’être plus ouverte et plus inclusive envers les fans et les médias. Il y a eu de bonnes tentatives avec l’émission 24 CH par exemple qui recevait des joueurs de l’équipe au quotidien et qui a connu beaucoup de succès. Ce sont des actions intéressantes car il y a un certain storytelling, on essaye de rapprocher les fans des joueurs de manière très forte.

Canadiens Montréal Lancement de la série CH24 s’immisçant au coeur des Canadiens

Le club veut se rapprocher des gens mais les diverses actions mises en place montrent toutefois une certaine fermeture qui la rend hermétique dans la communication de l’équipe. Ce manque de cohérence ne facilite pas la perception des fans. Même si le club travaille à l’heure actuelle sur une expérience globale, digitale et de proximité et positive pour les fans, il reste du travail et des plis négatifs à effacer.

Quelle est la place des partenaires à Montréal dans l’expérience fan à travers les diverses activations?

Les activations font partie intégrante de l’expérience fan. Une bonne activation va augmenter le plaisir des fans à venir au stade. Par exemple, les Canadiens ont énormément d’activations dans les coursives. Ils les maitrisent vraiment très bien et cela permet de proposer une expérience fan qualitative dans ce domaine. Le public peut s’occuper, ils font des jeux et sont de ce fait engagés. Les enfants peuvent faire beaucoup d’activités et rencontrer les joueurs.

“L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.”

Au niveau de l’Impact de Montréal, ça se fait également très bien, tout comme sur les tournois de tennis où il y a de belles activations. L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.

Tennis Canada Stand IGA, partenaire de la coupe Rogers lors de la compétition à Montréal

En Europe, les fans voient peut-être encore l’activation simplement comme l’idée de vendre un produit. Cependant, une bonne activation doit être une symbiose entre le club et le sponsor pour améliorer l’expérience fan. Si elle est bien réalisée, les gens vont s’habituer à cela, même si cela ne marche pas tout de suite.

Quand les français vont dans les stades nord-américains, ils trouvent les activations super bien faites et pas du tout dérangeantes. En Europe, on pourrait prendre en exemple le Tour de France qui fonctionne super bien au niveau des animations. La Caravane fait partie de l’expérience donc pourquoi cela ne marcherait pas ailleurs. Les façons de faire et les mentalités doivent donc évoluer pour proposer une expérience fan de qualité.

Cochonou La caravane du Tour de France sur les Champs-Elysées

Merci à Frank Pons pour son expertise sur le marché montréalais. Son point de vue extérieur nous permet de prendre un peu plus de hauteur sur l’expérience fan proposée à Montréal et sur la définition de celle-ci.

Nous sommes donc à la fin de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. A travers ces six interviews, nous avons pu découvrir de nombreuses pratiques et notions clés pour engager les fans et proposer une expérience riche lors des divers évènements sportifs. Ce marché particulier accueille de nombreuses équipes à l’identité et à l’histoire différente qui sont toutes intéressantes à analyser.

Vous pouvez retrouver sur Fanstriker, les premiers épisodes du dossier spécial Montréal avec l’interview d’André Richelieu, celui de Joanie Martin (Alouettes) ainsi que l’échange avec Julie Gravel (Tennis Canada), ou encore l’interview de Cynthia Paquin-Lepage (Canadiens) et enfin celui de deux membres de l’Impact de Montréal.

Vous avez aimé cet article ?

Continuer la lecture

Suivez-nous

Nouveautés