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INTERVIEW : Aileen McManamon “Une expérience fan plus responsable”

Aileen McManamon fondatrice de 5T Sports explique comment une fan expérience plus responsable peut augementer la rentabilité d’un club et la satisfaction du public.

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L’expérience fan a-t-elle besoin de s’intégrer aux logiques de développement durable ? Une expérience fan de qualité est-elle incompatible avec les problématiques environnementales et sociétales du XXIe siècle ?

 

Les clubs et les ligues génèrent une large part de leur revenu grâce à l’exploitation du spectacle sportif qu’elles offrent aux fans. Le besoin de proposer à chaque instant un divertissement de qualité aux fans est souvent perçu comme incompatible avec un comportement environnementalement et socialement responsable. Les acteurs de l’industrie du sport peuvent-ils fournir une expérience fan de qualité tout en adoptant un comportement durable ? C’est le sujet que nous avons abordé avec Aileen McManamon, fondatrice de 5T Sports Group.

Bonjour Aileen, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis arrivée dans l’industrie du sport par le secteur automobile et la tech. Je suis originaire des Etats-Unis. J’ai étudié l’économie puis le commerce international, ce qui m’a mené à rejoindre les rangs de General Motors, FIAT et Alfa Romeo en Allemagne. J’y travaillais pour le département Marketing & Advertising et j’étais notamment impliquée dans les partenariats sportifs dont de nombreux au niveau automobile et le fameux partenariat avec le Tour de France. J’ai acquis une large expérience dans les domaines de la stratégie de marque, du consumer marketing et j’ai appris à utiliser le sport pour diffuser un message. Quand j’ai rejoint le monde de la tech en 1995, j’ai eu besoin de rester à jour sur l’évolution du secteur. J’ai dû me former constamment pour être capable de distinguer l’engouement pour un produit, un service ou une entreprise de son réel potentiel. C’est à cette occasion que j’ai quitté l’Allemagne pour regagner les Etats-Unis avant d’arriver à Vancouver.

Aileen McManamon, fondatrice de 5T Sports

En 2003, quand Vancouver a remporté de droit d’organiser les Jeux Olympiques d’hiver de 2010, j’ai pris conscience que je voulais travailler dans l’industrie du sport car c’était là que je m’épanouissais pleinement. Je me suis demandé où est-ce que je pourrais mettre à profit mes expériences dans le marketing sportif, le comportement client/fan et la tech (notamment les technologies de la communication) dans l’industrie du sport. Je me suis alors lancée dans plusieurs projets notamment la promotion du Canada aux JO d’hiver de 2006 à Turin. J’ai également lancé plusieurs produits sportifs pour le ski tout en dirigeant une équipe professionnelle de baseball.

Ma carrière est une compilation d’aventures toutes plus funs les unes que les autres dans un grand nombre de sports différents, dans un grand nombre de secteurs différents et aux quatre coins du monde. Je pense que cela m’a aidée à acquérir une connaissance large et pertinente de l’expérience fan.

Vous avez fondé 5T Sports il y a 10 ans. Quelle est l’essence même de cette entreprise et quels sont ses objectifs ?

J’ai commencé par être en charge de la stratégie de marque, de la promotion et du sponsoring et de projets pour les jeux Olympiques. J’étais très à l’aise dans ce domaine. C’était un poste où j’avais mes marques et c’est ce que je recherchais.

“J’ai décidé de consacrer mon activité à m’assurer que les ligues, les clubs, les stades et les villes hôtes opéraient de manière responsable d’un point de vue environnemental, économique et social.”

L’année où j’ai lancé 5T, le monde était frappé par la crise financière et on découvrait de plus en plus de preuve de la gravité de la crise climatique. Je me suis rendu compte que les acteurs de l’industrie du sport avaient besoin d’accompagnement pour affronter les challenges du monde actuel. J’ai décidé de consacrer mon activité à m’assurer que les ligues, les clubs, les stades et les villes accueillant des grands événements sportifs opéraient de manière responsable d’un point de vue environnemental, économique et social.

C’est notre objectif principal : donner l’opportunité aux clubs, aux ligues, aux organisateurs d’événement de réaliser une performance de haut niveau sur et en dehors du terrain pour leurs fans, pour leur communauté et pour leurs marques partenaires. Le but est de continuer à divertir les gens, à les encourager et à les rapprocher à travers le sport.

Nous vivons une époque pleine de challenge et il est probable que nous soyons amenés à faire encore plus de sacrifices ou, dit autrement, à changer notre style de vie en profondeur (notamment dans les pays développés). Le sport ne peut pas éviter les sujets sérieux où à terme l’industrie perdra sa crédibilité et son influence auprès de ses fans et de la communauté internationale.

Vous parlez souvent du développement durable dans le sport en faisant référence aux Objectifs du Millénaire pour le Développement définis par l’ONU. Ils regroupent des sujets qui nous concernent tous : particuliers, organisations privées et organisations publiques. Pour vous, le sport constitue une industrie particulièrement propice à la promotion de ces sujets. Pourquoi ?

Les Objectifs du Millénaire sont très simples à comprendre ! Ils sont représentés par des petits logos colorés qui s’intègrent très bien dans le paysage sportif où les couleurs vives, les symboles, les logos et les slogans sont d’usage. Tous ces codes forment une sorte de langage autour des Objectifs du Millénaire.

Les Objectifs du Millénaire par l'ONU

Les Objectifs du Millénaire par l’ONU

Les Objectifs du Millénaire sont le fer de lance de la “World Team” dont nous faisons tous partie. Pour les acteurs de l’industrie du sport, c’est une manière simple, belle et adaptée de communiquer sur ce qu’ils font dans leurs activités principales et même au-delà pour aider leur communauté. En adoptant les codes des Objectifs du Millénaire, les acteurs de l’industrie du sport rejoignent un mouvement qui compte déjà 193 pays, plus de 10 000 entreprises et énormément d’ONG.

Comme les logos des Objectifs du Millénaires sont simples et faciles à reconnaître, ils s’intègrent parfaitement au storytelling souvent très rythmé et très chargé du paysage sportif. L’environnement du sport est souvent marqué de nombreux logos de sponsors, d’équipes et autres, les Objectifs du Millénaire se font facilement leur place au milieu des autres symboles. Leur simplicité permet d’ouvrir facilement la discussion sur le sujet ou même de mettre en valeur des actions menées par la ligue ou certains partenaires.

Pour le moment, il faudrait que les différents acteurs de l’industrie du sport, notamment les équipes, utilisent plus souvent le langage des Objectifs du Millénaire. Il est déjà très répandu et de plus en plus de fans le reconnaissent grâce aux différentes marques qui le mettent en avant.

Les codes des Objectifs du Millénaire sont un bon allié dans la mise en place d’une expérience fan réussie et responsable. Ils permettent aux équipes, aux ligues et aux organisateurs d’événements de travailler avec leurs partenaires en communiquant d’une certaine manière qui résonne auprès des fans.

Beaucoup d’équipes, notamment celles de football, ont un public international et des fans qui les suivent dans le monde entier. Si je ne suis peut-être pas capable de lire tous les articles ou les tweets d’une équipe de baseball japonaise, lorsqu’elle utilise les logos des Objectifs du Millénaire pour parler de leurs actions pour leur communauté, je peux comprendre ce qu’ils font, cela retient facilement mon attention.

La plupart de nos lecteurs sont des professionnels de l’industrie du sport spécialisés dans la fan expérience. Existe-t-il des petites actions qui peuvent facilement améliorer l’impact de leur entreprise ?

J’adore voir que des stades et des clubs investissent dans de nouvelles technologies pour être aussi responsable (et rentable !) que possible. Comme lorsqu’ils investissent dans un nouveau joueur, dans l’expérience fan ou dans des actions sociales pour leur communauté, nous sommes tous gagnants.

En interne, il y a beaucoup de manières d’améliorer ses opérations sans dégrader l’expérience des fans. Voici quelques idées :

  • éclairer le terrain avec des LED
  • faire appel à un logiciel de gestion du chauffage et de la climatisation pour s’adapter à la météo, à l’affluence et à l’utilisation des différentes parties de l’enceinte
  • utiliser des toilettes et robinets à bas débit
  • arroser les pelouses avec de l’eau grise

D’une part, ces améliorations rendent l’expérience fan plus agréable, d’autre part elles permettent d’économiser de l’argent qui pourrait être alloué à de nouveaux aménagements pour les fans.

“Les fans dépensent 22% plus d’argent en nourriture et boissons dans un stade qui recycle et 32% des fans sont plus enclins à revenir dans un stade qui recycle les déchets.”

En externe, dans la partie où les fans sont directement acteurs, les nouvelles technologies sont un vecteur puissant d’amélioration responsable de la fan expérience. Voici quelques idées simples à implémenter :

  • promouvoir l’utilisation des e-tickets
  • équiper l’enceinte pour les méthodes de paiement par porte monnaie électronique (Apple Pay, Samsung Pay, Lydia,…)
  • rassembler les billets pour l’événement et les billets pour le transit
  • privilégier les campagnes de marketing digital
Promouvoir les solutions de paiement dématérialisé

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Dans les trois premières propositions, on ouvre la porte à de nouveaux sponsors, à la fois en physique et en digital où le lien avec le fan est direct et personnalisé. Au-delà de l’impact écologique, les campagnes digitales améliorent l’expérience fan en resserrant le lien qu’il a avec le club. Les fans apprécient d’être ciblé pertinemment grâce aux outils de CRM en fonction de leurs dépenses auprès du club et de la fréquence à laquelle ils consultent son actualité. Ils se sentent récompensés et appréciés pour leur loyauté. De plus, les marques partenaires apprécient la granularité de ciblage qu’offre les campagnes digitales. Les fans peuvent être segmentés plus facilement et le contenu promotionnel qui leur est proposé est plus adapté à leurs intérêts et à leurs habitudes de consommation. C’est aussi une manière de s’attirer la sympathie des marques partenaires en leur offrant une grande transparence sur la précision avec laquelle leurs investissements auprès du club ou de l’événement atteignent leur cible.

Enfin, la production de déchets et le gaspillage constituent un challenge immense avec de fortes conséquences sur la fan expérience. Les fans s’en rendent compte. Plus il y a de déchets et de gaspillage, plus il est difficile de maintenir une expérience fan de qualité avec des poubelles qui débordent. Il y a des chiffres très intéressants sur ce sujet : les fans dépensent 22% plus d’argent en nourriture et boissons dans un stade qui recycle et 32% des fans sont plus enclins à revenir dans un stade qui recycle les déchets.

NatureWorks Infographic

 

Le recyclage est un levier fabuleux mais la meilleure manière de promouvoir la responsabilité dans l’expérience fan est avant tout de diminuer le volume de déchets produit pour réduire les émissions et les dépenses inutiles.

Utiliser des produits locaux est un geste apprécié par les fans qui permet de réduire les émissions de gaz polluants en diminuant la distance de trajet jusqu’au stade. Un des autres avantages des produits locaux est qu’ils suppriment la nécessité de stocker en masse. Cela a pour conséquence l’achat de produit dans des quantités plus appropriées et donc à terme la réduction des déchets. Quand un club achète local, il entretient les circuits économiques locaux ce qui veut aussi dire plus d’argent pour les propriétaires d’entreprises locales pour aller au match voire même pour devenir sponsor du club.

La notion de fun est centrale dans la fan expérience. Quel est votre exemple favori d’une activation mise en place qui a ravi les fans ? Quels ont été ses résultats ?

En NHL, l’équipe des Blackhawks de Chicago a brandé 5 des vélo du service de vélo partagés DIVVY aux couleurs des maillots de 5 de ses joueurs stars. Sur les réseaux sociaux, les fans étaient encouragés à chercher ces vélos exclusifs à travers la ville (la ville comptait alors 5000 vélos partagés !). Une fois qu’ils avaient posté une photo d’eux le vélo, ils entraient en lice pour gagner un ticket pour un match, des goodies dédicacés et des produits dérivés des Blackhawks.

Les vélos DIVVY brandés aux couleurs des Chicago Blackhawks

Les vélos DIVVY brandés aux couleurs des Chicago Blackhawks

Les fans étaient enthousiaste à l’idée de participer à cette chasse au trésor et de partager les photos de leur balade avec leurs amis. Les joueurs ont aussi interagi avec les fans de temps à autre via des likes, des commentaires et des RT sur les réseaux sociaux. Le club a profité d’une large couverture médiatique grâce à cette activation et DIVVY a vu le nombre d’inscription à son service et le nombre d’utilisations de ses vélos monter en flèche.

L’objectif était de persuader plus de gens d’emprunter les vélos partagés pour se déplacer et de promouvoir un style de vie plus actif. Les fans n’y pensaient même pas pendant l’activation. Ils profitaient simplement de l’animation mise en place et utilisaient les vélos pour pouvoir se vanter auprès de leurs amis d’avoir trouvé le vélo de leur joueur préféré et même, s’ils étaient chanceux, que celui-ci like ou retweet leur poste.

On s’intéresse au sport pour chercher un moment de répit loin de notre routine quotidienne et de nos soucis personnels. L’idée ce n’est pas de faire la morale aux fans à propos de l’environnement pendant les matchs. Je pense donc qu’il faut soutenir toute forme de sensibilisation au développement durable par le sport quelle que soit sa forme : un challenge, un jeu concours ou une expérience de gamification comme celle proposée par les Blackhawks. Ils ont réussi à promouvoir un mode de vie sain sans même que les fans ne se rendent compte qu’il s’agissait d’une campagne de sensibilisation. On est tous des grands enfants et les activations dans le domaine du marketing sportifs devraient s’adresser à l’enfant qui sommeille en nous.

Une autre source de réticences à évoluer vers un mode d’opération plus responsable est l’impact financier. Est-il pertinent de se faire du souci à ce sujet ?

Comme on l’a vu plus haut, avoir un comportement plus responsable permet souvent de faire des économies malgré les investissements initiaux. 5T Sports collabore avec des clubs pour calculer le retour sur investissement et le temps nécessaire pour atteindre l’équilibre financier après avoir réalisé de tels investissements. On les guide également pour mettre en place des stratégies de financement d’installation plus responsable pour la gestion de l’électricité, de l’eau ou de limitation du gaspillage. En Amérique du Nord, il est possible de recevoir des financements publics et privés pour mettre en place un mode d’activité plus vert et plus efficace.

On a atteint un point où s’accrocher aux anciennes technologies génère de l’incertitude financière : Le coût croissant de l’eau, de l’électricité, du pétrole met plus la profitabilité en péril que l’investissement dans de nouvelles structures plus responsables. Le hockey sur glace en est un parfait exemple. La consommation d’eau, le maintien d’une température basse dans les arenas et les dépenses énergétiques annexes au déroulement des matchs menacent la pérennité des petits clubs. La NHL est consciente de cette problématique et a entrepris, depuis quelques années, de tester de nouvelles technologies elle-même afin d’éviter que les franchises de sa ligue ne s’exposent à des risques financiers trop élevés. La NHL partage les retours de ses différentes expériences avec les membres de la communauté du hockey sur glace. Sans patinoire, pas de nouveaux talents. Sans nouveaux talents, pas de pros. Sans pros, pas de NHL.

Parmi les 25 entreprises qui investissent le plus dans des partenariats sportifs, toutes ont un plan de responsabilité sociale et environnementale très fort, médiatisé et souvent certifié par un tiers. Beaucoup d’entre elles promeuvent activement leurs différents engagements dans le développement durable. Les partenariats sportifs naissent d’un partage de valeurs et d’un investissement financier à résultante positive dans une équipe, une ligue ou un club. Si les franchises sportives ne mettent pas ces valeurs potentiellement partagées en avant ou mettent en péril l’image de la marque par un comportement (ou une inaction) néfaste, les sponsors iront chercher ailleurs : chez un compétiteur ou même directement chez une ONG.

Ainsi, que ce soit du point de vue des coûts ou des revenus, l’inaction provoque des risques financiers.

Pour terminer les interviews, nous aimons poser les questions suivantes aux intervenants.
Pouvez-vous nous partager un fait surprenant sur votre domaine de spécialisation ?

Il y a actuellement plus de 1 000 équipes, ligues, fédérations et enceintes sportives dans le monde qui sont engagés et agissent d’une manière ou d’une autre sur les sujets sociaux et environnementaux.

La plupart des gens pensent que les clubs ne s’y intéressent pas du tout. Les gens sont souvent surpris quand je leur donne ce chiffre pour leur montrer à quel point les pratiques responsables sont répandues. J’adore partager ces moments feel-goods avec mes interlocuteurs. Je leur parle des actions qui sont menées par leur équipe favorite ou dans leur sport favori. Je peux voir dans leur regard que ça leur fait plaisir d’apprendre des choses à ce sujet et c’est ce qui me rend heureuse.

Quel est l’événement, le projet ou l’innovation à suivre dans votre domaine de spécialisation ?

En ce moment je travaille avec un super groupe qui s’appelle Planet Super League. Le but est de rassembler les efforts de la Premier League, de la Football Association et de clubs pour inciter les fans à réduire leurs déchets. Nous essayons de faire en sorte que cette activation soit fun, pleine de challenges et de compétition entre clubs rivaux !

On vient tout juste de faire notre premier atelier commun pour commencer le développement avec des représentants de l’industrie du sport et des ONG au stade Olympique de Londres. Ce premier atelier était mis en place par West Ham et son fournisseur de restauration collective, Delaware North. Nous avons  hâte d’avancer sur le projet et nous espérons pouvoir le lancer en 2020.

J’ai également été co-auteur de l’initiative Sports for Climate Action de l’ONU qui encourage les acteurs de l’industrie du sport à réduire leur empreinte carbone et à se placer comme ambassadeur de l’action pour le climat auprès des fans en utilisant leur plateforme pour communiquer à propos de leurs actions et des actions que les fans peuvent eux-même entreprendre. De nombreux signataires notoires ont déjà été recensés : le CIO, l’UEFA, World Sailing, la World Surf League, World Rugby, les 4 tournois du Grand Chelem, Paris 2024, la Formula E, la NBA, les Yankees de New York et la liste continue !

Les fans devraient garder tout ça à l’oeil et peut-être même inciter leur équipe favorite à rejoindre la liste des signataires. J’adorerais voir des groupes de supporters fonder leur propre mouvement visant à impliquer leur équipe dans des actions pour laisser un monde meilleur non seulement pour leur communauté, pour les futurs fans mais aussi pour la planète entière.

 

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I am a finance and entertainment student excited by the idea of enhancing entertainment experiences thanks to numbers and technology.

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Podcast : Hear Me Cheer, de l’ambiance dans les stades à huis clos avec Elias Andersen

Alors que certaines ligues s’apprêtent à reprendre dans des enceintes vides, Hear Me Cheer rend le sport à huis clos plus engageant en diffusant les encouragements des fans en direct lors de la retransmission télévisée.

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Podcast avec Hear Me Cheer

Alors que certaines ligues s’apprêtent à reprendre dans des enceintes vides, Hear Me Cheer rend le sport à huis clos plus engageant en diffusant les encouragements des fans en direct lors de la retransmission télévisée.

 

Nous avons eu l’opportunité de discuter avec Elias Andersen, fondateur et CEO de Champtrax Technologies, la compagnie qui est à l’origine de Hear Me Cheer. Un concept qui représente peut-être une solution aux rencontres sportives qui devront se dérouler à huis clos. 

Un échange que vous pouvez écouter en anglais en podcast ci-dessous ou lire en français plus bas. 

Bonjour Elias, merci d’être avec nous aujourd’hui. Vous êtes le fondateur de Champtrax Technologies et vous avez récemment développé un nouveau produit dans le cadre de la crise du COVID-19. Ça s’appelle Hear Me Cheer et cela permet de retransmettre un ou plusieurs sons d’encouragements de fans depuis leur propre salon pendant la diffusion télévisée.
Est-ce que vous pourriez présenter le concept de Hear Me Cheer un peu plus en détail et nous expliquer comment l’idée vous est venue ?

Hear Me Cheer est un produit qui permet aux fans d’interagir entre eux sur notre site pendant la diffusion d’un match. Habituellement quand vous regardez un match à la TV, vous entendez le bruit des supporters en fond. On n’y prête pas vraiment attention jusqu’au jour où il n’y en a plus. Quand on regarde les derniers événements sportifs qui sont encore diffusés à huis clos, on se rend vite compte que sans les fans, c’est ennuyeux. On essaie de remettre de l’énergie dans le sport télévisé grâce à un stream audio où des milliers de fans peuvent, depuis chez eux, encourager leurs équipes.

En CPBL, on remplit les tribunes malgré le huis clos

En CPBL, on remplit les tribunes malgré le huis clos.

Hear Me Cheer est une plateforme interactive. Comment les fans interagissent les uns avec les autres ?

Ils peuvent s’entendre les uns et les autres dans leur TV ou leur ordinateur en fonction du set up. Il suffit de se rendre sur le site dédié et de cliquer sur le match de leur choix. À partir de là, ils peuvent voir quelle équipe les autres fans encouragent et les rejoindre par la suite. 

C’est particulièrement intéressant au vu de la situation actuellement. D’une part, je pense qu’on est tous d’accord pour dire que regarder des matchs à huis clos n’est pas aussi excitant que de regarder des matchs avec les supporters. D’autre part, on a constaté que lors des premiers matchs à huis clos, les supporters voulaient vraiment continuer à encourager leur équipe. Je sais pas si vous suivez le football mais durant les derniers matchs de Champions League, les fans se rassemblaient à l’extérieur des stades pour chanter pendant les matchs.

Les supporters du PSG à l'extérieur du stade lors de PSG-BVB

Les supporters du PSG à l’extérieur du stade lors de PSG-BVB

Hear Me Cheer leur permet de faire ça depuis chez eux. Comment ça marche ? Est-ce que c’est gratuit pour les fans ?

Oui, Hear Me Cheer est gratuit pour les fans et ça le sera toujours. On essaie vraiment d’engager les fans. On veut ramener le sport vers une situation aussi proche que la normale possible. Évidemment, on ne pourra pas regarder le sport comme on le faisait en janvier mais Hear Me Cheer va vraiment aider à s’en rapprocher. Cela va permettre aux fans, à nouveau, de sentir comme une sorte de communauté pour la première fois depuis le début de la crise sanitaire. Il y a eu beaucoup de négativité dans le monde du sport depuis le début de la crise et on essaie de réintroduire de la positivité chez les fans de sport.

Raviver la communauté des fans est un super levier pour remettre de la positivité dans le monde du sport. Qu’en est-il pour les joueurs, est-ce qu’ils peuvent entendre les chants de supporters dans le stade ?

Les joueurs peuvent entendre les supporters depuis le terrain. Tout dépend du set up. Chaque ligue a un deal différent en place. Cela dépend des ligues et des équipes. Certains veulent diffuser le son des fans dans le stade, d’autres non. Mais c’est effectivement une possibilité.

Les joueurs de CPBL jouent entourés de mannequins en carton

Les joueurs de CPBL jouent entourés de mannequins en carton

Vous parliez d’ajuster les deals en fonction des choix de chacun de vos partenaires. Hear Me Cheer a un modèle BtoB. Les partenariats se font-ils plutôt avec les ligues, les équipes ou les diffuseurs ?

On essaie avant tout de créer des partenariats avec les ligues pour pouvoir entrer sur le marché et avoir accès à différentes équipes d’un coup. On essaie d’avoir un client comme une ligue puis d’adapter l’expérience au niveau de la ligue puis au niveau des équipes. C’est plus simple de rentrer sur le marché comme ça que de contacter les équipes une à une. Donc, effectivement on travaille avec des équipes et des diffuseurs mais on privilégie les deals avec les ligues.

Est-ce que vous avez déjà signé des deals ? Est-ce que vous avez testé la solution ? Dans quels pays ? Avec combien de fans connectés ?

Depuis quelques temps, on teste la solution avec Eleven Sports qui diffuse la CPBL (Chinese Professional Baseball League). Ça se déroule à Taïwan et c’est l’un des derniers championnats sportifs qui se joue encore. On fait des tests avec eux depuis un petit moment et on fait en sorte de faire des expériences avec un nombre croissant de fans pour s’assurer que la plateforme peut supporter 1 000 fans voire 10 000 fans. Quand on développe ce genre de solution, on trouve toujours des petits bugs dans les logiciels quand on fait croitre le produit. 

La CBPL sur Eleven Sports

La CPBL sur Eleven Sports

Est-ce que vous avez déjà des idées de développements futurs pour Hear Me Cheer ? Votre priorité est-elle d’ajouter de nouvelles fonctionnalités ou d’introduire la solution dans plus de ligues ?

On travaille sur un outil de fan engagement. On aimerait introduire des quiz et des prédictions en temps réel. On poserait des questions du type “qui va marquer le prochain but” et les fans qui auraient juste gagneraient des points Hear Me Cheer. On développe une plateforme de ce type pour engager les fans mais on n’a pas encore finalisé ce produit. On ajoute des fonctionnalités à Hear Me Cheer avec le temps mais on est conscient que la priorité des ligues c’est l’outil de diffusion des encouragements de fans. C’est donc sur ce sujet que l’on se concentre.

Hear Me Cheer est une super solution durant cette crise sanitaire. Comment est-ce que le service va s’intégrer au paysage sportif une fois que les fans seront autorisés à retourner au stade ?

Hear Me Cheer est avant tout une expérience donc on prévoit de rester sur le marché bien après la fin de la crise. En fait, on pense surtout que la crise actuelle est une bonne opportunité pour nous de rentrer sur le marché car il y a un véritable besoin pour ce genre de solutions. Pour rester sur le marché une fois la crise passée, on a prévu une plateforme qui permettra aux fans d’encourager leurs équipes au sein de leur communauté de fans et même de se faire entendre sur les retransmissions du match lorsque leur équipe jouera à l’extérieur. Quand on y pense, quand une équipe joue à l’extérieur, on n’entend que les encouragements pour l’équipe à domicile. Si les supporters de l’équipe à l’extérieur utilisent Hear Me Cheer, on pourra les entendre sur la retransmission. 

C’est particulièrement intéressant quand on connait l’impact que les encouragements de ses supporters peut avoir sur une équipe.
Merci beaucoup d’avoir passé un moment avec nous aujourd’hui, Elias. Où est-ce que les lecteurs de Fanstriker peuvent en apprendre plus sur Hear Me Cheer ?

Vous pouvez visiter notre site internet, nous suivre sur Facebook et sur Twitter. Si vous m’envoyez un message, je vous répondrais. On reçoit beaucoup de messages en ce moment, donc laissez-moi quelques jours mais je vais vous répondre c’est certain.

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