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Interview : Olivier Poulin (CFL) “La Game Day experience au Canada”

La Ligue Canadienne de Football propose une expérience similaire à celle de son voisin américain. Olivier Poulin (CFL) nous en parle.

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La Ligue Canadienne de Football (CFL en anglais) organisait le vendredi 17 janvier dernier les Global CFL Combine à Paris. Une occasion pour nous de discuter avec acteur d’une ligue professionnelle nord américaine. 

 

Le Global CFL Combine se déroulait le 17 janvier dernier dans les locaux du Stade Charléty à Paris. Durant une journée, les meilleurs joueurs français de football américain se sont donné rendez-vous ici dans l’espoir d’être sélectionnés aux CFL Global Combine à Toronto en mars prochain, la dernière étape pour être drafté en CFL et ainsi jouer au football américain au Canada.
À l’occasion de cet événement organisé avec la FFFA, nous avons rencontré Olivier Poulin, le Directeur de la Communication et des Affaires Publiques de la Ligue Canadienne de Football. Olivier nous a présenté la CFL, son développement et l’expérience fan qui était proposée au Canada.

Bonjour Olivier, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites à Paris aujourd’hui ?

Je suis Olivier Poulin, Directeur Communication et Affaires Publiques à la Ligue Canadienne de Football. Nous répondons présents aujourd’hui à l’invitation de la FFFA (la Fédération Française de Football Américain) pour ce CFL Combine. Nous venons également présenter notre sport et le développement que l’on souhaite entreprendre avec la Fédération Française.

Pouvez-vous nous parler de ce développement vers la France et les autres pays ?

Au niveau international on est encore au balbutiement de tout ça. Je n’aurai jamais pensé il y a quelques mois que je serai en France pour les affaires, cette stratégie là en est encore au début. Le Mexique fût le premier pays à s’intégrer au projet puis d’autres l’ont rejoins par la suite. Nous sommes encore en train de comprendre ce qui est porteur. Nous allons essayer différentes choses mais on n’a pas encore la recette pour trouver ce qui va fonctionner. Par contre ce qu’on essaie de faire c’est de se fier aux partenaires locaux. Un exemple concret concerne la Fédération Française, avec laquelle on a essayé de lancer le hashtag “CFL French Squad” sur les réseaux. Il y a une forte utilisation des réseaux sociaux.
En plus de cela, on travaille avec la Fédération qui souhaite parler aux joueurs français afin de réaliser des entrevues. Nous passons donc à travers les équipes multimédias de chacune des équipes pour utiliser les images pour nos propres besoins et ensuite les envoyer aux partenaires localement dans les pays pour faire la promotion de leurs joueurs.

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4 joueurs français évoluant en CFL

C’est donc une relation gagnant-gagnant pour faire découvrir au public français les joueurs qui jouent au Canada via la télévision. Cela permet également d’accumuler de l’expérience pour voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins. On essaie de faire comprendre aux canadiens également qu’il y a du football américain ailleurs qu’en Amérique du Nord.

“Le niveau du football ici (ndlr en France) est bon et de nombreux athlètes sont prêts pour jouer en CFL.”

On essaie de voir ce qui va marcher en fonction des pays. Tous les pays n’en sont pas au même état d’avancement. Le niveau de connaissance, d’audience ne sont pas les mêmes en fonction des pays. Il y a beaucoup de français qui ont été repêché l’année dernière, le niveau du football ici (ndlr : en France) est bon et de nombreux athlètes sont prêts pour jouer en CFL. Cela dénote que la base et le développement français sont probablement en avance sur d’autres pays. Il faut donc essayer de trouver ce qui fonctionne au mieux, la stratégie n’est pas encore définie mais tout va se faire via le joueur et son histoire. Il faut voir comment on peut intégrer ça dans nos opérations sur une base quotidienne.

Tout le monde est surpris par l’ampleur que ça a pris très rapidement avec les partenaires, avec tout le monde qui s’entend sur une vision commune. Au niveau du football, ils ont déjà progressé rapidement, ils ont compris comment ça marchait. Il faut qu’on travaille encore sur l’expérience, les contenus, comment suivre derrière la locomotive. Il n’y a pas encore de stratégie ou de market branding. On pourra ensuite réfléchir à ce qui peut se passer au niveau événementiel et peut-être proposer un match ici à Paris, ça pourrait donner beaucoup de visibilité pour faire connaître ce qu’on fait au Canada.

Justement, un match à Paris pourrait peut-être être une bonne opportunité de développement, où est-ce que cela en est aujourd’hui ?

Oui c’est en cours de discussion. Il y a des aspects logistiques qu’il faut voir, il y a encore un an, on ne se connaissait pas donc il faut prendre le temps de bien faire les choses, ça ne s’improvise pas. On n’arrive pas comme ça en deux jours pour créer un événement où tout doit bien se passer, tu reçois 20 000 personnes qui ont payé des billets qui ont des attentes en matière d’expérience, en matière de concessions alimentaires. Il faut également penser à l’intégration d’une fête d’avant-match, qui est ancrée dans l’univers du football américain. Il faut comprendre aussi qu’il existe des traditions pré-existantes en France. Est-ce qu’il y a déjà des formules qui ont été appliquées sur des évènements externes mais auxquels les Français sont habitués et qui pourraient marcher pour du football américain.

“Ce qu’on veut faire, c’est créer une expérience 100 % canadienne de la Coupe Grey. On se demande alors comment on peut faire pour l’amener ici et d’une certaine façon essayer de donner l’expérience la plus authentique possible.”

Ce qu’on veut faire, c’est créer une expérience 100% canadienne de la Coupe Grey. On se demande alors comment on peut faire pour l’amener ici et d’une certaine façon essayer de donner l’expérience la plus authentique possible même si on est conscient qu’on est pas capable d’atteindre 100%. Nous ne sommes pas dans nos stades et ceux ici ne sont pas forcément conçus pour recevoir du football américain. Du point de vue de l’amateur de foot c’est mieux d’être dans un stade qui est fait sur mesure pour un sport comme ça. Nous ne pouvons pas promettre que ce sera intégralement l’expérience canadienne parce que ce n’est pas possible mais le but c’est de se rapprocher à 97% et satisfaire tout le monde. On pourra également mettre en place différents programmes pour les amateurs de football américain français. Si on est capable de prendre plus souvent des bonnes décisions que des mauvaises décisions on va y arriver et on réussira à créer un événement de qualité.

Dans les stade de la Ligue Canadienne de Football, quelles sont les affluences obtenues ?

Ça varie beaucoup en fonction des stades. Il y a 50 000 places au BC Place de Vancouver, à Edmonton nous sommes à 60 000 places. On a déjà fait plus de 65 000 spectateurs à Montréal au Stade Olympique. Lors de la saison régulière, la plupart des stades vont accueillir entre 24 000 et 32 000 spectateurs.
À Montréal la saison passée, l’affluence moyenne se situait plutôt autour de 18 000 personnes à cause des mauvais résultats récents.

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Vue d’ensemble du stade des Roughriders de la Saskatchewan

Ils sont plus aux alentours de 14 000 à Toronto, ils sont environ 25 000 personnes à Ottawa avec beaucoup de matchs à guichets fermés. À Winnipeg, c’est plutôt 33 000 personnes en moyenne alors qu’il y a autour de 35 000 fans à Hamilton.

Cela varie en fonction des marchés et des équipes qui s’affrontent. Par exemple, l’affluence grimpe lorsque ce sont des derbies comme la bataille de l’Alberta ou de l’Ontario qui sont de vrais affrontements. La plupart des clubs performent très bien d’une manière générale.

Comment décrieriez-vous la game day experience en CFL ?

Je dirais qu’elle est plutôt similaire à la NFL dans l’ensemble même si il y a certaines choses que l’on ne peut pas faire au Canada pour des raisons législatives. Je pense notamment aux tailgates party où les spectateurs viennent faire cuire des grillades sur les parkings en avant-match. Au Canada, les lois provinciales font que c’est interdit de réaliser ce type de manifestation à cause de la consommation d’alcool. Il faut que ce soit encadré avec des permis, les gens ne peuvent pas arriver et s’approprier le parking comme aux Etats-Unis. Cependant à Calgary, les forces locales le tolère mais tout le monde sait que si ça vire mal ce sera fini. Il n’y a toutefois jamais de problèmes et cela va sûrement continuer.

L’expérience jour de match va également dépendre du stade, chacun a sa personnalité, chacun a ses traditions donc il faut voir comment réussir à amener ça. À Calgary par exemple, il y a la vache la plus rapide du monde. C’est une animation avec un sprinter qui porte un costume de vache. Il y a quelqu’un qui est choisi au hasard dans le public et qui fait une course depuis la ligne de but. Il doit traverser tout le terrain et tenter de battre le record. C’est fait pour être drôle et cela représente tout de même une tradition ancrée à Calgary depuis des décennies.

Qu’il y a-t-il d’autres comme animations de ce type dans les stades canadiens ?

À Ottawa, il y a Monsieur Shoe Beer qui est un fan de longue date. Il retire sa chaussure et y verse une bière à l’intérieur pour ensuite la boire intégralement cul-sec. Ce n’est pas géré par le club, c’est juste une tradition des supporters. Il y a des animations comme ça qui peuvent paraître anodines et un peu débiles mais qui deviennent une vraie tradition.
À Ottawa par exemple, l’annonceur maison annonce lorsqu’il y a une pénalité sur le terrain. Il dit “flag on the play” qui devient en français “mouchoir sur le terrain”. Il y a un groupe de partisans anglophones qui se sont mis à répondre “MOU-CHOIR”. Ils se sont même fait des t-shirts “club des mouchoirs”. C’est devenu une tradition, dès qu’il y est une pénalité le public crie “Flag on the play; mouchoir sur le terrain; MOU-CHOIR”. C’est très organique et le football est propice à ça.
À Montréal, il y a beaucoup de holas qui sont organisées uniquement quand c’est leur équipe qui défend pour déstabiliser les adversaires. C’est désormais là aussi une vraie tradition.
À Saskatchewan, la mascotte de l’équipe est un chien de prairie et il se promène sur un camion qui fait énormément de bruit et qui a là aussi pour but direct de déranger l’autre équipe.
À Edmonton, ils ont deux mascottes : Punter qui est un ballon géant et Nanook qui est un chien de traineau. Ces deux-là sont constamment en train d’interagir entre eux. Ils utilisent même parfois des catcheurs gonflables qui portent l’uniforme de l’équipe adverse et vont faire plein de combats et prises pour faire réagir le public.

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La mascotte de la Saskatchewan sur son camion saluant le public

L’expérience fan jour de match est du coup un savant mélange entre les traditions mises en place par les supporters et ce que les clubs développent ?

Oui exactement, c’est un mélange entre ce que les fans mettent en place et deviennent une tradition et ce que les franchises instaurent comme animations. Le département marketing utilise beaucoup ce qui vient des fans pour officialiser ces pratiques.

À Ottawa par exemple, il y a les tribunes nord et sud. Le côté nord est recouvert et le côté sud ne l’est pas donc les gens qui ont le plus d’argent achètent les billets côté nord alors qu’au sud c’est souvent les étudiants ou les gens avec moins d’argent. Une vraie compétition s’est mise en place entre les deux avec les chants : “North Side sucks” et “South Side sucks”.

“Il y a des façons de récupérer ses traditions et de générer des revenus. Les fans sont très créatifs et sont encouragés par le club.”

Le stade se répond et il y a désormais des fan clubs avec des t-shirts etc. Le club a récupéré ça pour créer un moment de compétition pendant les matchs entre les deux tribunes avec le speaker qui chauffe le public et les incite à chanter à chaque pause. Il va demander au public de chanter et à chaque fin de match, une tribune gagne des cadeaux divers. Ils utilisent souvent des sponsors pour faire gagner les différents lots. Par exemple la rangée des south side peut faire gagner une pizza gratuite pour tout le monde.

Il y a des façons de récupérer ces traditions et de générer des revenus. Les fans sont très créatifs et sont encouragés par le club tant que cela reste respectueux en sachant que c’est leur équipe, leur moment, leur stade.

Quelles sont les attentes des spectateurs qui se déplacent dans les stades de CFL ?

Des relations se créent entre tous les gens qui sont dans des sections avec des billets de saison. Il y a de nombreuses zones spécifiques dans les stades avec notamment des zones business, il y a également des zones pour manger en illimité, d’autres pour faire la fête, tout en gardant un certain équilibre.
Il y a des gens qui viennent au stade pour le football mais il y a aussi beaucoup de gens qui sont amateurs d’autres choses et qui viennent chercher une autre expérience que le match en lui-même. Ce n’est plus assez aujourd’hui, il faut aller plus loin que ça et c’est pourquoi chaque équipe développe des formules différentes en fonction des stades. Le football est un prétexte qui les a amené au stade mais maintenant qu’est-ce qu’on fait ?

“Quand on regarde certains stades à la télé, on a l’impression qu’ils sont à moitié vide alors que le stade est à guichet fermé. Cela s’explique par le fait que les gens ne sont pas à leur place, ils déambulent dans les coursives, vont chercher à manger et à boire.”

L’audience un peu plus jeune au Canada, une importante quantité de personnes viennent chercher une expérience sociale, ils viennent à un type d’événement. Par exemple à Hamilton il y a un bar qui fait 150 m de long, c’est le plus grand bar du Canada. Il y a des gens qui viennent voir les matchs de la Ligue mais qui ne regardent pas le match. Ils restent au bar pendant tout le match à rencontrer des gens. De temps en temps, ils vont regarder le match, voir où en est le score mais c’est comme si c’était un bar ou une boîte de nuit. Ils viennent pour sociabiliser, rencontrer des gens, montrer qu’ils sont à un événement cool et alimenter les réseaux sociaux.

“Contrairement à la génération d’il y a 20 à 30 ans, les gens ne se déplacent pas au stade uniquement pour voir le match.”

Contrairement à la génération d’il y a 20 à 30 ans, les gens ne se déplacent pas au stade uniquement pour voir le match. Il y a plusieurs stades où il y a des zones qui sont accessibles à tous. On ne s’attend plus maintenant à ce que les gens restent assis à leur siège pendant 3 heures, donc qu’est-ce qu’on fait pour leur en donner plus ?
Quand on regarde certains stades à la télé, on a l’impression qu’ils sont à moitié vide alors le stade est à guichet fermé. Cela s’explique par le fait que les gens ne sont pas à leur place, ils déambulent dans les coursives, vont chercher à manger et à boire. Ils viennent de voir qu’il y avait un ami qui était au stade avec un billet de l’autre côté, du coup ils doivent se rejoindre à un endroit où ils peuvent rester debout. Tout le monde peut communiquer dans le stade et c’est une vraie plus-value. Ils vont aller passer 2h dans la zone des buts là où ils peuvent se voir, prendre des nouvelles de la famille et le match devient une toile de fond au final.

À Vancouver, les Lions de la Colombie-Britannique ont développé un concept de Beach Party l’année dernière. Ils ont disposé du sable dans une des coursives en proposant un accès payant à cette zone. Il y a toutes sortes de formules qui sont testées pour essayer de répondre aux besoins divers des spectateurs.

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Campagne de promotion des Beach parties des BC Lions

“Le produit s’est diversifié même au niveau des billets de saison, les gens ont de moins en moins de temps pendant l’année pour assister à 9 ou 11 matchs pendant la saison. Les billets de saison se vendent moins bien aujourd’hui mais les packs de 3 ou 5 billets marchent beaucoup mieux.”

C’est un phénomène qui n’est pas propre à la CFL mais qui touche tous les sports en Amérique du Nord. Il y avait au début des équipes récalcitrantes mais quand elles ont vu comment ça marchait, elles ont tout de suite adhéré. Les revenus de la billetterie sont un des piliers de chaque formation. En effet, c’est la source de revenus numéro une de l’ensemble des équipes devant la télévision donc la vente des billets demeure super importante. C’est ce qui explique la création de nouveaux produits afin de séduire différentes catégories de publics, c’est crucial.

Et la CFL, quelles actions met-elle en place pour satisfaire les fans ?

C’est difficile à dire, l’idée c’est qu’on essaie de prendre des bonnes idées à tout le monde, de se les approprier et ensuite de la proposer à notre public. Cependant, on voit une tendance de la Ligue à proposer une offre alimentaire éclatée en fonction des zones des stades. Certaines équipes proposent de la nourriture que l’on ne retrouve nulle part ailleurs.
Il y a un burger, le Walby Burger composé d’innombrables steaks et tenders qui est proposé dans une zone du stade et attire de nombreux fans à venir tenter de le manger.

“Certaines personnes vont acheter un billet pour aller voir le match d’autres vont le faire pour tenter de manger ce hot-dog ou cet hamburger.”

À Vancouver, ils ont créé une offre alimentaire qui est très diversifié. Au lieu de proposer une offre classique, ils vont proposer de la cuisine indienne, nord-africaine ou asiatique que l’on ne voyait pas forcément avant dans les stades. Il y a des stands disposés partout autour du stade ainsi qu’à l’intérieur avec sur chaque espace une offre différente pour satisfaire tout le monde et proposer une diversité accrue.

À Saskatchewan, il y a un hot-dog immense qui fait office de produit d’appel pour des gens qui viennent chercher autre chose au stade. Certaines personnes vont acheter un billet pour aller voir le match d’autres vont le faire pour tenter de manger ce hot-dog ou cet hamburger. Ça fait parler et tout le monde veut essayer.

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Un des nombreux plats originaux proposés en CFL

Il y a également beaucoup de stands Food & Beverage qui sont proposés en partenariat avec des partenaires locaux et notamment les restaurants et les bars implantés dans la ville. C’est très canadien et cela permet d’ouvrir un panier de sponsors qui requiert un investissement moins élevé. C’est une bonne option pour qui veut s’associer à l’équipe et en retour donne beaucoup de visibilité. Cela semble très bien ancré dans la communauté. Le football est un sport très communautaire et si tu n’as pas le soutien de ta communauté, cela ne peut pas fonctionner.

À la CFL, avez-vous un droit de regard et êtes-vous force de proposition sur les animations qui sont proposés dans les stades ?

Chaque équipe est indépendante. Par contre, on est en train d’essayer de créer un bureau central pour mettre en commun toutes ces bonnes pratiques afin de les partager à travers l’ensemble des équipes, ce qui n’était pas fait avant. On essaie de pousser ça pour être capable d’apporter des réponses à l’un et à l’autre en utilisant notre expérience. La question est de savoir comment prendre un projet intéressant qui émerge par exemple de Calgary pour l’adapter à Montréal afin de lui donner une saveur particulière avec un processus relativement similaire mais adapté localement.
C’est ce qu’on tente de faire, à l’image de la NBA qui a un process un peu similaire. Nous souhaitons ensuite le faire avec le processus de nos équipes afin qu’on puisse collaborer ensemble, autrement on n’y arrivera pas.
Voici l’angle d’attaque que l’on prend pour l’avenir où on regarde toutes les bonnes pratiques que nos clubs instaurent. Nous voyons ensuite comment la foule réagit si c’est bon on garde ou sinon on oublie l’idée.

Merci à Olivier Poulin de nous avoir plongé dans l’expérience des stades de football au Canada.

 

Vous avez aimé cet article ?

Passionné de sport avant tout, j’ai découvert la notion de fan experience plus récemment. Les spectateurs jouent un rôle essentiel lors des évènements sportifs, c’est pourquoi je pense que l’expérience qui leur est proposée jour de match est cruciale.

Interviews

Au coeur d’une association de supporters avec le BOC

Comment s’organisent les associations de supporters ? C’est ce que nous avons cherché à savoir avec Rémi Gaillard, co-fondateur du BOC.

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Interview de Remi-Gaillard, co fondateur de l'association du BOC supporters de l'Aviron Bayonnais

Les fans, supporters, partisans, souhaitent parfois s’investir davantage auprès de leur club et cela donne naissance à des groupements et associations de supporters. Comment cela fonctionne ? On a échangé avec un membre d’une de ces organisations, le BOC.

Les associations de supporters sont elles aussi impactées par la crise sanitaire. Elles doivent faire face à des problématiques moindres mais similaires à toutes les organisations, qu’elles soient sportives ou non.
Nous sommes allés à la rencontre de Rémi Gaillard, co-fondateur du BOC, l’un des 5 groupes de supporters de l’Aviron Bayonnais pour en savoir davantage.

Bonjour Rémi, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? 

J’ai 24 ans et je suis un supporter de l’Aviron Bayonnais depuis que je suis tout petit. Au sein de l’association, je m’occupe principalement de la communication et de la gestion de nos réseaux sociaux ainsi que du site internet. Je viens également de terminer mes études et je m’apprête à rentrer dans la vie professionnelle.

Nous attaquons notre 5ème saison pleine en tant qu’association de supporters.

L’association BOC existe depuis 2015. Comment l’aventure a t-elle commencé ?

Effectivement, nous attaquons notre 5ème saison pleine en tant qu’association de supporters. L’idée est venue de l’actuel Président de l’association, Nicolas, qui a souhaité mettre en place un groupe de supporters en tribune, tel un Kop, un peu sur l’idée de ce qui se fait déjà au football. Nous connaissions déjà les autres associations de supporters au sein du club, mais nos objectifs sont différents des leurs : c’est cela qui nous a poussé à nous lancer. 

D’ailleurs, que signifie BOC ?

BOC signifie “Bayonnais d’Origine Certifiée”. Nous avons choisi ce nom pour rappeler notre attachement à la ville de Bayonne, un peu sur le modèle de l’AOC que tout le monde connait. La prononciation se fait d’ailleurs en un seul mot et non pas lettre par lettre, je pense que vous comprenez facilement pourquoi…

Peux-tu nous dire comment s’organisent les associations de supporters (trouver un local, réaliser les différentes tâches, s’organiser pour les matchs, animation des réseaux sociaux, etc.) ?

En ce qui concerne le BOC, nous nous sommes adaptés saison après saison, en tenant compte de l’avis de nos membres et en observant ce qui fonctionnait plus ou moins bien. Nous avons au sein du bureau de l’association des fonctions dédiées, mais nous nous entraidons également. C’est d’ailleurs là l’un de nos objectifs fondamentaux : l’entraide et la solidarité.

Les jours de matchs, nous nous retrouvons avec des volontaires quelques heures avant le coup d’envoi pour installer les animations au sein de notre tribune. Généralement, nous buvons quelques verres ensemble avant de monter en tribune et d’attaquer la rencontre. Il nous arrive également de rencontrer d’autres associations de supporters, en fonction des affinités.

Pour ce qui est du local, nous occupions jusqu’à présent une partie du local de l’association des Gars de l’Aviron, qu’ils nous prêtaient gracieusement. Depuis la fin de la saison dernière, nous avons un container à notre disposition, juste à côté de notre tribune, ce qui nous permet de ranger l’ensemble de notre matériel avec beaucoup plus d’aisance (drapeaux, tambours, canons à confettis, etc.).

Pour l’animation des réseaux sociaux, nous sommes deux à gérer principalement nos comptes. Nous fonctionnons beaucoup par le biais de ces supports, qui nous permettent de toucher un large public. De plus, nous avons mis en place pendant le confinement un compte secondaire sur twitter ainsi qu’une nouvelle version de notre site internet, tous deux en basque, afin de nous rapprocher de cette partie de notre communauté.

Combien de membres compte le BOC aujourd’hui ?

Nous en sommes actuellement à 370 adhérents et près de 200 abonnés en tribune, ce qui est notre record en cours, toutes saisons confondues.
Il y a eu quelques fluctuations du fait des descentes en Pro D2 mais globalement nous sommes sur une phase ascendante, notre association étant de plus en plus connue et reconnue. Nous espérons que cette dynamique va continuer dans les années à venir.

Comment faites-vous pour trouver de nouveaux membres ?

Une part non négligeable de nos nouveaux membres provient de supporters qui nous découvrent lors des rencontres au stade, en voyant nos animations et en participant à l’ambiance que nous mettons en tribune.
La portée de nos réseaux sociaux et la publication de différents supports – photos et vidéos – nous permettent aussi de fidéliser un nouveau public. Le bouche à oreille joue également un rôle important pour nous. Nous bénéficions d’une image positive auprès du public, c’est une chance.

Nous essayons aussi de développer de nombreux produits dérivés aux couleurs de notre association. Nous avons à ce titre une boutique en ligne, sur notre site internet, et nous envoyons les produits pour celles et ceux qui le désirent. Il est important pour nous de diffuser notre logo, afin qu’il soit reconnu facilement.

 
 
 
 
 
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Quelles sont les activités d’une association de supporters ? Quelles sont vos actions en jour de match et en hors jour de match ?

Les activités sont nombreuses et il est impossible de s’ennuyer lorsque l’on créé une association de supporters. Il y a tout l’aspect communication, relatif notamment à l’information de nos membres sur les animations que nous organisons et les évènements que nous mettons en place : cela représente un temps de travail très important et qui ne se voit pas forcément.

Encore, il s’agit de rechercher des partenaires et de les fidéliser, et nous devons d’ailleurs progresser de ce côté là. Ils peuvent représenter un soutien important pour nous, et nous bénéficions d’une couverture sur les réseaux sociaux qui peut être intéressante pour eux.

Concernant nos actions, nous avons systématiquement des drapeaux en tribune, de plus ou moins grandes tailles, ainsi que des étendards. L’aspect visuel est pour nous très important et nous essayons d’apporter du mouvement et de la couleur dans notre tribune. Cela passe par l’achat de ponchos de couleurs, de canons à serpentins, d’extincteurs à poudre… Nous essayons vraiment d’apporter une dynamique nouvelle, en nous inspirant de celle qui se rencontre dans certains stades de foot.

Nous allons essayer cette saison de développer les rencontres entre supporters, notamment au travers de l’organisation de repas.

En dehors des jours de match, nos activités sont diverses. Nous essayons une fois par an (ou plus quand cela est possible) d’organiser des actions caritatives : achat de matériel pour l’équipe des espoirs, invitations de jeunes de la ville à nos évènements (comme pour le spectacle de Vincent Moscato), organisation d’un loto annuel. Nous allons essayer cette saison de développer les rencontres entre supporters, notamment au travers de l’organisation de repas.

Concrètement, être membre d’une association de supporters représente combien de temps dans la semaine ?

Cela varie forcément en fonction des périodes, mais ce qui est sûr c’est que le temps consacré à l’association chaque semaine se compte en heures. La gestion des réseaux sociaux est très chronophage et il est important d’être réactif pour satisfaire nos supporters. L’envoi des produits dérivés nous prend également beaucoup de temps. Sur les semaines les plus chargées, la quinzaine d’heures consacrées à l’association est largement atteinte, si ce n’est dépassée.

À ce propos, tout le monde peut-il être membre d’une association de supporters ?

En ce qui concerne notre association, il n’y a aucune restriction. Nous avons parfois l’image d’une jeune association et certains supporters plus âgés sont réticents à l’idée de nous rejoindre. Cette crainte est infondée ! Adhérer à notre association, c’est participer financièrement à nos côtés à l’organisation des animations : tout le monde en profite. À titre informatif, notre plus jeune adhérent a 7 ans, et le plus ancien a dépassé les 80 ans … Tous les supporters sont les bienvenus.

Notre plus jeune adhérent a 7 ans, et le plus ancien a dépassé les 80 ans … Tous les supporters sont les bienvenus.

Qui sont les fans qui se cachent derrière ces organisations ? Quel est le profil type des personnes qui figurent au sein de l’association ?

Je ne pense pas qu’il y ait un profil type derrière les fans au sein de notre association. Ce qui est certain en tout cas, c’est que tous nos membres ont cette volonté de raviver la flamme du supporter qui sommeille en chacun de nous. Cela se ressent d’ailleurs en tribune avec nos abonnés, qui à chaque match se surpassent pour apporter ce supplément d’âme dont nos joueurs ont besoin.

D’ailleurs, tous les membres sont-ils des abonnés au stade Jean Dauger ?

Non. De nombreux membres ne sont pas abonnés au stade Jean Dauger. Ce qui est en revanche intéressant pour nous, c’est que chaque saison des membres non abonnés décident de nous rejoindre en s’abonnant à nos côtés en tribune. C’est gratifiant pour le travail réalisé au cours de la saison. Nous avons de plus des soutiens dans toute la France, et même en outre-mer et en Belgique ! 

Quelles sont vos relations avec le club de l’Aviron Bayonnais ?

Nos relations avec le club se sont nettement améliorées depuis l’arrivée à la présidence de Philippe Tayeb. Il a vraiment pris la mesure de ce que représentaient les associations de supporters au sein du club, particulièrement ici à Bayonne où les exigences sont très fortes. Nos intérêts sont de plus les mêmes : faire rayonner tant notre club que notre ville et les aider à atteindre les sommets.

De manière plus générale, le club est très souvent volontaire pour nous aider, que ce soit financièrement parfois, ou en nous permettant de bénéficier de leur visibilité pour communiquer. Quoi qu’il en soit, nous avons toujours une oreille attentive qui nous écoute, et c’est très appréciable.

Comment réagissez-vous face aux actions entreprises par le club pour améliorer l’expérience des spectateurs ?

Nous y réagissons très positivement. Cela faisait des années que notre club stagnait en terme d’infrastructures et de “fan expérience”. Il semblerait que la nouvelle direction ait véritablement intégré l’importance de l’expérience des supporters, notamment afin de fidéliser ceux qui ne sont pas forcément les plus assidus. À ce titre, les exigences légitimes posées par Yannick Bru pour augmenter le niveau de l’équipe auront nécessairement des répercussions sur l’expérience des supporters. La dynamique est en train de changer, et c’est tant mieux.

Vous utilisez fréquemment les réseaux sociaux pour soutenir ou interagir avec votre club ?

L’interaction via sur les réseaux sociaux avec notre club se passe surtout sur Twitter, qui y est propice. Nous avons de plus de bons contacts avec le community manager du club. Sinon, nous nous contactons par mail ou par téléphone.

Vous bénéficiez comme parrains de l’association les joueurs Ugo Boniface et Peyo Muscarditz. Qu’est-ce que cela vous apporte d’avoir ces soutiens. Quel est leur rôle en tant que parrains ? 

Ce principe de parrainage avec des joueurs de l’équipe, nous l’avons mis en place depuis notre création. Ainsi, notre premier parrain était Charles Ollivon, aujourd’hui capitaine du XV de France. Simon Labouyrie lui a ensuite succédé.
À son départ, nous avons décidé d’opter pour un double parrainage, qui s’est concrétisé par ce lien avec Ugo et Peyo. Il s’agit-là de deux jeunes prometteurs, qui correspondent aux valeurs prônées par notre association. Nous les contactons ponctuellement mais il est vrai que nous sommes conscients que nous devons renforcer ce lien de parrainage. 

Quelles sont vos relations avec les joueurs ? Vous pensez qu’ils sont suffisamment reconnaissants de votre investissement ?

Nos relations sont globalement bonnes, avec bien-sûr une proximité différente selon les joueurs. Nous avons des relations plus ou moins privilégiées avec certains d’entre eux. Quoi qu’il en soit, ils sont tous reconnaissants de notre investissement et ils nous le rendent bien. Cela s’est notamment vu à la fin de la rencontre face à Toulouse le 29 février dernier, avec un moment privilégié devant notre tribune, qui restera dans les moments forts de notre association. 

On pense souvent qu’il existe de l’animosité entre les différents groupes de supporters ? Quelles sont vos relations avec les associations de supporters des clubs environnants ?

Nous n’avons pas de liens particuliers avec les autres groupes de supporters. La seule association dont nous sommes vraiment proches, et avec qui nous entretenons des liens étroits, est “Les Fils de Besagne”, un club de supporters du RC Toulon. Nous nous rencontrons chaque année, et nous nous voyons même en dehors des rencontres de rugby. De vrais liens d’amitié existent entre nous.

Face au Covid-19, quelles difficultés rencontrez-vous ?

Les difficultés que nous rencontrons sont principalement financières, comme pour beaucoup d’autres associations malheureusement. Nous sommes reconnaissants de ne pas à avoir de loyer à payer, mais nous nous retrouvons face à une incertitude majeure du fait de l’annulation de notre loto. Nous ne savons pas comment financer une partie de nos animations.
Nous sommes en revanche satisfaits de voir que les supporters ont répondu présent en adhérant à notre association malgré la dernière fin de saison prématurée.

Vous venez donc de lancer une cagnotte pour compenser l’annulation de votre traditionnel Loto/Bingo, initialement prévu le 18 septembre prochain. Un événement qui ampute votre budget de 50% soit environ 5 000€.

Effectivement. Nous avions déjà repoussé 3 fois notre loto, initialement prévu en avril dernier. Les conditions actuelles ne nous permettent pas de l’organiser de manière satisfaisante, c’est pourquoi nous avons préféré l’annuler.
Nous avons longtemps hésité avant de lancer cette cagnotte mais nous nous y sommes résolus puisque tout l’argent récolté sera directement réinvesti dans l’association et dans l’organisation des animations. Il est important de le mentionner : nous ne faisons aucun bénéfice qui ne soit pas réinvesti dans la vie de l’association.

Un budget divisé par 2, cela se traduira nécessairement par deux fois moins d’animation au stade. Nous pensons que les supporters seront heureux de nous voir continuer à faire vivre le stade Jean Dauger. Nous avons de plus de nouvelles idées pour cette saison, et elles devraient plaire au plus grand nombre.

Avez-vous des idées ou des suggestions pour mieux collaborer avec le club et les collectivités locales ?

La collaboration avec le club se renforce au fur et à mesure de notre construction en tant qu’association. Nous gagnons en crédibilité année après année.
Des réunions sont d’ailleurs organisées avec le club, notamment Yannick Bru, à la fin de chaque bloc, pour échanger sur ce qu’il s’est passé et aboutir sur d’éventuelles propositions.
Nous n’avons donc pas spécifiquement d’idées à proposer : continuer dans le sens de la dynamique impulsée depuis maintenant deux saisons sera déjà une très bonne chose.

Pour finir, quelle serait ta propre définition de la fan expérience ?

Ma définition de la fan expérience sera simple et est finalement organisée autour de l’évènement sportif que constitue un match : se rencontrer avant, vivre ensemble pendant, se retrouver ensuite. C’est un peu l’idée d’une expérience 360 qui ne se limite pas aux seules 80 minutes que dure le match (de rugby). Cela renforce les liens et contribue à satisfaire nos supporters.

Merci à Rémi Gaillard pour cet échange qui nous permet de mieux comprendre le fonctionnement d’une association de supporters.
Vous pouvez soutenir le BOC en participant à la cagnotte mise en place.

Vous pouvez consulter toutes nos interviews dans l’onglet Interviews sur notre site. Si vous êtes un professionnel du sport business et que vous souhaitez échanger sur le sujet de l’expérience des spectateurs, vous pouvez nous écrire sur hello@fanstriker.com ou sur chacun de nos réseaux sociaux.

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