Suis-nous

Interviews

Frank Pons “réussir à donner un effet waouh en sortant du stade”

On évoque dans ce dernier épisode de notre dossier l’image de marque et l’expérience fan à 360° des diverses franchises à Montréal avec le professeur et spécialiste Franck Pons.

Publié

le

Pour ce dernier épisode du dossier spécial Montréal, nous recevons Frank Pons. Le professeur à l’Université de Laval est un vrai spécialiste du sport business nord-américain et du marché montréalais en particulier. Il nous partage son point de vue sur l’expérience fan montréalaise.

Nous arrivons donc au bout de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. Après avoir eu le plaisir d’échanger avec plusieurs acteurs de franchises et fédérations, nous poursuivons ce dossier avec un avis plus extérieur et critique sur la situation globale. Frank Pons va pouvoir nous détailler les meilleures pratiques pour développer l’expérience proposée aux fans. Pour lui, cette expérience concerne un cadre bien plus large que celle que l’on retrouve dans les stades.

Bonjour Frank, pouvez-vous vous présenter et nous dire ce que vous faites au quotidien ?

Bonjour, Je suis Frank Pons, professeur de marketing à l’Université Laval depuis 2007, passionné de sport et de sport business. Je travaille depuis très longtemps sur des problématiques de consommation et sur les fans plus précisément. Dès 1998, j’ai commencé à travailler en recherche sur le marketing sportif du côté de l’expérience fan dans les stades/arénas. Depuis, je continue la recherche dans ce domaine. En quinze ans, j’ai eu la chance d’être impliqué dans la formation en Amérique du Nord et en Europe dans le cadre du marketing sportif dans son ensemble.

Ces cours et ces rencontres m’ont permis de développer maintenant un réseau de professionnels très important. Il est composé de divers étudiants qui sont par exemple devenus vice-présidents de clubs en Ligue 1 ou président de fédérations nationales. D’autres sont impliqués dans diverses organisations du sport professionnel et amateur. Depuis 2007, je travaille à plein temps sur le marketing sportif avec beaucoup de travaux en lien avec les organisations sportives. Nous avons notamment collaboré en Europe avec la Fédération Française de Tennis, le PSG ou encore l’ASSE. Les travaux portent sur des problématiques réelles que l’on évoque avec les étudiants. Dernièrement au Québec, nous avons travaillé sur le cas de l’équipe Rouge et Or à Laval (grande marque du sport universitaire) ainsi qu’avec Soccer Québec (la fédération du Québec).

Mon implication dans le domaine du sport business résulte de beaucoup d’études terrain. Cela me donne une vision assez large dans le tennis, le football et le hockey. Je réalise également diverses entrevues dans la presse pour évoquer cet univers. Le sujet est beaucoup plus médiatisé aujourd’hui. C’est donc important de pouvoir échanger et vulgariser ces notions.

Comment décririez-vous l’expérience fan au sens global?

Le mot clé lorsque l’on parle d’expérience c’est 360°. C’est-à-dire que partout où le fan se tourne, chaque point d’interaction, chaque point de contact, il doit retrouver cette offre que seul le club peut lui offrir. Il faut qu’il ressente l’impression que ce qui est mis en place correspond exactement à ce qu’il voulait en venant au stade. L’expérience d’un spectateur donné se doit d’être différente de celle proposée à un autre type de spectateur, tout en s’assurant que l’on garde une certaine cohérence de marque. Le club se doit donc de connaître ses fans pour offrir quelque chose qui va être assez unique pour faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.

“Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.”

L’objectif de l’organisation est de faciliter une expérience unique et inoubliable pour la personne présente dans le stade. Il faut proposer une expérience différente des autres clubs/franchises et montrer ce qu’on représente. Cela passe par les valeurs que l’organisation véhicule et ses attributs tangibles ou intangibles auxquels elle veut être associée. Disposer d’une forte identité et la communiquer à l’ensemble des gens qui la suit est primordial.

Canadiens Montréal Le centre Bell lors d’un avant-match des Canadiens

Lorsqu’un fan rentre dans un stade, il faut qu’il ressente cette expérience unique. C’est quelque chose que l’Impact ou les Canadiens essaient d’offrir aujourd’hui avec plus ou moins de succès. Il est important que le fan retrouve ce qu’il recherche tout spécifiquement tout en communiant avec la marque. Voici le challenge de l’expérience fan actuelle. C’est cette idée de segmentation des consommateurs (fans) que l’on connait depuis très longtemps. Elle n’est cependant pas toujours facile à réaliser dans le contexte d’une expérience d’évènement sportif.

“Il faut réussir à faire en sorte qu’il sorte du stade avec un effet ‘waouh’, où le fan a vécu quelque chose de fantastique et d’unique.”

Ce mix entre l’expérience de l’individu (fan individuel) et l’expérience commune n’est pas simple à réaliser. Il ne faut en effet pas oublier qu’il y a des groupes de fans qui recherchent la même chose, des éléments intangibles comme la nostalgie, la proximité ou l’échange social en plus de leur expérience propre.

Impact Montréal Supporters de l’Impact de Montréal se réunissant derrière le but pendant le match

Comment positionneriez-vous les diverses franchises montréalaises au niveau de l’expérience fan proposée? Quelles sont les particularités de chacune?

Dans le cas de Montréal, l’histoire dicte fortement la marque et le positionnement que chaque équipe va avoir. Cela peut être bénéfique mais il ne faut pas oublier de revisiter sa marque et la faire évoluer (même légèrement) avec le marché. A ce niveau là, toutes les franchises montréalaises n’ont pas toujours été parfaites. C’est ici que réside la plus grande difficulté, il faut que les équipes soient proactives dans ce qu’elles veulent être.

Prenons, les Canadiens par exemple qui ont un énorme héritage sportif et de tradition. Ils ont été particulièrement proactifs sous la gouverne de George Gilett, propriétaire américain au début du 21ème siècle. Autour du 100ème anniversaire en 2009, ils ont créé quelque chose de très fort avec le vice-président marketing de l’époque, Ray Lalonde. Ils ont fourni beaucoup d’efforts pour comprendre leurs fans.

“La stratégie était principalement axée sur la nostalgie […] elle mixait nouveauté et tradition à la perfection.”

Canadiens Montréal Réunion des anciens capitaines à l’occasion du centenaire des Canadiens (2009)

Autour de cet anniversaire, le club est passé dans une autre dimension au niveau de l’expérience fan. Pour la 1ère fois, ils ont ouvert les œillères et ont analysé ce qu’il fallait faire. Ils ont compris que tous les gens qui venaient voir les Canadiens n’étaient pas tous identiques. Le consommateur était en train de changer et ne venait plus seulement voir du hockey.

La franchise est donc devenue sûrement l’une des plus innovatrices de la ligue à cette époque. L’expérience fan proposée était très qualitative avec une bonne utilisation de la technologie et des projections sur la glace pour faire vivre toutes sortes d’expériences. La stratégie était principalement axée sur la nostalgie mais elle était bien réalisée. Les Canadiens mixaient nouveauté et tradition à la perfection.

Néanmoins, le danger est d’oublier de se renouveler sans cesse et de s’assoir sur ses succès. Ainsi, lors des dernières années, alors que la technologie a explosé et fait une entrée en force dans les arénas et l’expérience fan, les Canadiens n’ont pas vraiment évolué. On ne peut pas les targuer d’innovations sur ces dernières saisons. A l’inverse, les autres équipes en Amérique du nord sont constamment en train d’innover. C’est sûrement ce qui fait la plus grosse différence maintenant, que ce soit au hockey ou ailleurs.

Golden Knights Sortie des joueurs des Golden Knights de Las Vegas utilisant la technologie de manière innovante

On est aujourd’hui à l’ère de la réalité virtuelle et augmentée et il y a plein de franchises innovatrices sur ce domaine. Elles se réinventent tout en respectant leur marque chaque année. Les Canadiens n’en sont pas là. Ils travaillent bien et très dur depuis peu mais le manque de changements au cours des dernières années les pénalise. Il leur faudra encore du temps pour rattraper ce retard. C’est sûr que les mauvais résultats n’aident pas mais ils doivent dépasser cela.

Je reste cependant optimiste car il y a énormément de projets menés pour redorer cette image de marque et cette expérience fan. On sent un nouvel élan avec beaucoup plus d’innovations et de volonté sur cette nouvelle année. Ils utilisent de nouvelles technologies, où l’on place un peu plus le fan au centre de l’équation. C’est ce que l’on doit faire lorsque l’on veut développer une expérience de qualité.

Les autres franchises sont très différentes. L’impact est pour moi une marque qui bénéficiait d’un fort capital au moment de sa relance avec l’aide du gouvernement puis de son entrée en MLS. En ciblant une base de fans présente depuis ses succès en NASL et avec une population multi-ethnique à Montréal aimant le soccer, Il y avait une très bonne base pour s’ancrer dans la communauté. Malheureusement, un ensemble de facteurs ont fait qu’elle a pris pour acquis beaucoup de choses. Elle n’a pas su totalement convertir ce potentiel dans cette communauté au départ.

Impact Montréal Une communauté diversifiée que l’Impact a eu du mal à aller chercher au début

“L’expérience de match était très riche mais cela de manière trop ponctuelle. L’impact faisait donc plus de l’événementiel qu’autre chose.”

La marque de commerce de la MLS et de ses équipes est de proposer une expérience stade unique à ce que le soccer peut offrir. L’Impact a travaillé fort pour développer cette expérience. Ils sont d’ailleurs très bien servis avec le stade Saputo qui était et demeure très bien exploité les jours de matchs. Cependant, l’expérience fan commence et continue en dehors du stade. Le problème de l’Impact a sans doute été de ne pas réussir à avoir et développer un plus gros attachement d’un public plus large. Cela aurait pu se faire en tissant des liens profonds avec un grand nombre de fans. Cette implication locale, cette stratégie “grassroot” qui est l’apanage de nombreux clubs de MLS, aurait du être plus intense et réalisée plus tôt.

L’Impact n’a pas su/voulu faire le lien auprès d’organisations sportives comme les fédérations. L’ancrage local prend donc du temps à s’affirmer. Cela a pour conséquence d’attirer de belles foules pour des évènements importants (match d’ouverture, matchs de Didier Drogba, coupes des champions) mais des foules et une expérience public inégale en général. Ainsi, ils sont devenus plus dépendants des résultats et lorsque ces derniers étaient moins bons, les fans venaient moins au stade, mis à part les ultras. Cela s’explique par ce lien fort qu’il manquait entre le club et une base large de spectateurs.

L’impact est donc meilleur dans l’événementiel que dans l’expérience fan répétée mais les choses changent là-aussi. L’équipe travaille fort sous la gouverne de Kevin Gilmore pour améliorer ces aspects. En effet, le nouveau CEO, vient du monde du hockey et il connait très bien les franchises nord-américaines. Il a amené ce profil depuis un an et demi et l’on sent qu’il y a un virage de pris avec les fans. Il a pu apporter cette cohérence qu’il manquait à l’Impact. Ils étaient excellents dans l’événementiel mais moins bons dans l’expérience continue.

Impact Montréal Match de playoffs au stade Olympique devant 60,000 spectateurs

Cet exemple montre l’importance du lien local dans le marché nord américain et notamment dans la MLS. La ligue le comprend d’ailleurs très bien. Si l’on regarde les exemples comme Atlanta ou Portland, ils proposent une expérience fan unique à leur manière avec des marques très fortes. Pour les habitants de ces villes respectives, ils ressentent le besoin d’être à cet endroit, qu’il faut vivre ces moments-là.

Si l’on regarde les dernières campagnes digitales de l’Impact ou des Alouettes, le but est clairement de s’ancrer localement. Jugez-vous ces stratégies particulièrement intéressantes?

Tout à fait ! Comme mentionné précédemment, l’impact se focalise sur un plus fort enracinement local. Ils viennent d’ailleurs par exemple de s’associer avec la Fédération Québécoise de soccer. Toutes ces actions entreprises depuis un an et demi sont super importantes.

“C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans”

Le résultat est encore plus marquant avec les Alouettes qui ont réalisé un travail fantastique (avec la création d’une toute nouvelle identité visuelle). C’est pour moi quelque chose qui redonne vie à la franchise, qui recréé ce lien avec les fans qui avait disparu pendant 2-3 saisons. L’agence qui a réalisé le ‘rebranding’ a fait un travail remarquable pour recréer du lien et ramener les gens au stade. C’est très intéressant de voir ce que ces franchises ont fait pour redorer leur image.

Alouettes Montréal Nouvelle identité des Alouettes en 2018 avec une implication locale très forte

“Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après.”

C’est la même agence qui a également réalisé le rebranding de l’Université Concordia avec les Stingers. Le rebranding est tout aussi fantastique avec un travail autour de l’histoire de l’essaim de l’abeille (emblème de l’équipe). Ils ont réussi à redorer l’image de l’Université qui était vraiment vieillissante. Cela fait partie intégrante de l’expérience fan à 360° que les équipes peuvent mettre en place aujourd’hui. Aujourd’hui, cette expérience ne se déroule plus seulement au stade, elle commence avant le match et se poursuit après. L’idée d’avoir une marque forte également au niveau du digital est totalement intégrée à ce 360° et à tous les points d’interactions avec le club.

GRDN L’agence GRDN travaillant sur le rebranding de l’équipe universitaire de Concordia (Montréal)

La marque ‘Canadien de Montréal’ est connu à travers le monde, comment l’a t-elle construite et où en est son capital aujourd’hui?

L’histoire de leur marque a été super forte pendant cinq ou six ans (de 2005 à 2011). Il y avait cette volonté de raconter ce mariage, cette nostalgie. C’était leur story-telling. Ils se positionnaient comme une marque qui respecte la tradition, qui respecte le hockey mais qui est innovatrice. Ils proposaient quelque chose de nouveau à un public différent, qui avait des goûts en évolution.

RDS Les Canadiens lors de la victoire de la Coupe Stanley en 1993

Le point faible des Canadiens aujourd’hui est qu’ils ne se réinventent pas assez, il n’y a plus trop de story-telling. Les Canadiens passionnent les gens qui voient la marque de loin et non ceux qui la vivent au jour le jour. Certaines critiques ont d’ailleurs été faites sur l’expérience fan à l’aréna et en dehors.

La gestion d’image globale est plutôt moyenne. La marque a tenté d’être plus ouverte et plus inclusive envers les fans et les médias. Il y a eu de bonnes tentatives avec l’émission 24 CH par exemple qui recevait des joueurs de l’équipe au quotidien et qui a connu beaucoup de succès. Ce sont des actions intéressantes car il y a un certain storytelling, on essaye de rapprocher les fans des joueurs de manière très forte.

Canadiens Montréal Lancement de la série CH24 s’immisçant au coeur des Canadiens

Le club veut se rapprocher des gens mais les diverses actions mises en place montrent toutefois une certaine fermeture qui la rend hermétique dans la communication de l’équipe. Ce manque de cohérence ne facilite pas la perception des fans. Même si le club travaille à l’heure actuelle sur une expérience globale, digitale et de proximité et positive pour les fans, il reste du travail et des plis négatifs à effacer.

Quelle est la place des partenaires à Montréal dans l’expérience fan à travers les diverses activations?

Les activations font partie intégrante de l’expérience fan. Une bonne activation va augmenter le plaisir des fans à venir au stade. Par exemple, les Canadiens ont énormément d’activations dans les coursives. Ils les maitrisent vraiment très bien et cela permet de proposer une expérience fan qualitative dans ce domaine. Le public peut s’occuper, ils font des jeux et sont de ce fait engagés. Les enfants peuvent faire beaucoup d’activités et rencontrer les joueurs.

“L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.”

Au niveau de l’Impact de Montréal, ça se fait également très bien, tout comme sur les tournois de tennis où il y a de belles activations. L’organisateur sportif choisit l’activation d’une part pour que le sponsor soit visible mais il faut que cela contribue à ce qu’ils font sur une base régulière.

Tennis Canada Stand IGA, partenaire de la coupe Rogers lors de la compétition à Montréal

En Europe, les fans voient peut-être encore l’activation simplement comme l’idée de vendre un produit. Cependant, une bonne activation doit être une symbiose entre le club et le sponsor pour améliorer l’expérience fan. Si elle est bien réalisée, les gens vont s’habituer à cela, même si cela ne marche pas tout de suite.

Quand les français vont dans les stades nord-américains, ils trouvent les activations super bien faites et pas du tout dérangeantes. En Europe, on pourrait prendre en exemple le Tour de France qui fonctionne super bien au niveau des animations. La Caravane fait partie de l’expérience donc pourquoi cela ne marcherait pas ailleurs. Les façons de faire et les mentalités doivent donc évoluer pour proposer une expérience fan de qualité.

Cochonou La caravane du Tour de France sur les Champs-Elysées

Merci à Frank Pons pour son expertise sur le marché montréalais. Son point de vue extérieur nous permet de prendre un peu plus de hauteur sur l’expérience fan proposée à Montréal et sur la définition de celle-ci.

Nous sommes donc à la fin de ce dossier sur l’expérience fan montréalaise. A travers ces six interviews, nous avons pu découvrir de nombreuses pratiques et notions clés pour engager les fans et proposer une expérience riche lors des divers évènements sportifs. Ce marché particulier accueille de nombreuses équipes à l’identité et à l’histoire différente qui sont toutes intéressantes à analyser.

Vous pouvez retrouver sur Fanstriker, les premiers épisodes du dossier spécial Montréal avec l’interview d’André Richelieu, celui de Joanie Martin (Alouettes) ainsi que l’échange avec Julie Gravel (Tennis Canada), ou encore l’interview de Cynthia Paquin-Lepage (Canadiens) et enfin celui de deux membres de l’Impact de Montréal.

Vous avez aimé cet article ?

Passionné de sport avant tout, j’ai découvert la notion de fan experience plus récemment. Les spectateurs jouent un rôle essentiel lors des évènements sportifs, c’est pourquoi je pense que l’expérience qui leur est proposée jour de match est cruciale.

Interviews

Au coeur d’une association de supporters avec le BOC

Comment s’organisent les associations de supporters ? C’est ce que nous avons cherché à savoir avec Rémi Gaillard, co-fondateur du BOC.

Publié

le

Interview de Remi-Gaillard, co fondateur de l'association du BOC supporters de l'Aviron Bayonnais

Les fans, supporters, partisans, souhaitent parfois s’investir davantage auprès de leur club et cela donne naissance à des groupements et associations de supporters. Comment cela fonctionne ? On a échangé avec un membre d’une de ces organisations, le BOC.

Les associations de supporters sont elles aussi impactées par la crise sanitaire. Elles doivent faire face à des problématiques moindres mais similaires à toutes les organisations, qu’elles soient sportives ou non.
Nous sommes allés à la rencontre de Rémi Gaillard, co-fondateur du BOC, l’un des 5 groupes de supporters de l’Aviron Bayonnais pour en savoir davantage.

Bonjour Rémi, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? 

J’ai 24 ans et je suis un supporter de l’Aviron Bayonnais depuis que je suis tout petit. Au sein de l’association, je m’occupe principalement de la communication et de la gestion de nos réseaux sociaux ainsi que du site internet. Je viens également de terminer mes études et je m’apprête à rentrer dans la vie professionnelle.

Nous attaquons notre 5ème saison pleine en tant qu’association de supporters.

L’association BOC existe depuis 2015. Comment l’aventure a t-elle commencé ?

Effectivement, nous attaquons notre 5ème saison pleine en tant qu’association de supporters. L’idée est venue de l’actuel Président de l’association, Nicolas, qui a souhaité mettre en place un groupe de supporters en tribune, tel un Kop, un peu sur l’idée de ce qui se fait déjà au football. Nous connaissions déjà les autres associations de supporters au sein du club, mais nos objectifs sont différents des leurs : c’est cela qui nous a poussé à nous lancer. 

D’ailleurs, que signifie BOC ?

BOC signifie “Bayonnais d’Origine Certifiée”. Nous avons choisi ce nom pour rappeler notre attachement à la ville de Bayonne, un peu sur le modèle de l’AOC que tout le monde connait. La prononciation se fait d’ailleurs en un seul mot et non pas lettre par lettre, je pense que vous comprenez facilement pourquoi…

Peux-tu nous dire comment s’organisent les associations de supporters (trouver un local, réaliser les différentes tâches, s’organiser pour les matchs, animation des réseaux sociaux, etc.) ?

En ce qui concerne le BOC, nous nous sommes adaptés saison après saison, en tenant compte de l’avis de nos membres et en observant ce qui fonctionnait plus ou moins bien. Nous avons au sein du bureau de l’association des fonctions dédiées, mais nous nous entraidons également. C’est d’ailleurs là l’un de nos objectifs fondamentaux : l’entraide et la solidarité.

Les jours de matchs, nous nous retrouvons avec des volontaires quelques heures avant le coup d’envoi pour installer les animations au sein de notre tribune. Généralement, nous buvons quelques verres ensemble avant de monter en tribune et d’attaquer la rencontre. Il nous arrive également de rencontrer d’autres associations de supporters, en fonction des affinités.

Pour ce qui est du local, nous occupions jusqu’à présent une partie du local de l’association des Gars de l’Aviron, qu’ils nous prêtaient gracieusement. Depuis la fin de la saison dernière, nous avons un container à notre disposition, juste à côté de notre tribune, ce qui nous permet de ranger l’ensemble de notre matériel avec beaucoup plus d’aisance (drapeaux, tambours, canons à confettis, etc.).

Pour l’animation des réseaux sociaux, nous sommes deux à gérer principalement nos comptes. Nous fonctionnons beaucoup par le biais de ces supports, qui nous permettent de toucher un large public. De plus, nous avons mis en place pendant le confinement un compte secondaire sur twitter ainsi qu’une nouvelle version de notre site internet, tous deux en basque, afin de nous rapprocher de cette partie de notre communauté.

Combien de membres compte le BOC aujourd’hui ?

Nous en sommes actuellement à 370 adhérents et près de 200 abonnés en tribune, ce qui est notre record en cours, toutes saisons confondues.
Il y a eu quelques fluctuations du fait des descentes en Pro D2 mais globalement nous sommes sur une phase ascendante, notre association étant de plus en plus connue et reconnue. Nous espérons que cette dynamique va continuer dans les années à venir.

Comment faites-vous pour trouver de nouveaux membres ?

Une part non négligeable de nos nouveaux membres provient de supporters qui nous découvrent lors des rencontres au stade, en voyant nos animations et en participant à l’ambiance que nous mettons en tribune.
La portée de nos réseaux sociaux et la publication de différents supports – photos et vidéos – nous permettent aussi de fidéliser un nouveau public. Le bouche à oreille joue également un rôle important pour nous. Nous bénéficions d’une image positive auprès du public, c’est une chance.

Nous essayons aussi de développer de nombreux produits dérivés aux couleurs de notre association. Nous avons à ce titre une boutique en ligne, sur notre site internet, et nous envoyons les produits pour celles et ceux qui le désirent. Il est important pour nous de diffuser notre logo, afin qu’il soit reconnu facilement.

 
 
 
 
 
Voir cette publication sur Instagram
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Une publication partagée par Bayonnais d’Origine Certifiée (@assoboc) le

Quelles sont les activités d’une association de supporters ? Quelles sont vos actions en jour de match et en hors jour de match ?

Les activités sont nombreuses et il est impossible de s’ennuyer lorsque l’on créé une association de supporters. Il y a tout l’aspect communication, relatif notamment à l’information de nos membres sur les animations que nous organisons et les évènements que nous mettons en place : cela représente un temps de travail très important et qui ne se voit pas forcément.

Encore, il s’agit de rechercher des partenaires et de les fidéliser, et nous devons d’ailleurs progresser de ce côté là. Ils peuvent représenter un soutien important pour nous, et nous bénéficions d’une couverture sur les réseaux sociaux qui peut être intéressante pour eux.

Concernant nos actions, nous avons systématiquement des drapeaux en tribune, de plus ou moins grandes tailles, ainsi que des étendards. L’aspect visuel est pour nous très important et nous essayons d’apporter du mouvement et de la couleur dans notre tribune. Cela passe par l’achat de ponchos de couleurs, de canons à serpentins, d’extincteurs à poudre… Nous essayons vraiment d’apporter une dynamique nouvelle, en nous inspirant de celle qui se rencontre dans certains stades de foot.

Nous allons essayer cette saison de développer les rencontres entre supporters, notamment au travers de l’organisation de repas.

En dehors des jours de match, nos activités sont diverses. Nous essayons une fois par an (ou plus quand cela est possible) d’organiser des actions caritatives : achat de matériel pour l’équipe des espoirs, invitations de jeunes de la ville à nos évènements (comme pour le spectacle de Vincent Moscato), organisation d’un loto annuel. Nous allons essayer cette saison de développer les rencontres entre supporters, notamment au travers de l’organisation de repas.

Concrètement, être membre d’une association de supporters représente combien de temps dans la semaine ?

Cela varie forcément en fonction des périodes, mais ce qui est sûr c’est que le temps consacré à l’association chaque semaine se compte en heures. La gestion des réseaux sociaux est très chronophage et il est important d’être réactif pour satisfaire nos supporters. L’envoi des produits dérivés nous prend également beaucoup de temps. Sur les semaines les plus chargées, la quinzaine d’heures consacrées à l’association est largement atteinte, si ce n’est dépassée.

À ce propos, tout le monde peut-il être membre d’une association de supporters ?

En ce qui concerne notre association, il n’y a aucune restriction. Nous avons parfois l’image d’une jeune association et certains supporters plus âgés sont réticents à l’idée de nous rejoindre. Cette crainte est infondée ! Adhérer à notre association, c’est participer financièrement à nos côtés à l’organisation des animations : tout le monde en profite. À titre informatif, notre plus jeune adhérent a 7 ans, et le plus ancien a dépassé les 80 ans … Tous les supporters sont les bienvenus.

Notre plus jeune adhérent a 7 ans, et le plus ancien a dépassé les 80 ans … Tous les supporters sont les bienvenus.

Qui sont les fans qui se cachent derrière ces organisations ? Quel est le profil type des personnes qui figurent au sein de l’association ?

Je ne pense pas qu’il y ait un profil type derrière les fans au sein de notre association. Ce qui est certain en tout cas, c’est que tous nos membres ont cette volonté de raviver la flamme du supporter qui sommeille en chacun de nous. Cela se ressent d’ailleurs en tribune avec nos abonnés, qui à chaque match se surpassent pour apporter ce supplément d’âme dont nos joueurs ont besoin.

D’ailleurs, tous les membres sont-ils des abonnés au stade Jean Dauger ?

Non. De nombreux membres ne sont pas abonnés au stade Jean Dauger. Ce qui est en revanche intéressant pour nous, c’est que chaque saison des membres non abonnés décident de nous rejoindre en s’abonnant à nos côtés en tribune. C’est gratifiant pour le travail réalisé au cours de la saison. Nous avons de plus des soutiens dans toute la France, et même en outre-mer et en Belgique ! 

Quelles sont vos relations avec le club de l’Aviron Bayonnais ?

Nos relations avec le club se sont nettement améliorées depuis l’arrivée à la présidence de Philippe Tayeb. Il a vraiment pris la mesure de ce que représentaient les associations de supporters au sein du club, particulièrement ici à Bayonne où les exigences sont très fortes. Nos intérêts sont de plus les mêmes : faire rayonner tant notre club que notre ville et les aider à atteindre les sommets.

De manière plus générale, le club est très souvent volontaire pour nous aider, que ce soit financièrement parfois, ou en nous permettant de bénéficier de leur visibilité pour communiquer. Quoi qu’il en soit, nous avons toujours une oreille attentive qui nous écoute, et c’est très appréciable.

Comment réagissez-vous face aux actions entreprises par le club pour améliorer l’expérience des spectateurs ?

Nous y réagissons très positivement. Cela faisait des années que notre club stagnait en terme d’infrastructures et de “fan expérience”. Il semblerait que la nouvelle direction ait véritablement intégré l’importance de l’expérience des supporters, notamment afin de fidéliser ceux qui ne sont pas forcément les plus assidus. À ce titre, les exigences légitimes posées par Yannick Bru pour augmenter le niveau de l’équipe auront nécessairement des répercussions sur l’expérience des supporters. La dynamique est en train de changer, et c’est tant mieux.

Vous utilisez fréquemment les réseaux sociaux pour soutenir ou interagir avec votre club ?

L’interaction via sur les réseaux sociaux avec notre club se passe surtout sur Twitter, qui y est propice. Nous avons de plus de bons contacts avec le community manager du club. Sinon, nous nous contactons par mail ou par téléphone.

Vous bénéficiez comme parrains de l’association les joueurs Ugo Boniface et Peyo Muscarditz. Qu’est-ce que cela vous apporte d’avoir ces soutiens. Quel est leur rôle en tant que parrains ? 

Ce principe de parrainage avec des joueurs de l’équipe, nous l’avons mis en place depuis notre création. Ainsi, notre premier parrain était Charles Ollivon, aujourd’hui capitaine du XV de France. Simon Labouyrie lui a ensuite succédé.
À son départ, nous avons décidé d’opter pour un double parrainage, qui s’est concrétisé par ce lien avec Ugo et Peyo. Il s’agit-là de deux jeunes prometteurs, qui correspondent aux valeurs prônées par notre association. Nous les contactons ponctuellement mais il est vrai que nous sommes conscients que nous devons renforcer ce lien de parrainage. 

Quelles sont vos relations avec les joueurs ? Vous pensez qu’ils sont suffisamment reconnaissants de votre investissement ?

Nos relations sont globalement bonnes, avec bien-sûr une proximité différente selon les joueurs. Nous avons des relations plus ou moins privilégiées avec certains d’entre eux. Quoi qu’il en soit, ils sont tous reconnaissants de notre investissement et ils nous le rendent bien. Cela s’est notamment vu à la fin de la rencontre face à Toulouse le 29 février dernier, avec un moment privilégié devant notre tribune, qui restera dans les moments forts de notre association. 

On pense souvent qu’il existe de l’animosité entre les différents groupes de supporters ? Quelles sont vos relations avec les associations de supporters des clubs environnants ?

Nous n’avons pas de liens particuliers avec les autres groupes de supporters. La seule association dont nous sommes vraiment proches, et avec qui nous entretenons des liens étroits, est “Les Fils de Besagne”, un club de supporters du RC Toulon. Nous nous rencontrons chaque année, et nous nous voyons même en dehors des rencontres de rugby. De vrais liens d’amitié existent entre nous.

Face au Covid-19, quelles difficultés rencontrez-vous ?

Les difficultés que nous rencontrons sont principalement financières, comme pour beaucoup d’autres associations malheureusement. Nous sommes reconnaissants de ne pas à avoir de loyer à payer, mais nous nous retrouvons face à une incertitude majeure du fait de l’annulation de notre loto. Nous ne savons pas comment financer une partie de nos animations.
Nous sommes en revanche satisfaits de voir que les supporters ont répondu présent en adhérant à notre association malgré la dernière fin de saison prématurée.

Vous venez donc de lancer une cagnotte pour compenser l’annulation de votre traditionnel Loto/Bingo, initialement prévu le 18 septembre prochain. Un événement qui ampute votre budget de 50% soit environ 5 000€.

Effectivement. Nous avions déjà repoussé 3 fois notre loto, initialement prévu en avril dernier. Les conditions actuelles ne nous permettent pas de l’organiser de manière satisfaisante, c’est pourquoi nous avons préféré l’annuler.
Nous avons longtemps hésité avant de lancer cette cagnotte mais nous nous y sommes résolus puisque tout l’argent récolté sera directement réinvesti dans l’association et dans l’organisation des animations. Il est important de le mentionner : nous ne faisons aucun bénéfice qui ne soit pas réinvesti dans la vie de l’association.

Un budget divisé par 2, cela se traduira nécessairement par deux fois moins d’animation au stade. Nous pensons que les supporters seront heureux de nous voir continuer à faire vivre le stade Jean Dauger. Nous avons de plus de nouvelles idées pour cette saison, et elles devraient plaire au plus grand nombre.

Avez-vous des idées ou des suggestions pour mieux collaborer avec le club et les collectivités locales ?

La collaboration avec le club se renforce au fur et à mesure de notre construction en tant qu’association. Nous gagnons en crédibilité année après année.
Des réunions sont d’ailleurs organisées avec le club, notamment Yannick Bru, à la fin de chaque bloc, pour échanger sur ce qu’il s’est passé et aboutir sur d’éventuelles propositions.
Nous n’avons donc pas spécifiquement d’idées à proposer : continuer dans le sens de la dynamique impulsée depuis maintenant deux saisons sera déjà une très bonne chose.

Pour finir, quelle serait ta propre définition de la fan expérience ?

Ma définition de la fan expérience sera simple et est finalement organisée autour de l’évènement sportif que constitue un match : se rencontrer avant, vivre ensemble pendant, se retrouver ensuite. C’est un peu l’idée d’une expérience 360 qui ne se limite pas aux seules 80 minutes que dure le match (de rugby). Cela renforce les liens et contribue à satisfaire nos supporters.

Merci à Rémi Gaillard pour cet échange qui nous permet de mieux comprendre le fonctionnement d’une association de supporters.
Vous pouvez soutenir le BOC en participant à la cagnotte mise en place.

Vous pouvez consulter toutes nos interviews dans l’onglet Interviews sur notre site. Si vous êtes un professionnel du sport business et que vous souhaitez échanger sur le sujet de l’expérience des spectateurs, vous pouvez nous écrire sur hello@fanstriker.com ou sur chacun de nos réseaux sociaux.

Vous avez aimé cet article ?

Continuer la lecture

Suivez-nous

Nouveautés